L'Affaire des Placards : Le début des tensions religieuses en France



L’Affaire des Placards, survenue dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, marque une rupture majeure dans les relations entre les partisans de la Réforme protestante et les catholiques en France. Cet épisode, qui a provoqué une répression brutale contre les réformés, signale la fin de la relative tolérance initialement accordée par François Ier. 

À travers cette affaire, la France entre dans une ère de tensions religieuses qui culmineront avec les guerres de Religion un demi-siècle plus tard.

 Le contexte religieux et politique

L'émergence de la Réforme en Europe

Depuis 1517, avec la publication des 95 thèses de Martin Luther, l’Europe est secouée par la Réforme protestante. En France, les idées de Luther, puis celles de Jean Calvin et d’Ulrich Zwingli, commencent à se diffuser dans les cercles intellectuels et parmi certaines élites urbaines. 

À cette époque, François Ier, bien que profondément catholique, adopte une politique de tolérance relative. Sous l’influence de sa sœur Marguerite de Navarre, il protège certains humanistes évangéliques, tout en cherchant à éviter une rupture religieuse dans son royaume.



François Ier

Une situation fragile

La montée des tensions religieuses coïncide avec les ambitions géopolitiques de François Ier, notamment sa rivalité avec Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique. Le roi de France cherche à s’allier aux princes protestants allemands contre Charles Quint, ce qui le pousse à une certaine prudence vis-à-vis des partisans de la Réforme.

Cependant, l'Affaire des Placards met brutalement fin à cette politique d'équilibre.

Les événements de l’Affaire des Placards

Les affiches polémiques

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, des écrits anticatholiques intitulés Articles véritables sur les horribles, grands et importables abus de la messe papale sont placardés dans les rues de Paris et dans plusieurs grandes villes françaises, notamment Blois, Orléans, Tours et Rouen. Ces placards s’en prennent directement à la messe catholique, dénonçant la doctrine de la transsubstantiation et accusant l’Église d’idolâtrie et de corruption.

Leur ton virulent, voire injurieux, choque profondément. L’un des écrits est même affiché sur la porte de la chambre royale de François Ier, au château d’Amboise. Ce geste est perçu comme un affront direct au roi, qui se considère comme le défenseur de la foi catholique.

L’auteur des Placards

Le texte est attribué à Antoine Marcourt, un pasteur calviniste originaire de Picardie, actif à Neuchâtel. Inspiré par les écrits de Luther, Calvin et Zwingli, Marcourt s’attaque à la messe catholique, qu’il accuse de masquer la véritable signification de l’Eucharistie en tant que simple commémoration du sacrifice du Christ.

La réaction de François Ier

Une rupture avec la tolérance

Jusqu’alors relativement tolérant envers les réformés, François Ier interprète l’Affaire des Placards comme une attaque personnelle et un crime de lèse-majesté. Profondément offensé par l’affichage sur sa porte, il confesse publiquement sa foi catholique lors d’une messe solennelle et promet de punir les responsables.

Arrestations et exécutions

Le roi ordonne une répression sévère. Plusieurs suspects sont arrêtés, jugés et exécutés. Parmi eux :
Étienne de La Forge, un riche marchand et ami de Jean Calvin, brûlé vif en janvier 1535.
- Antoine Augereau, un imprimeur accusé d’avoir produit les placards, pendu et brûlé.

Ces exécutions provoquent l’indignation des princes protestants d’Allemagne, que François Ier espérait rallier à sa cause contre Charles Quint. Pour apaiser ces critiques, l’ambassadeur Guillaume du Bellay présente les condamnés comme des anabaptistes révolutionnaires, distincts des réformés modérés.

L’exil des protestants

Face à la répression, de nombreux réformés fuient la France. Parmi eux se trouve Jean Calvin, qui part s’exiler à Genève, où il développera ses doctrines réformées et renforcera son influence sur la communauté protestante européenne.



Jean Calvin

La controverse théologique

Les Placards s’attaquent à la messe catholique, considérée par les réformés comme une idolâtrie. Les arguments avancés dans le texte sont typiques des théologiens protestants :

Le Christ n’a été immolé qu’une seule fois : selon les protestants, le sacrifice du Christ sur la croix est unique et parfait, rendant tout sacrifice ultérieur inutile.

La messe n’est qu’une commémoration : ils rejettent la doctrine catholique de la transsubstantiation, qui affirme que le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang du Christ.

Le texte dénonce également les «superstitions» et «pratiques idolâtres» de l’Église catholique, telles que les encensements, les sonneries et les chants liturgiques, qualifiés de «sorcelleries».

Conséquences de l’Affaire des Placards

La fin de la tolérance

Après l’Affaire des Placards, François Ier abandonne toute politique de conciliation envers les réformés. Il engage une répression systématique contre les protestants, inaugurant une période de persécutions religieuses en France.

Un prélude aux guerres de Religion

L’Affaire des Placards est souvent considérée comme le premier affrontement ouvert entre catholiques et protestants en France. Elle annonce les conflits religieux qui déchireront le royaume à partir de 1562.

Un isolement diplomatique

La répression brutale contre les réformés nuit aux ambitions diplomatiques de François Ier. Son alliance avec les princes protestants allemands contre Charles Quint devient plus difficile à maintenir.

Héritage de l’Affaire des Placards

L’Affaire des Placards reste un épisode marquant de l’histoire de France, non seulement pour ses conséquences religieuses et politiques, mais aussi pour ce qu’elle révèle des tensions croissantes dans une Europe divisée par la Réforme. Cet événement illustre comment les querelles théologiques peuvent se transformer en crises politiques, annonçant une époque de conflits confessionnels et de transformations majeures pour l’État français.