L’Arrestation de Nicolas Fouquet



L’arrestation de Nicolas Fouquet, le 5 septembre 1661, reste l’un des épisodes les plus énigmatiques du règne de Louis XIV.

Cet homme brillant, mécène fastueux et maître des finances royales, incarne à la fois l’excès et le génie d’une époque. Mais qui était réellement Fouquet ? Un serviteur loyal du royaume ou un manipulateur machiavélique ? L’histoire de sa chute, teintée d’intrigues et de mystères, continue de fasciner.

Une ascension éclatante et ambiguë

Nicolas Fouquet n’était pas destiné à devenir l’un des hommes les plus puissants de France. Issu d’une famille de magistrats bordelais, il se hisse, grâce à son intelligence politique et son audace financière, au sommet de l’État. Sous l'aile de Richelieu, il est introduit conseiller au parlement de Nancy puis propulsé directeur de la compagnie des îles d'Amérique, dans laquelle le cardinal possède des actions. 



Richelieu, le premier protecteur de Fouquet

Après avoir occupé plusieurs autres charges dans l'administration, sa nomination comme surintendant des finances en 1653, en pleine tourmente de la Fronde, fait de lui un pilier du régime. À lui revient la lourde tâche de renflouer des finances royales dévastées.

Mais son pouvoir dépasse largement les finances. Fouquet, à la manière d’un prince de la Renaissance, est un homme d’influence : il protège des artistes comme Molière, La Fontaine, et Poussin, construit le fastueux château de Vaux-le-Vicomte, et finance d’innombrables réseaux. Plus qu’un simple ministre, il se forge une image de mécène et de bienfaiteur, qui fait de lui un centre de gravité des relations mondaines.



Reconstitution de l'immense bibliothèque de Fouquet. Le ministre s'affiche comme un défenseur des arts et de la culture.

Cependant, des ombres subsistent sur la source de sa richesse. Fouquet était-il réellement cet administrateur modèle qu’il prétendait être, ou un habile manipulateur ? On sait qu’il servait de prête-nom pour Mazarin dans certaines affaires financières obscures, notamment des umprunts d'Etat et des ventes de charge, accumulant ainsi une fortune considérable.

À quel point cette corruption était-elle étendue ? Où se situe la frontière entre les faits, et les ragots propagés dans les nombreuses mazarinades ? Le secret reste entier.

Un réseau qui inquiète le roi

Lorsque Mazarin meurt en 1661Fouquet semble à l’apogée de son pouvoir. Il contrôle non seulement les finances du royaume, mais aussi des pans entiers de la vie politique et sociale.

Ses obligés – les hommes et femmes qu’il a placés dans les sphères du pouvoir – forment un réseau tentaculaire. Certains disent qu’il avait une influence si grande qu’il aurait pu, en cas de conflit, ébranler l’État lui-même.

Mazarin, pourtant son protecteur, aurait mis en garde le jeune roi Louis XIV contre l’ambition démesurée de son ministre : « Méfiez-vous de Fouquet », aurait-il murmuré sur son lit de mort. Ces paroles, prononcées par un homme qui connaissait mieux que quiconque les arcanes du pouvoir, hantent Louis XIV.

Le roi, traumatisé par les soulèvements de la Frondevoit en Fouquet un danger potentiel. Avec ses places fortes, comme Belle-Île, ses armées privées, et ses vastes richesses, Fouquet incarne une menace à l’idéal d’un pouvoir centralisé. Cette méfiance est exploité par le ministre Colbert, rival de Fouquet, n’hésite pas à souffler sur les braises, fournissant au roi des rapports détaillés sur les détournements présumés du surintendant aux finances.



Colbert, ministre de Louis XIV, et rival de Fouquet pour l'exercice du pouvoir

La fête de Vaux : le début de la fin

Le 17 août 1661, Fouquet organise une fête somptueuse au château de Vaux-le-Vicomte. La soirée est en l'honneur de Louis XIV, alors tout y est fait pour éblouir la Cour : Jets d’eau, feux d’artifice, banquet pour des milliers d’invités, Molière écrit une pièce spécialement pour l'occasion. Pourtant, loin de contenter le roi, cette exhibition va attiser sa colère.

Louis XIV, alors âgé de 23 ans, est furieux. Le faste de Fouquet, éclipsant la simplicité de ses propres résidences, lui paraît suspect. Comment un ministre peut-il posséder de telles richesses ? À quel point Fouquet a-t-il profité des finances de l’État ? L’offre de Fouquet de céder Vaux au roi n’apaise pas ce dernier : elle ne fait qu’accroître sa méfiance.



Le château et les jardins de Vaux-le-Vicomte, embellis par Charles le Brun et André le Nôtre, à qui l'on doit également les fastes du château de Versailles.

Dans le carrosse qui le ramène à Paris, le jeune monarque aurait confié à sa mère Anne d’Autriche : « Madame, est-ce que nous ne ferons pas rendre gorge à tous ces gens-là ? »

L’arrestation : un coup d’éclat orchestré

Le 5 septembre 1661, alors que la cour séjourne à Nantes, Louis XIV passe à l’action.

Il ordonne à d’Artagnan, capitaine des mousquetaires, d’arrêter Fouquet. L’effet de surprise est total. Fouquet, stupéfait, n’a que le temps de prévenir ses proches, qui, par négligence ou par panique, ne détruisent pas les documents compromettants.

Dans les jours qui suivent, le roi fait apposer des scellés sur toutes les propriétés de Fouquet. Ses alliés sont écartés : sa femme est exilée, ses frères déchus de leurs charges, ses amis financiers poursuivis.

Louis XIV, en un geste symbolique, supprime la surintendance des finances et transfère ses fonctions à un Conseil royal contrôlé par Colbert.

Un procès troublant

Le procès de Fouquet dure trois ans. Il est à l’image du personnage : grandiose et controversé. Accusé de péculat (détournement de fonds) et de lèse-majesté, il risque la peine de mort. L’accusation repose sur des preuves contestables : des comptes financiers flous, des témoignages douteux, et un prétendu plan de rébellion trouvé chez lui. Fouquet se défend avec brio, dénonçant les irrégularités de la procédure et l’acharnement de ses ennemis, en particulier Colbert.



Le procès

Le 21 décembre 1664, Fouquet est condamné au bannissement perpétuel. Louis XIV, qui espèrait la mort, use de son droit régalien pour aggraver la peine. Celle-ci est commuée en emprisonnement à vie. Le condamné est envoyé à Pignerol, une forteresse dans les Alpes, où il meurt en 1680. Mais même sa mort reste entourée de mystère. Certains affirment qu’il a été empoisonné ; d’autres que sa mort aurait été orchestrée pour protéger des secrets d’État.

Un procès politique ou une vraie culpabilité ?

Nicolas Fouquet était-il réellement coupable ? Sa fortune colossaleses réseaux et son arrogance en faisaient une cible idéale pour un roi avide de pouvoir absolu.

Il est indéniable que Fouquet a profité du système pour s’enrichir, mais l’enquête révèle aussi des zones d’ombre. De plus, il n’était pas le seul : Mazarin lui-même, qui l’avait formé, n’était pas étranger aux détournements de fonds. Certainement que l'étalement desinhibé de sa fortune, en plus d'éveiller les soupçons, a fait trop d'ombre à un jeune roi qui devait devenir solaire.

Louis XIV a-t-il vu en Fouquet une menace réelle ou un symbole à abattre pour asseoir son autorité ? L’arrestation du surintendant marque un tournant dans l’histoire : avec elle, le roi s’affirme comme le seul maître de l’État

Alors Voilà...

L’affaire Fouquet n’est pas seulement celle d’un homme tombé en disgrâce. Elle est le reflet d’une époque où désormais, l’ambition individuelle ne peut rivaliser avec la majesté royale. Elle annonce aussi le commencement d'un pouvoir absolu : Louis XIV, en écrasant Fouquet, ne triomphe pas seulement d’un rival, mais inaugure une ère où la grandeur est le monople du Roi.