En cette fin de XVIIe siècle, le continent européen se prépare à affronter un ennemi redoutable. Au cœur de l’action : Louis XIV, le Roi-Soleil, maître incontesté de la France, dont les armées brillent par leur discipline et leurs succès.
À son apogée, Louis XIV incarne la puissance absolue : son royaume, riche et fortifié, s’étend à travers des frontières soigneusement consolidées par la ceinture de Vauban, un réseau de fortification impressionnant. La puissance, mais surtout l’ambition sans limite du monarque effraie ses voisins.
Depuis la guerre de Hollande (1672-1678), Louis XIV cherche à dessiner des frontières parfaites pour protéger son royaume. Son rêve : étendre la France jusqu'à ses frontières "naturelles".
- Au sud, les Pyrénées,
- À l'Est, les Alpes,
- Au nord, le Rhin, qui n'est pas encore atteint.
Il revendique des territoires avec une audace troublante, s’appuyant sur des traités ambigus et des manœuvres politiques habiles. Ses succès militaires sont éclatants, mais son arrogance et ses méthodes brutales exaspèrent les puissances voisines. En secret, une coalition se forme : l’Europe ne peut plus laisser le Roi-Soleil briller seul.
Louis XIV, le souverain le plus puissant d'Europe.
Acte 1 : Le prélude de la tempête
La politique des Réunions : une conquête déguisée
Dans un ballet juridique et militaire, Louis XIV agrandit méthodiquement ses frontières. Après la guerre de Hollande (1672-1678), à l'issue de la quelle il a récupéré la Franche-Comté et plusieurs places fortes dans les Flandres, le roi soleil change de stratégie : au lieu de déclencher une nouvelle guerre, il va conquérir de nouveaux territoires par le droit. C'est la "politique des réunions" (1679-1684).
En clair, Louis XIV réunit des juristes et des magistrats chargés d'étudier les anciens titres féodaux, traités et liens de féodalité de villes et de comtés frontaliers, en remontant parfois jusqu'au haut moyen-âge ! Si un territoire avait, par le passé, juré fidélité au roi de France ou à un de ses vassaux, il était rattaché légalement au royaume. Cette politique intelligente permet à Louis XIV d'annexer de nombreux territoires en Alsace et sur toute la frontière nord, en évitant une nouvelle guerre.
Strasbourg, un joyau stratégique sur le Rhin, tombe ainsi en 1681. La ville est intégrée au royaume sans un coup de feu. Dans le même temps, les forteresses frontalières sont consolidées sous la direction de Vauban, qui tisse une ceinture de fer autour de la France.
Les forts de la ceinture de fer. Par ces fortifications et ses conquètes, Louis XIV entends renforcer les frontières du royaume.
Mais ces manœuvres ne passent pas inaperçues.
- À l’est, l’empereur du Saint-Empire, Léopold Ier, observe avec inquiétude cette expansion.
- À l’ouest, Guillaume III d’Orange, stathouder des Provinces-Unies, voit d’un mauvais œil l’emprise croissante de la France sur les Pays-Bas espagnols.
Ils savent qu’il faudra agir. Mais pour l’instant, la France triomphe, et ses voisins hésitent encore à entrer en guerre.
La révocation de l’édit de Nantes
Si la politique des Réunions exacerbe les tensions diplomatiques, la révocation de l’édit de Nantes en 1685 allume une flamme de colère.
Louis XIV entend unifier son royaume sous la bannière catholique, mais sa persécution des protestants provoque un exode massif. Près de 200 000 huguenots fuient vers l’Angleterre, les Provinces-Unies et l’Allemagne, emportant avec eux leurs compétences et leurs témoignages.
Ces récits galvanisent l’opinion européenne contre Louis XIV, qui apparaît comme un souverain tyrannique. Guillaume d’Orange, en particulier, utilise cette opportunité pour renforcer son réseau d’alliés dans le monde protestant.
Carte : l'exode protestant
La Ligue d’Augsbourg : l’Europe s’unit contre le Roi-Soleil
En 1686, un traité secret est signé à Augsbourg. Autour de Léopold Ier, empereur du Saint Empire, une coalition se forme. Elle rassemble l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Espagne et plusieurs princes allemands. Le pape Innocent XI, hostile à Louis XIV qui a imposé son contrôle sur le clergé français, soutient cette alliance. L’objectif est clair : contenir les ambitions françaises.
Louis XIV, rapidement mis au courant de l'alliance grâce à son réseau d'espions, sent la menace croître, mais il n’a pas encore dit son dernier mot.
Acte 2 : Le feu s’allume (1688-1689)
L’invasion de la Rhénanie : la guerre éclate
En septembre 1688, Louis XIV décide de prendre les devants avant que ses ennemis ne s'organisent. Ses armées franchissent le Rhin et s’emparent de Philippsbourg, un point stratégique clé. Les troupes françaises avancent rapidement, s’emparant de Spire, Worms, et Mayence.
Mais cette offensive fulgurante n’est qu’un début : pour ralentir la progression de ses ennemis, Louis XIV ordonne une politique de la terre brûlée. Des villages entiers sont incendiés dans le Palatinat, semant la terreur parmi la population.
Carte : les mouvements français
Cette stratégie provoque l’effet inverse de celui escompté. Au lieu d’intimider ses adversaires, la violence employée par Louis XIV les convainc définitivement à entrer en guerre. En Allemagne, les princes mobilisent leurs troupes, et l’empereur rappelle ses armées de Hongrie, où il combat les Ottomans. La Ligue d’Augsbourg est désormais prête à affronter la France.
La Glorieuse Révolution : l’Angleterre bascule
Pendant que la France conquiert en Allemagne, une révolution secoue l’Angleterre. Guillaume d’Orange débarque en novembre 1688 avec une flotte imposante et une armée déterminée.
Le roi catholique Jacques II, soutenu par Louis XIV, est rapidement renversé. Guillaume monte sur le trône d’Angleterre, scellant une alliance durable entre Londres et La Haye. Cette union anglo-néerlandaise change la donne : les ressources navales et économiques des deux nations sont désormais mobilisées contre la France.
Guillaume d'Orange
La guerre s’étend : un conflit mondial
En 1689, le conflit prend une dimension globale. Des combats éclatent en Irlande, où Jacques II tente de reprendre le pouvoir avec l’aide des troupes françaises. Dans les colonies nord-américaines, la première guerre intercoloniale commence, opposant Anglais et Français. Sur les mers, la flotte française se heurte aux navires hollandais et anglais.
La campagned'Irlande
La guerre de la Ligue d’Augsbourg n’est plus seulement un conflit européen : elle devient un affrontement total, impliquant des territoires et des peuples du monde entier.







