L’Ascension des Capétiens



La transition entre les Carolingiens et les Capétiens à la fin du Xe siècle représente un tournant majeur dans l’histoire de la France médiévale. La dynastie carolingienne, après avoir dirigé un empire puissant sous Charlemagne, voit son autorité s'effriter face à des facteurs multiples, incluant des luttes de succession, des invasions et la montée en puissance des seigneurs locaux, dans le context de la féodalité.

Le Déclin des Carolingiens : Fragilité de la Succession et Affaiblissement du Pouvoir Central

À la mort de Charlemagne en 814, son fils Louis le Pieux hérite d’un empire immense mais fragile, qui sera divisé à sa mort entre trois de ses fils, selon la coutume francque mais après une terrible guerre civile. Ainsi en 843, le traité de Verdun partage officiellement l’empire entre les petits-fils de Charlemagne :

  • Charles le Chauve, qui reçoit la Francie occidentale (la future France).
  • Louis le Germanique, qui hérite de la Francie orientale (la future Allemagne).
  • Lothaire, qui garde la Lotharingie et l’Italie.


Division de l'Empire carolingien

Ce partage territorial entraîne des tensions entre les rois carolingiens et affaiblit leur pouvoir.

La Francie occidentale, qui deviendra le royaume de France, est particulièrement vulnérable aux divisions. Les rois carolingiens, souvent contestés, peinent à conserver leur autorité sur l’ensemble du territoire, alors que la classe nobiliaire acquiert de plus en plus de libertés.

Le Rôle des Invasions et des Pressions Extérieures

Le déclin de l’autorité carolingienne s’accentue face aux incursions extérieures. Aux IXᵉ et Xᵉ siècles, la Francie occidentale subit les invasions répétées des Vikings, qui attaquent les villes, les monastères et les centres commerciaux situés le long des rivières comme la Seine et la Loire.

Ces invasions mettent à mal l’autorité royale, car les rois carolingiens se montrent souvent incapables de protéger leurs territoires contre ces pillages.



Carte : les raids vickings dans le Royaume de France

Pour pallier cette faiblesse, ils confient des terres à des guerriers fidèles en échange de leur assistance militaire. Ces nobles locaux, devenus protecteurs de leurs domaines, renforcent leur autorité vis-à-vis du roi et se comportent de plus en plus comme des dirigeants autonomes, capables de défendre leur territoire sans l’aide de la couronne.

On assiste à une décentralisation du pouvoir, qui  s'exerce de plus en plus au niveau local.

La Montée en Puissance des Robertiens

Parmi les familles nobles qui profitent de cette situation de morcellement et de faiblesse royale figurent les Robertiens, (futurs Capétiens).

Cette famille, qui détient des territoires importants en Île-de-France et en Bourgogne, développe une influence notable au sein du royaume. Robert le Fort, ancêtre d’Hugues Capet, acquiert un grand prestige pour ses succès contre les Vikings et s’affirme comme une figure centrale de la noblesse franque.



Statue de, Robert le Fort

Les descendants de Robert le Fort, notamment Eudes et Hugues le Grand, renforcent leur statut en accumulant des terres et des alliances. Ils développent aussi des relations étroites avec l’Église, ce qui leur confère une légitimité supplémentaire.

Les Robertiens ne contestent pas ouvertement le trône carolingien, mais ils deviennent une famille incontournable du royaume, jouant un rôle de premier plan dans la défense et l’administration. Leur ascension prépare le terrain pour le couronnement d’Hugues Capet à la fin du Xe siècle.

Le Contexte Féodal : Un Facteur Structurant dans le Déclin Carolingien

Le développement du système féodal au cours des IXème et Xème siècles joue un grand rôle dans le déclin carolingien.

En confiant des fiefs à des seigneurs pour assurer la défense des territoires, les rois carolingiens instaurent un réseau de vassalité qui, bien que nécessaire à court terme, affaiblit progressivement leur pouvoir. Les seigneurs locaux, investis de l’autorité militaire et judiciaire sur leurs terres, gagnent en autonomie et en pouvoir

Avec le temps, cette structure féodale se renforce au point que les seigneurs commencent à se comporter en véritables souverains locaux, parfois plus puissants que le roi.

La fragmentation de l’autorité au sein du royaume entraîne une réduction du contrôle direct exercé par les Carolingiens. Les liens de vassalité, plutôt que de renforcer le roi, servent avant tout les intérêts des seigneurs et accentuent l’émancipation des grandes familles féodales.



Carte : les domaines des grands nobles du royaume au XIème siècle.

Bien qu'ils fassent théoriquement tous allègeance au roi de France, leur contrôle territorial et leurs richesses les rendent techniquement bien plus puissant que lui, et donc moins enclins à lui obéire.



La hyérarchie du système féodal : Le roi confie des terres à des Ducs et Comtes qui lui jurent allègeance. Eux même les distribuent à des seigneurs qui doivent leur demeurer fidèles d'après un serment.

Le même principe se répète jusqu'au simples vassaux, qui se voient confier une terre par leur seigneur. 

L’Élection d’Hugues Capet et la Fin de la Dynastie Carolingienne

Lorsque le dernier roi carolingien, Louis V, meurt sans héritier en 987, les grands seigneurs élisent Hugues Capet, duc des Francs et comte de Paris, comme nouveau roi. Le choix d’Hugues Capet n’est pas dû à sa puissance territoriale, mais à son réseau d’alliances et à son prestige au sein de l’aristocratie.

Le couronnement d’Hugues Capet inaugure la dynastie capétienne, mais le nouveau roi n’a qu’un pouvoir limité sur le royaume. Son autorité se limite principalement à son domaine en Île-de-France, tandis que les autres grands seigneurs conservent leur autonomie.



Couronnement de Hugues Capet (987)

Les Conséquences de la Transition Dynastique

Le passage des Carolingiens aux Capétiens marque le début d’une lente centralisation du pouvoir royal. Bien que les premiers rois capétiens n’aient qu’une autorité symbolique sur les grands seigneurs, la continuité dynastique capétienne leur permet de stabiliser la monarchie et d’établir des liens avec l’Église, qui légitime leur règne. 

Au fil des générations, les rois capétiens vont s’efforcer de renforcer leur pouvoir, en réintégrant progressivement les domaines féodaux par des alliances et des mariages

En instaurant la tradition de l’héréditéHugues Capet et ses successeurs réussissent à affirmer la pérennité de leur dynastie, contrastant ainsi les successions chaotiques qui avaient affaibli les Carolingiens.

Un Nouveau Modèle de Monarchie

L’affaiblissement des Carolingiens, causé par des rivalités internes, des invasions et l’émancipation des seigneurs, entraîne un morcellement du royaume et une perte d’autorité royale.

C'est dans ce context de crise que les Capétiens vont s'imposer sur le trône. Alors que la puissance réelle de la monarchie est faible, c'est sur l’Église la dynastie va s'appuyer pour légitimer son pouvoir. Bien que leur autorité reste limitée aux premiers siècles, la stabilité de leur dynastie permettra d'éroder lentement le système féodal, pour recouvrir l'unité du royaume. 

Ainsi, la transition entre Carolingiens et Capétiens ne se réduit pas à un simple changement de famille régnante, mais amorce une transformation durable du pouvoir royal, qui aboutiré à une monarchie plus unifiée et solide.



Quiz de révision

Les Vikings
La dynastie capétienne
Faux ! C'est l'inverse : le pouvoir central s'effondre tandis que les seigneurs locaux gagnent en autonomie.
Non, ils privilégient plutôt les alliances politiques, avec les grands seigneurs et l'Église
Non, il n'en a pas les moyens.