Jean II le Bon : le roi chevalier face au naufrage du royaume



Lorsque Jean II succède à son père Philippe VI en 1350, le royaume de France est déjà profondément ébranlé. La guerre de Cent Ans bat son plein, ravageant les campagnes, la peste noire a frappé quelques années plus tôt, et la monarchie qui avait dominé l’Europe au temps de Philippe le Bel, vacille.

Jean II, surnommé "le Bon", arrive avec une vision du pouvoir héritée d’un monde féodal déjà en ruine. Il croit encore à la chevalerie, à l’honneur des armes, à l’image d’un roi combattant en tête de ses troupes. Mais l’époque a changé. Ce roi chevalier va devoir affronter un siècle de mutations, et sa loyauté aux valeurs anciennes le conduira à l’un des règnes les plus tragiques de l’histoire de France.

Un roi de transition dans un royaume en ruine

Jean II hérite d’un royaume affaibli. Son père, Philippe VI, a échoué à contenir l’avancée anglaise. La bataille de Crécy (1346) et la perte de Calais ont durement entamé le prestige militaire du royaume. La fiscalité, trop lourde, est impopulaire, les campagnes sont appauvries par les pillages et la peste. La Peste noire, qui frappe le pays depuis 1348, tue une part importante de la population et provoque un chaos social.

Jean, couronné à Reims en 1350, souhaite restaurer l’autorité monarchique dans le désordre ambiant. Il est animé par un idéal clair : rendre sa grandeur à la couronne, en s'appuyant sur des idéaux chevaleresques et monarchiques traditionnels, fidèles à une éthique féodale. Il fonde l’ordre de l’Étoile, un ordre de chevalerie qui doit regroupper autour du roi les meilleurs chevaliers du royaume.



Jean II fonde l'ordre de l'étoile

Mais ce modèle de roi chevalier que Jean II veut incarner n’est déjà plus adapté à son époque. L’Angleterre mène une guerre beaucoup plus moderne : ses armées privilégient la mobilité, la discipline et les tactiques nouvelles plutôt que les grands affrontements chevaleresques.

Si Jean II rêve de rétablir la légitimité et la grandeur de la monarchie par la bravoure et la chevalerie, le royaume de France a d’abord besoin d’autre chose : d’un roi capable de rétablir l’ordre, de redresser les finances publiques, et de moderniser son armée pour s'adapter à une nouvelle manière de faire la guerre.


Guerre, défaite et captivité : le désastre de Poitiers

Très vite, Jean doit faire face à une reprise des hostilités avec l'Angleterre. En 1355, le Prince Noir, fils d’Édouard III d’Angleterre, mène une grande chevauchée à travers le sud-ouest de la France, semant la terreur dans les provinces. À la tête de l'armée royale, Jean décide de l’intercepter.

En septembre 1356, les deux armées se rencontrent près de Poitiers. Malgré une position défavorable, Jean, fidèle à son idéal, refuse de reculer et s'engage dans la bataille. Le choc est terrible. L’armée française, mal coordonnée, est décimée par les archers anglais. Le roi est encerclé puis capturé. Il devient prisonnier du Prince Noir.



Jean II est capturé à Poitiers

Jean est emprisonné à Londres tandis que son royaume sombre dans le désordre. À l'issus de la bataille, doit on louer son courage ou blâmer son inconscience ? Quoi qu'il en soit, le choix du roi de combattre à l'ancienne, sans chercher à s'adapter aux tactiques modernes, coûte très cher à la monarchie.

La monarchie vacille : crise politique et chaos social

La capture du roi crée un vide politique immense. Le dauphin Charles, futur Charles V, âgé d’à peine 18 ans, doit assurer la régence, mais il n’a ni l’autorité, ni les moyens de restaurer l’ordre.

La France, privée de son roi, s’enfonce dans le chaos. Les pillages des Grandes Compagnies, ces armées de mercenaires impayés devenus bandits, ravagent les campagnes.

Les finances sont dans un état critique. Face à l’augmentation des impôts pour financer la rançon de Jean le Bon, les États généraux réclament des réformes. Le pouvoir monarchique, affaibli par la défaite et l’absence du roi, est ouvertement contesté.

Étienne Marcelprévôt des marchands de Paris, mène une révolte contre la régence du dauphin Charles, exigeant davantage de contrôle sur les finances royales. En février 1358, il fait assassiner deux maréchaux du dauphin et prend le prince en otage, entraînant Paris dans une insurrection contre le pouvoir royal. Cette insurrection, combinée à la Grande Jacquerie, une révolte paysanne d'une ampleur inédite qui frappe les campagnes, fait entrer le royaume dans un état de quasi-guerre civile.



Étienne Marcel et ses hommes pénètrent les appartements du Dauphin

Le traité de Brétigny

À Londres, Jean est traité avec les égards dus à un roi, mais reste un otage politique. Édouard III en profite pour négocier un traité qui lui serait très favorable.

En 1359, un premier traité est proposé : la France devrait céder d’immenses territoires au sud et à l’ouest, en plus de verser une rançon astronomique. Jean accepte, mais les États généraux rejettent ce texte, jugé humiliant.

Finalement, en 1360, un compromis est trouvé avec le traité de Brétigny : l’Angleterre obtient l'Aquitaine, Calais et Ponthieu, ainsi qu'une rançon de trois millions d'écus, une somme colossale. Jean est libéré, à condition de livrer plusieurs otages, dont ses propres fils, pour garantir le paiement.



En rose, les territoires cédés par le traité de Bretigny. En blanc, la Bretagne est alliée aux anglais

Jean rentre brièvement en France, mais en 1363, l’un de ses fils retenu en otage en Angleterre, s’évade. Pour Jean, c’est une faute d’honneur. Fidèle à sa parole et à l'idéal chevaleresque, il décide de retourner en captivité en Angleterre. Un geste incompréhensible pour beaucoup, mais révélateur de la fidélité de Jean à une vision du pouvoir fondée sur la parole donnée, le sacrifice et la noblesse d’âme.

Jean le Bon meurt à Londres, en 1364, dans une atmosphère d’échec personnel et de ruine politique.



Jean II retourne en Angleterre

Conclusion

Le règne de Jean II le Bon est un moment de rupture. Son nom, "le Bon", fait référence à sa loyauté, à sa droiture et à son courage, mais il n’aura pas été un bon roi au sens politique. Trop attaché à l’honneur chevaleresque, Jean le Bon incarne les contradictions d’un roi chevalier dans une époque de transition. Son attachement aux valeurs féodales et son incapacité à s’adapter aux réalités politiques et militaires de son temps ont conduit à des échecs retentissants.

Jean incarne la tragédie d'un roi sincère mais dépassé, valeureux mais imprudent, fidèle à des idéaux inadaptés à son époque. Il règne dans l’effondrement, sans parvenir à restaurer l’ordre, et laisse un royaume morcelé, appauvri et en guerre.



Quiz de révision

La Guerre de 100 ans et la Peste noire
Il veut incarner un pouvoir basé sur les idéaux chevaleresques.
Le Prince Noir, fils d'Édouard III
Faux ! Le royaume se déchire après le désastre de Poitiers :
- Paris entre en insurrection,
- les paysans se soulèvent,
- les mercenaires ravagent les campagnes
L'Aquitaine