Charles VII, surnommé « le Victorieux » ou « le Bien Servi », a régné sur la France de 1422 à 1461. Héritier d’un royaume morcelé et disputé, il réussit, au fil de son long règne, à relever la monarchie française, à mettre fin à la guerre de Cent Ans et à poser les bases d’un État moderne. Pourtant, son ascension n’était pas promise et son règne fut souvent critiqué. Sa victoire finale reste indissociable de figures comme Jeanne d’Arc et des réformes qu’il introduisit.
Un Héritage Incertain
Né à Paris en 1403, Charles était le fils de Charles VI, surnommé « le Fou », et d’Isabeau de Bavière. Jeune prince, il grandit dans un royaume ravagé par la guerre de Cent Ans et la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
En 1418, alors que Paris tombait aux mains des Bourguignons, Charles échappa de justesse à une capture et se réfugia à Bourges. Ses ennemis le surnommèrent avec mépris « le roi de Bourges », soulignant sa position fragile.
Le royaume divisé après le traité de Troyes
Son destin fut encore obscurci par le traité de Troyes de 1420, qui le déshéritait au profit d’Henri V d’Angleterre. Par ce traité, signé par sa propre mère, Isabeau de Bavière, et son rival Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Charles fut déclaré illégitime et écarté de la succession au trône.
Le traité, signé dans des conditions très particulières, marquées par la folie de Charles VI et l'alliance anglo-bourguignonne, fut rejeté par le Dauphin Charles. À la mort de son père, il se proclame roi de France sous le nom de Charles VII, et reçoit le soutien des nobles du centre et du sud de la France. Paris et le nord du royaume étaient encore sous le contrôle des anglo-bourguignons, tandis que le contrôle de Charles se limitât au sud de la Loire.
Un messager annonce à Charles la mort de son père, le roi Charles VI.
Jeanne d’Arc et la Reconquête
La situation de Charles changea radicalement grâce à l’intervention de Jeanne d’Arc. En 1429, cette jeune femme venue de Domrémy, un petit village aux confins des Vosges, se présente devant le roi en se prétendant envoyée de Dieu. Elle aurait été chargée d'une mission divine : "bouter les anglais hors de France"
Charles est dubitatif : de nombreux prophètes et affabulateurs circulent en temps de guerre. S'il implique à sa cause une menteuse ou une illuminée, il se ridiculisera et affaiblira sa légitimité.
Jeanne d'Arc se présente devant le roi.
On ne connaîtra jamais complètement les raisons qui poussèrent Charles à faire confiance à Jeanne, mais à ce moment là, deux versions s'opposent et s'entremêlent.
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À suite à plusieurs épisodes supposés mystiques, qui appuient le récit de Jeanne, Charles se décide à lui faire confiance et à voir en elle l'envoyée de Dieu.
- Devant l'impasse de la situation, le roi et ses conseillers décident d'utiliser le récit de Jeanne pour galvaniser les troupes et rallier l'opinion publique.
La réalité se situe certainement dans une zone gris, entre ces deux versions. Quoi qu'il en soit, Charles autorise Jeanne à accompagner un convoi de ravitaillement qui doit alimenter la cité d'Orléans, assiégée par les anglais.
Une fois dans la ville, Jeanne galvanise les habitants et la garnison française, les poussant à combattre les assiégeants. Les troupes se lancent à l'assaut des camps anglais et parviennent à briser le siège.
Jeanne combat les anglais sous les murailles d'Orléans.
Après cet épisode, le mythe de Jeanne est écrit. La pucelle accompagne les armées royales, brandissant son étendard, ce qui enflamme les soldats. Grâce à son soutien symbolique, Charles enchaîne les victoires, allant jusqu'à libérer Reims où il peut officiellement se faire sacrer roi, le 17 juillet 1429.
Ce sacre dans la cathédrale des rois de France marqua un tournant dans le règne de Charles, légitimant officiellement son pouvoir au yeux du royaume tout entier.
Charles VII est sacré à Reims
Par la suite, la relation entre Charles et Jeanne se dégrade. Le roi de France est accusé d'avoir abandonné la pucelle, lorsque qu'il ne tente pas de la libérer après sa capture par les bourguignons, l'année suivante. La jeune femme est alors brûlée vive par les anglais en 1431.
Malgré sa mort, le roi poursuit la reconquête du pays. En 1435, il met fin à la guerre civile en concluant le traité d’Arras avec le duc de Bourgogne Philippe le Bon. Cette alliance permet d’isoler les Anglais, désormais seuls face à une France réunifiée.
La Fin de la Guerre de Cent Ans
Libéré des divisions internes, Charles VII réorganise ses forces. Avec une armée renforcée et une artillerie modernisée, il lance une offensive décisive contre les Anglais. En 1436, il reprend Paris, avant de reconquérir l'ensemble de royaume.
Arthure de Richemont, connétable de France, entre dans Paris avec l'armée royale.
En 1450, Cherbourg, dernier bastion anglais de Normandie, capitule, laissant le duché sous contrôle intégral du roi de France. La bataille de Castillon, en 1453, est le dernier grand affrontement de la guerre de Cent Ans. Elle permet la conquête de Bordeaux et de la Guyenne, marquant la fin de la présence anglaise sur le sol français, à l’exception de Calais.
Les Réformes Intérieures
Après la reconquête de son royaume, Charles VII entama des réformes profondes, qui renforcèrent l’autorité royale. La Pragmatique Sanction de Bourges en 1438 limita l’influence du pape sur l’Église de France, affirmant ainsi une certaine autonomie spirituelle, prémices du gallicanisme.
Sur le plan économique, il s’appuya sur des conseillers comme Jacques Cœur, grand argentier du royaume, pour rétablir les finances et relancer le commerce.
Un Roi Contesté mais Victorieux
Malgré ses succès, Charles VII fut critiqué pour son inaction apparente dans les premières années de son règne et pour avoir abandonné Jeanne d’Arc à son sort. Pourtant, ces critiques occultent le fait qu’il fut un roi calculateur, patient et pragmatique, préférant souvent les négociations aux batailles inutiles. Sa prudence permit à la monarchie française de sortir renforcée d’une période de chaos.
En 1461, Charles VII s'éteint au château de Mehun-sur-Yèvre, après près de 40 ans de règne. Il laisse derrière lui un royaume pacifié et en voie de centralisation, prêt pour les défis de la Renaissance. S’il fut moqué de son vivant, l’histoire retient aujourd’hui Charles VII comme l’un des grands architectes de la France moderne.







