Brunehaut et Frédégonde : La Guerre des Reines



La rivalité entre Brunehaut et Frédégonde est l’une des plus célèbres et féroces de l’histoire mérovingienne. Ces deux reines, issues de milieux et de caractères très différents, ont exercé une influence considérable sur le royaume franc, plongeant les royaumes d’Austrasie et de Neustrie dans une guerre civile qui a marqué la fin du VIe et le début du VIIe siècle. Leur conflit, nourri par l’ambition et la vengeance a entraîné des conséquences politiques et sociales durables.

Contexte et Origines de la Rivalité

La rivalité entre Brunehaut et Frédégonde trouve ses racines dans l’alliance matrimoniale qui unit les royaumes francs à la fin du VIe siècle.

  • En 566, Sigebert Ier, roi d’Austrasie, épouse Brunehaut, une princesse wisigothe cultivée et chrétienne, fille du roi d’Espagne Athanagild. Son mariage renforce l’unité politique et culturelle entre les royaumes francs et les Wisigoths, offrant à Sigebert une alliance et une reine instruite et influente.

  • Peu de temps après, Chilpéric Ier, roi de Neustrie et frère de Sigebert, épouse Galswinthe, sœur de Brunehaut, scellant une alliance similaire.


La Neustrie (Rose) et l'Austrasie (bleu)

Cependant, ce mariage tourne vite au drame : Galswinthe est assassinée, probablement à l’instigation de Frédégonde, la concubine et amante de Chilpéric.

Frédégonde, issue d’un milieu modeste, est une femme ambitieuserusée et déterminée. Rapidement après la mort de Galswinthe, elle épouse Chilpéric, devenant reine de Neustrie et ennemie jurée de Brunehaut.



L'assassinat de Galswinthe

Ce meurtre provoque une rupture définitive entre les deux familles royales. Brunehaut, révoltée par la mort de sa sœur, réclame vengeance. Ce désir de justice va alimenter un conflit sanglant entre les royaumes d’Austrasie et de Neustrie, opposant Brunehaut et Frédégonde dans une lutte de pouvoir qui s'étendra sur plusieurs décennies.

Caractères et Influences respectives

Brunehautcultivée et stratège, introduit des réformes administratives dans le royaume d’Austrasie, cherchant à renforcer l’autorité royale face aux nobles et aux grands propriétaires.

Elle s’attache aussi à développer les infrastructures, notamment les routes et les fortifications, pour stabiliser le royaume. Au-delà de ses actions politiques, Brunehaut est une femme de culture et de diplomatie, dotée d’une éducation raffinée qui lui permet de naviguer avec aisance parmi les élites européennes.



Brunehaut

Frédégonde, en revanche, est connue pour sa brutalité et son pragmatisme politique. Issue de la roture, elle s’élève par sa détermination et sa capacité à manipuler les situations en sa faveur. 

Elle n’hésite pas à employer des moyens radicaux, voire meurtriers, pour éliminer ses rivaux. En somme, Frédégonde incarne la politique de la force : elle se montre intraitable et violente envers ceux qui menacent son pouvoir, consolidant son influence sur la Neustrie avec une poigne de fer.



Frénégonde aurait manqué de tuer sa propre fille dans un accès de rage, la frappant avec le couvercle d'un coffre.

Leurs méthodes différentes et leur inimitié personnelle vont se traduire par une guerre sans merci entre les royaumes. Brunehaut souhaite venger la mort de sa sœur tout en consolidant l’autorité centrale de son fils et de ses petits-fils, tandis que Frédégonde, farouchement ambitieuse, défend les intérêts de sa lignée, ne reculant devant rien pour assurer sa suprématie.


Les Guerres Franco-Franques : Austrasie contre Neustrie

La rivalité entre Brunehaut et Frédégonde plonge la Francie dans une série de conflits appelés « guerres franco-franques ». Ces guerres éclatent dans les années 570 et se prolongent au fil des décennies, opposant non seulement les deux reines, mais aussi leurs fils, petits-fils, et alliés respectifs.


En 575Sigebert Ier, roi d'Austrasie, est assassiné, probablement à l'instigation de Frédégonde. Cet événement marque un tournant pour Brunehaut, qui se voit contrainte de défendre les droits de son fils Childebert II face aux attaques de Chilpéric et Frédégonde.



Assassinat de Sigebert

La guerre entre Austrasie et Neustrie est marquée par des batailles mais aussi par des assassinats politiques, chacun des camps tentant d'affaiblir l'autre par la ruse ou la force. 

Frédégonde ordonne l’assassinat de plusieurs membres de la famille de Brunehaut, utilisant des mercenaires pour frapper dans l’ombre. Les tentatives de médiation sont rares et échouent systématiquement, tant la haine entre les deux reines est intense.

Les batailles directes, les meurtres et les complots constants épuisent les ressources des deux royaumes et affaiblissent l’autorité mérovingienne face aux grandes familles aristocratiques qui profitent de cette instabilité pour renforcer leur propre pouvoir. Les rivalités nobiliaires et la fragmentation du royaume marquent profondément la dynastie et créent une instabilité durable qui menace l’unité des Francs.



Mort de Chilpéric. Le roi de Neustrie est assassiné à son tour en 584, alors qu'il rentre d'une partie de chasse.

Mort de Frédégonde et la Chute de Brunehaut

Frédégonde meurt en 597, mais sa lignée continue de dominer la Neustrie. Son fils, Clotaire II, hérite de son ambition et de son animosité envers Brunehaut. Dans les années qui suivent, Brunehaut, désormais âgée, tente de défendre les droits de ses petits-fils et de maintenir son influence sur l’Austrasie, mais elle fait face à une opposition de plus en plus forte de l’aristocratie, qui s’irrite de son autoritarisme.

En 613, après avoir perdu le soutien de nombreux nobles austrasiens, Brunehaut est livrée à Clotaire II par des membres de son propre camp, trahie par ceux qu’elle avait soutenus. 

Clotaire II, avide de vengeance, organise un procès sommaire et ordonne son exécution publique dans des conditions atroces : Brunehaut est suppliciée avant d’être attachée à un cheval qui la traîne jusqu’à la mort. Cette mort brutale symbolise la fin de la rivalité entre les deux reines, mais aussi la victoire de Clotaire II, qui réunifit le royaume.



le supplice de Brunehaut

Les Conséquences sur le Royaume Franc

La rivalité entre Brunehaut et Frédégonde a laissé des traces profondes dans le royaume franc. Tout d’abord, cette lutte incessante entre Austrasie et Neustrie a affaibli la dynastie mérovingienne, exposant les faiblesses du système de succession et l’instabilité créée par les partages royaux. Les guerres franco-franques ont épuisé les ressources militaires et économiques des deux royaumes, diminuant leur capacité à résister aux incursions extérieures et à stabiliser leur autorité en interne.

De plus, la montée en puissance de l’aristocratie, qui a profité des querelles royales pour accroître son influence, a contribué à affaiblir l’autorité centrale. Les nobles, autrefois soumis à l’autorité royale, gagnent en indépendance et en pouvoir au détriment des Mérovingiens.

Enfin, la rivalité entre Brunehaut et Frédégonde a contribué à renforcer l’image de violence et de division au sein de la royauté franque, une image qui persistera dans les mémoires et dans les chroniques médiévales, alimentant une légende noire. Brunehaut et Frédégonde sont souvent perçues comme des symboles d’une époque tumultueuse, figures romantiques de femmes de pouvoir qui s'entredéchirent.



Quiz de révision

Faux, elle était une roturière
Vrai, elles administrent les royaumes et influencent les grands conflits de succession