Les Grandes Jacqueries



Les Jacqueries sont des révoltes paysannes qui éclatèrent dans la France médiévale. Elles sont le moyen d'expression d'une paysannerie a bout de souffle, entre les tensions sociales, économiques et politiques du XIVe siècle.

Parmi elles, la Grande Jacquerie de 1358 est particulièrement célèbre pour son ampleur et son impact. Ces soulèvements offrent un aperçu saisissant des conditions de vie des paysans, des frustrations accumulées et de la violence qui pouvait en résulter.

Le contexte : une France en crise

La guerre de Cent Ans

Depuis 1337, la France est engagée dans la guerre de Cent Ans contre l’Angleterre. Ce conflit ravage le pays, avec des campagnes régulièrement pillées par les armées anglaises, mais aussi par des mercenaires et des troupes débandées appelées Grandes Compagnies.

La peste noire (1347-1352)

A ces violences, s'ajoute la pandémie de peste noire, qui dévasta l’Europe et décima près d’un tiers de la population française. La baisse démographique entraîna une crise économique et sociale : les seigneurs tentaient de maintenir leurs revenus en alourdissant les charges des paysans, qui peinaient déjà à survivre.



Enterrement des victimes de la peste

Lourdes pressions sur les paysans

Les paysans, appelés péjorativement "Jacques", subissaient alors une triple pression :

  • Fiscale : des impôts accrus pour financer la guerre.
  • Seigneuriale : des droits féodaux jugés oppressifs.
  • Militaire : des exactions commises par les soldats en maraude, qu’ils soient anglais ou français.

Cette accumulation de facteurs provoqua un ressentiment profond dans les campagnes.

Les causes immédiates de la Grande Jacquerie

La captivité de Jean II le Bon
En 1356, le roi de France, Jean II le Bon, fut capturé par les Anglais à la bataille de Poitiers. Cette défaite plongea le royaume dans le chaos. Le dauphin Charles (futur Charles V), régent en l’absence du roi, convoqua les États généraux pour lever de nouveaux impôts, suscitant la colère de la population.

L’insurrection d’Étienne Marcel

À Paris, le prévôt des marchands Étienne Marcel mena une révolte urbaine contre le dauphin. Cette insurrection affaiblit encore davantage le pouvoir royal, laissant les campagnes sans protection face aux pillages des mercenaires et des bandes armées.



Etienne Marcel prends le Dauphin en otage

Le déroulement de la révolt

Le déclenchement de la Grande Jacquerie

La révolte éclata en mai 1358 dans la région de Beauvais, à l’instigation d’un paysan nommé Guillaume Carle, dit "Jacques Bonhomme". Elle se propagea rapidement à d’autres régions, notamment en Île-de-France, en Picardie et en Champagne. Les paysans se soulevèrent contre leurs seigneurs, accusés de les abandonner face aux Anglais et de les opprimer fiscalement.

La montée en violence

Les paysans, armés de faux, de piques et de hachesattaquèrent les châteaux des seigneurs, qu’ils considéraient comme les symboles de leur oppression. Ces édifices furent pillésincendiés et détruits. Les nobles capturés étaient souvent exécutés de manière brutale, et leurs familles ne furent pas épargnées.



Massacre d'un noble

Une révolte désorganisée

Bien que la révolte ait gagné en ampleur, elle manquait d’organisation et de coordination. Jacques Bonhomme tenta de structurer les insurgés, mais leur manque de formation militaire les rendit vulnérables face aux armées seigneuriales.

L’implication des nobles

Face à cette menace, la noblesse réagit rapidement. Charles le Mauvais, roi de Navarre et prétendant au trône de France, profita de l’occasion pour se poser en défenseur de l’ordre féodal. Il leva une armée pour réprimer la révolte.


La répression de la Jacquerie

La révolte connut une fin brutale en juin 1358, lors de la bataille de Mello, près de Beauvais. Jacques Bonhomme, ayant accepté une trêve proposée par Charles le Mauvais, fut capturé lors de négociations. Il fut torturé et exécuté sommairement.

Les armées seigneuriales, renforcées par des chevaliers et des soldats professionnels, écrasèrent les insurgés dans une série de massacres. Les villages qui avaient soutenu la révolte furent pillés, et les paysans tués ou pendus en grand nombre. La répression fut particulièrement violente et marqua durablement les campagnes françaises.



Enluminure : la repressions de la Grande Jacquerie

Conséquences de la Grande Jacquerie

  • Pour les paysans

La révolte et sa répression laissèrent les paysans dans une situation encore plus précaire. Les seigneurs renforcèrent leur contrôle sur les campagnes et firent peser des charges supplémentaires pour compenser les pertes financières causées par la révolte.

  • Pour la société féodale

La Jacquerie renforça la méfiance entre la noblesse et les paysans. Les seigneurs perçurent ces soulèvements comme une menace directe à l’ordre féodal et prirent des mesures pour limiter les rassemblements paysans.

  • Pour le royaume

La Grande Jacquerie, combinée aux autres troubles de 1358, affaiblit encore davantage le royaume de France. Ce climat de chaos et de mécontentement permit à l’Angleterre de renforcer ses positions dans le cadre de la guerre de Cent Ans.

Un symbole de désespoir

La Grande Jacquerie est restée dans les mémoires comme un épisode de désespoir et de violence. Bien que rapidement réprimée, elle illustre les tensions sociales profondes de la société féodale et les conséquences des crises économiques et politiques sur les populations les plus vulnérables.

En définitive, cette révolte paysanne symbolise l’échec d’un système incapable de protéger ceux qui le soutenaient. Elle préfigure, à bien des égards, les soulèvements sociaux ultérieurs, comme les révoltes paysannes du XVe siècle et les mouvements révolutionnaires de l’époque moderne.