Bertrand du Guesclin : Un Héros de la Guerre de Cent Ans et Stratège Hors Pair



Bertrand du Guesclin, né en 1320 au château de la Motte-Broons en Bretagne et mort en 1380 devant Châteauneuf-de-Randon, est l’une des figures les plus emblématiques de la guerre de Cent Ans. Connétable de France sous Charles V, il s’est illustré par sa ténacité, son génie stratégique et son rôle crucial dans la reconquête des territoires français occupés par les Anglais.

Les Origines : Entre Rejet et Prédestination

Bertrand du Guesclin naît dans une modeste seigneurie bretonne et grandit dans une ambiance familiale peu tendre. Sa laideur supposée et son caractère belliqueux lui valent d’être rejeté par ses parents, notamment son père, qui refuse de le former comme chevalier.

Bertrand passe une jeunesse tumultueuse, se formant au combat de manière informelle, notamment en affrontant ses camarades paysans dans des rixes improvisées.

En 1337, il se rend à Rennes, où il participe à un tournoi malgré l’interdiction de son père. Caché sous la visière de son casque, il défait plusieurs chevaliers aguerris avant de refuser d'affronter son propre père. Lorsqu'il révèle finalement son identité à la fin du tournoi, son père, impressionné, accepte de l’équiper en chevalier, amorçant ainsi son ascension militaire.



Du Gesclin révèle son identité à la fin du tournois (Pierre Révoile, 1812)

Le Début d’une Carrière Militaire Brillante

Bertrand du Guesclin entre véritablement sur la scène militaire pendant la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364). La noblesse bretonne se déchire entre les partisans de Charles de Blois, soutenu par la France, et ceux de Jean de Montfort, alliés à l’Angleterre.

Bertrand, qui combat pour Charles de Blois, se distingue rapidement par ses exploits et son audace. En 1354, il s’empare du château de Grand-Fougeray grâce à une ruse, inaugurant une série d’opérations où il fait utlisera son ingéniosité. Il joue un rôle crucial lors du siège de Rennes en 1356, où il organise des raids pour ravitailler la ville, assiégée par les troupes anglaises dirigées par Henri de Grosmont, duc de Lancastre. Son courage et son habileté le placent au centre de la défense bretonne.



Siège de Honnebont

Bertrand du Guesclin est adoubé chevalier en 1357, un honneur qui récompense ses premières victoires et sa loyauté envers Charles de Blois. Il participe ensuite à de nombreuses batailles. Sa réputation se renforce lorsque, pendant le siège de Dinan, il provoque en duel Thomas de Canterbury, un chevalier anglais qui a fait prisonnier son frère. En battant Thomas, il libère son frère, sauve l'honneur de sa famille et augmente son prestige.

Ses nombreux succès renforcent son aura et attirent l’attention de la cour française.



Duel chevaleresque.

Un Stratège Hors Norme : La Victoire de Cocherel

Le 16 mai 1364, Bertrand du Guesclin remporte la bataille de Cocherel contre les troupes de Charles le Mauvais, roi de Navarre et allié des Anglais. Ce succès consolide la position de Charles V sur le trône de France et marque un tournant décisif dans la guerre de Cent Ans.

Pour déjouer l’armée navarraise, supérieure en nombre, Bertrand élabore une stratégie brillante en feignant une retraite pour attirer ses adversaires dans une embuscade. La victoire de Cocherel illustre son habileté à exploiter les failles de ses ennemis tout en mobilisant efficacement ses troupes.



La bataille de Cocherel

Malgré ses efforts, la mort de Charles de Blois lors de la bataille d’Auray, en septembre 1364, marque la victoire définitive de Jean de Montfort et la fin de la guerre de Succession de Bretagne.

Lors de la bataille, Bertrand est fait prisonnier. Sa libération rapide, permise grâce au payement de sa rançon par Charles V lui-même, témoigne de l’importance stratégique qu’il a acquise dans le camp français.



La bataille d'Auray

Les Campagnes en Espagne : Une Gloire Internationale

En 1365, Charles V envoie Bertrand du Guesclin en Espagne pour soutenir Henri de Trastamare contre Pierre le Cruel, roi de Castille, dans une guerre civile qui oppose les deux frères pour le trône.

Bertrand convainc les Grandes Compagnies, ces armées de mercenaires dévastant le territoire français, de combattre sous ses ordres en Espagne. Ses campagnes castillanes montrent une nouvelle fois son génie militaire. En 1366, il prend Tolède, puis Séville, avant d’affronter le Prince Noir (Édouard de Woodstock) à Nájera en 1367, avec des forces deux fois inferieures.



Carte détaillée : La guerre civile castillane

En 1369, Bertrand remporte une victoire décisive à Montiel, où il défait Pierre le Cruel et rétablit Henri de Trastamare sur le trône de Castille. En récompense, il reçoit des terres en Castille, symbole de l'influence acquise dans la péninsule ibérique, et de la reconnaissance que lui porte ce nouveau roi.



Bataille de Montiel

Connétable de France : L’Arme Secrète de Charles V

En octobre 1370, Bertrand du Guesclin est nommé connétable de France par Charles V, devenant ainsi le chef suprême des armées françaises. Dès lors, il s’attèle à reconquérir méthodiquement les territoires occupés par les Anglais. Contrairement aux grandes campagnes traditionnelles, il privilégie des assauts ciblés et des embuscades, une stratégie qu’on pourrait qualifier de précurseur de la guérilla moderne.

Il remporte des victoires décisives, notamment à Pontvallain en 1370, où il écrase les forces anglaises. Il poursuit ensuite une série de campagnes en Normandie, Poitou et Guyenne, reprenant villes et châteaux clés comme Niort, Lourdes et Chauvigny. Bertrand préfère des forces réduites et mobiles, une approche qui s’avère extrêmement efficace pour libérer le territoire français tout en minimisant les coûts pour un royaume appauvrit par des décennies de guerre.



du Gesclin est fait connétable de France par Charles V

La Mort d’un Héros

En 1380, Bertrand mène sa dernière campagne contre les Grandes Compagnies, ces bandes mercenaires qui ravagent le pays. Lors du siège de Châteauneuf-de-Randon, il tombe gravement malade et meurt le 13 juillet, avant que la ville ne capitule. Dans un ultime hommage, les défenseurs déposent les clés de la ville sur son cercueil.



La mort de du Guesclin

Bertrand du Guesclin reçoit une triple sépulture, rare honneur témoignant de son importance. Ses ossements reposent à la basilique de Saint-Denis, tandis que son cœur est déposé à Dinan, en Bretagne, et ses entrailles au Puy-en-Velay. Cette partition de son corps reflète l’admiration de son époque pour ce héros national.



Gisant de du Gesclin

Un Héritage Intemporel

Bertrand du Guesclin incarne la persévérance, le courage et l’ingéniosité militaire. Sa devise,

« Le courage donne ce que la beauté refuse »

résume parfaitement sa trajectoire : rejeté dans sa jeunesse pour sa laideur, il a conquis l’estime des rois et la reconnaissance de son peuple par ses actes. Ses campagnes, marquées par des stratégies innovantes et une maîtrise exceptionnelle de la guerre psychologique, continuent d’inspirer les historiens et les stratèges modernes.

En redonnant espoir à la France lors de l’une de ses périodes les plus sombres, Bertrand du Guesclin a mérité sa place dans le panthéon des héros médiévaux. Un homme de guerre, mais surtout un homme de cœur, il reste un modèle de résilience et de dévouement à une cause plus grande que lui-même.



Quiz de révision

Vrai ! (1341-1364)
En Espagne, pour participer à la guerre civile de Castille.
Il était très laid, allant jusqu'à faire honte à sa famille.