La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) est l'un des conflits majeurs du Moyen Âge, mêlant enjeux locaux et luttes d’influence européennes.
Ce conflit, qui oppose deux prétendants au duché de Bretagne, Charles de Blois et Jean de Montfort, illustre la complexité des alliances et des rivalités franco-anglaises au cours de la guerre de Cent Ans. Il devient également le théâtre des exploits de figures historiques comme Bertrand du Guesclin.
Les Origines du Conflit : Une Querelle Dynastique
La guerre de Succession de Bretagne débute en 1341 à la mort du duc Jean III de Bretagne, qui laisse son duché sans héritier direct.
Transport du cerceuil de Jean III
Deux factions émergent pour revendiquer le trône. D’un côté, Charles de Blois, neveu du roi de France Philippe VI, soutenu par la couronne française et une partie de la noblesse bretonne. De l’autre, Jean de Montfort, demi-frère du défunt duc, qui s’appuie sur un réseau de partisans bretons et reçoit le soutien crucial du roi d’Angleterre Édouard III.
Un Conflit local dans un contexte européen
Le duché de Bretagne, par sa position stratégique sur la Manche et ses riches ports, attire les convoitises des deux royaumes. La guerre devient rapidement un épisode du grand conflit entre la France et l’Angleterre, chaque camp y voyant une opportunité d’affermir son influence.
Carte du Duché, et de ses 9 provinces traditionnelles
Les Premières Étapes du Conflit (1341-1347)
Dès le début des hostilités, Jean de Montfort s’installe à Nantes, la capitale du duché, et revendique le titre de duc. Il convoque les grands vassaux bretons pour obtenir leur allégence, mais beaucoup ne se déplacent pas.
En effet, la plupart possèdent aussi des terres dans le royaume de France, et craignent leur confiscation par le roi de France s'ils prètent allégence à Jean. Pour assurer ses arrières, Jean se rend en Angleterre pour négocier avec le roi, ce qui lui est reproché par Philippe VI, qui apporte définitivement son soutien à Charles de Blois.
Les Nantais rendent hommage à Jean de Montfort
Alors qu'il s'est rendu à Paris pour plaider sa cause devant le roi de France, Jean est arrété et incarcéré au Louvre. Philippe VI pense avoir réglé l'affaire en supprimant le prétendant, mais sa femme, Jeanne de Flandres, poursuit la lutte en son nom. Elle rallie des partisans, et s'allie avec l'Angleterre.
Charles de Blois, soutenu par une armée française, assiège et capture Nantes en 1341. Après la prise de Nantes en 1341, Charles de Blois, appuyé par les troupes du roi de France, lance une série de campagnes pour soumettre progressivement la Bretagne. Ville après ville, il tente d’imposer son autorité face aux partisans de Jean de Montfort. La guerre devient alors une succession de sièges, de raids et de batailles, impliquant aussi bien des troupes locales que des contingents anglais et français.
Le siège de Hennebon
La deuxième phase de la guerre de Succession de Bretagne (1345-1362) est marquée par un statu quo qui reflète l’équilibre précaire entre les deux camps. Après la mort de Jean de Montfort en 1345, son fils, encore enfant, est placé sous la tutelle du roi d’Angleterre, tandis que sa mère, Jeanne la Flamme, sombre dans la folie.
De l’autre côté, Charles de Blois, emprisonné par les Anglais après sa capture lors de la bataille de La Roche-Derrien en 1347, négocie sa rançon depuis la tour de Londres. Ce contexte affaiblit les deux prétendants, tandis que la Bretagne, dévastée par les massacres, s’oriente économiquement vers les Anglais pour des raisons stratégiques et commerciales.
La capture de Charles de Blois
Face à l’enlisement du conflit breton, le pape Innocent VI entreprend une médiation afin de rétablir la paix entre les deux partis. Ses efforts aboutissent à l’ouverture de négociations entre la France et l’Angleterre.
En 1353, le traité de Westminster est signé entre l’Angleterre et les partisans de Jean de Montfort. Il reconnaît officiellement ce dernier comme duc de Bretagne et vise à stabiliser la région. Toutefois, le traité n’est pas reconnu par la France ni par une grande partie de la noblesse bretonne. Dans ce contexte de désaccord profond, les négociations échouent à imposer une paix durable. Le conflit reste donc ouvert, et les tensions reprennent progressivement au cours des années 1360.
La Bataille d’Auray : L’Épilogue Tragique
Le conflit trouvera sa conclusion après la bataille d’Auray, dernier grand affrontement de la guerre en 1364. Le fils de Jean de Montfort, avec le soutien des Anglais, affronte l’armée de Charles de Blois, et de Bertrand du Guesclin.
Malgré la bravoure des troupes bloisiennes, la bataille tourne en faveur des Montfort. Charles de Blois est tué, et Bertrand du Guesclin est capturé par les Anglais. Cette défaite met fin à la guerre de Succession de Bretagne.
La bataille d'Auray
En 1365, le traité de Guérande consacre la victoire des Montfort en attribuant le duché à Jean IV, fils de Jean de Montfort. En échange, le duc doit prêter allégeance au roi de France.
Un Conflit aux Répercussions Durables
La guerre de Succession de Bretagne ne se limite pas à un affrontement local : elle reflète les tensions entre la France et l’Angleterre dans le cadre plus large de la guerre de Cent Ans. La victoire des Montfort, soutenus par l’Angleterre, renforce l’influence anglaise en Bretagne, mais l’obligation pour Jean IV de reconnaître la suzeraineté française limite cette domination. Cet équilibre pragmatique trouvé dans le traité de Guerande met fin à plus de 20 ans de guerre.
Malgré la paix, la Bretagne reste une zone d’influence convoitée par les deux couronnes, un espace où s’expriment les rivalités diplomatiques et les jeux d’alliances jusqu’à la fin de la guerre de Cent Ans.
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L'appui de cette région stratégique pourrait offrir un avantage décisif à celui qui la contrôle.
La région reste ainsi disputée entre l'influence des deux couronnes






