La révolte d’Étienne Marcel, qui se déroule entre 1356 et 1358, est l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire politique française du XIVe siècle.
Ce soulèvement, mené par Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, s’inscrit dans le contexte tumultueux de la guerre de Cent Ans, marqué par la captivité du roi Jean II le Bon après la bataille de Poitiers (1356) et par une crise politique, sociale et économique profonde. Cette révolte fut une tentative de limiter l’autorité royale et de réformer le royaume, mais elle échoua, laissant Paris et le pouvoir monarchique profondément divisés.
Contexte de la Révolte
Le déclenchement de la révolte d’Étienne Marcel doit être compris dans le cadre plus large des crises du XIVe siècle, notamment la guerre de Cent Ans et les répercussions de la peste noire.
Après la défaite française à la bataille de Poitiers en 1356, le roi Jean II le Bon est capturé par les Anglais, laissant le royaume sans chef. Le dauphin Charles (futur Charles V), âgé de 18 ans, est nommé régent, mais sa position est précaire, car il est contesté par une noblesse mécontente, une bourgeoisie urbaine en quête de réformes et un royaume en proie à la désorganisation.
Capture de Jean II le bon à Poitiers
Sur le plan économique, la France est exsangue. La guerre a ravagé les campagnes, les routes commerciales sont dangereuses à cause des bandes de routiers, et les coffres royaux sont vides.
La captivité de Jean II impose une pression supplémentaire, car l’Angleterre exige une rançon exorbitante pour sa libération. Cette situation conduit à une augmentation des impôts, aggravant le mécontentement des différentes classes sociales.
Dans ce climat, Étienne Marcel, représentant de la bourgeoisie marchande parisienne, se positionne comme le porte-parole des aspirations réformatrices.
Étienne Marcel et les États Généraux
Étienne Marcel est prévôt des marchands de Paris, une position clé qui fait de lui le chef de la municipalité parisienne et un défenseur des intérêts de la bourgeoisie marchande.
Les armes d'Etienne Marcel à l'Hôtel de ville de Paris
Charismatique et habile, il s’impose rapidement comme un leader politique de premier plan. Dès 1356, il profite de la convocation des États généraux pour faire entendre les revendications des Parisiens et de la bourgeoisie.
Les États généraux, convoqués par le dauphin Charles en 1357, deviennent une plateforme pour exprimer les doléances des représentants des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état).
Étienne Marcel pousse à la création de la Grande Ordonnance de 1357, un document inspiré des réformes anglaises, notamment de la Magna Carta, et qui vise à limiter l’autorité royale en renforçant le contrôle des États généraux sur les finances et l’administration du royaume. Les réformes exigées comprennent :
- Une supervision des impôts par les États généraux.
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La régulation des dépenses royales.
- La nomination de conseillers issus des États généraux pour accompagner le dauphin.
La Grande Ordonnance représente une tentative audacieuse de transition vers une monarchie constitutionnelle, mais elle se heurte à la résistance de Charles, qui refuse de céder son pouvoir absolu.
Les Tensions et la Radicalisation de la Révolte
La situation politique se détériore rapidement après l’adoption de la Grande Ordonnance. Le dauphin Charles, bien qu’obligé de faire des concessions, cherche à reprendre le contrôle en jouant sur les divisions entre les ordres. De leur côté, Étienne Marcel et ses partisans radicaux durcissent leur position. Le conflit atteint son paroxysme en 1358, lorsque Marcel organise une action spectaculaire pour montrer la puissance de la commune de Paris.
Le 22 février 1358, Étienne Marcel et ses hommes investissent le Palais de la Cité, où réside le dauphin. Dans une démonstration de force, ils assassinent les maréchaux Jean de Conflans et Robert de Clermont, deux proches conseillers du dauphin, sous ses yeux.
Étienne Marcel investi les appartements du dauphin
Cet acte choque profondément l’opinion publique et fragilise la position de Marcel, qui perd le soutien de nombreux modérés. Le dauphin, bien que humilié, parvient à s’échapper de Paris, consolidant son camp autour des partisans de la monarchie.
La Confrontation avec la Jacquerie
Au même moment, la révolte d’Étienne Marcel coïncide avec une insurrection paysanne connue sous le nom de "Grande Jacquerie". En mai 1358, des milliers de paysans du nord de la France, exaspérés par les lourdes taxes, les pillages des routiers et l’inaction des seigneurs, se soulèvent. La Jacquerie s’accompagne de violences extrêmes, les paysans massacrent des nobles et brûlent des châteaux. Étienne Marcel tente de s’allier aux révoltés pour renforcer sa position contre le dauphin, mais leurs divergences idéologiques sont trop grandes et il perds de nouveau le soutien de bourgeois et de nobles modérés, qui cultivent une grande peure de ces paysans révoltés.
La noblesse réagit avec brutalité pour écraser la révolte paysanne. Le dauphin Charles en profite pour rallier à sa cause les nobles, ulcérés par les exactions des Jacques. L’association de Marcel avec les paysans révoltés lui aliène une grande partie de la bourgeoisie parisienne, qui craint pour sa propre sécurité.
les jacqueries réprimées
L’Échec de la Révolte et la Mort d’Étienne Marcel
À l’été 1358, la situation de Marcel devient intenable. Le dauphin Charles, depuis ses bases hors de Paris, organise le siège de la capitale pour reprendre le contrôle. Privé de soutiens et de ressources, Marcel perd progressivement l’appui des Parisiens, qui sont fatigués du conflit et méfiants envers son autoritarisme grandissant. En juillet 1358, il est trahi par des membres de son propre camp.
Étienne Marcel est assassiné
Le 31 juillet 1358, Étienne Marcel est assassiné par Jean Maillart, un notaire parisien loyal au dauphin, alors qu’il tente d’ouvrir les portes de la ville à des alliés extérieurs.
Sa mort met un terme à la révolte et permet à Charles de reprendre le contrôle de Paris. Le dauphin, qui deviendra roi sous le nom de Charles V en 1364, rétablit l’autorité royale et annule les réformes initiées par Marcel, consolidant ainsi le pouvoir monarchique.
Charles V entre dans Paris
Les Conséquences de la Révolte
La révolte d’Étienne Marcel, bien qu’elle ait échoué, met en lumière les tensions croissantes entre la monarchie, la noblesse, la bourgeoisie urbaine et les classes populaires.
Si les ambitions de Marcel pour une monarchie réformée et un contrôle accru des États généraux échouent, ses idées inspireront d’autres mouvements contestataires, notamment lors des révoltes du XVe siècle.
Pour le royaume de France, l’échec de Marcel renforce temporairement l’autorité royale. Charles V utilise l’expérience de la révolte pour centraliser davantage le pouvoir et réorganiser l’administration. Cependant, la révolte laisse des cicatrices profondes à Paris, où les divisions sociales et politiques persistent longtemps après la mort de Marcel.
Alors Voilà...
La révolte d’Étienne Marcel est un moment clé de l’histoire politique médiévale française. Elle incarne la lutte pour une réforme institutionnelle à une époque de crise extrême, où le royaume de France est affaibli par la guerre, la peste et les tensions internes.
Bien qu’elle se soit soldée par un échec, cette révolte illustre les aspirations réformatrices de la bourgeoisie urbaine et les limites du pouvoir royal face à des forces sociales contradictoires. Étienne Marcel, par son ambition et sa tragédie, reste une figure centrale de l’histoire de Paris et du royaume de France au XIVe siècle.
Quiz de révision
-Le roi est prisonnier des anglais.
-Les campagnes, déjà ravagées par la peste noire, sont pillées par des mercenaires.
-L'autorité du dauphin Charles, encore jeune, est contesté.






