La Division de l’Empire Carolingien



Après la mort de Charlemagne en 814, son fils Louis le Pieux hérite d’un empire immense mais fragile.

Empereur pieux , Louis doit faire face à une tâche colossale : maintenir l’unité d’un empire qui englobe la majeure partie de l’Europe occidentale. Cependant, la politique de succession, combinée aux ambitions de ses propres fils, mène à des décennies de conflits qui se concluront par la fragmentation de l’Empire Carolingien.

L’Héritage de Charlemagne

Charlemagne, à sa mort, confie à son fils un Empire complexe et difficile à maintenir. Louis porte une vision chrétienne : il veut gouverner un royaume en paix, unifié sous la foi chrétienne.

Cependant, le système de succession franc, basé sur le partage des terres entre tous les héritiers mâles, complique cette unité. Louis le Pieux tente de préserver l'Empire tout en satisfaisant les ambitions de ses fils, ce qui le mène à organiser des partages successifs.



L'immense Empire Franc dont hérite Louis le Pieux

Le Premier Partage : L’Ordinatio Imperii (817)

En 817Louis le Pieux, souhaitant organiser la succession et éviter les conflits entre ses fils, publie un décret connu sous le nom d’"Ordinatio Imperii". Ce texte vise à garantir l’unité de l’empire tout en distribuant les responsabilités à ses trois fils :

Lothaire Iᵉʳ est désigné comme co-empereur et reçoit le titre impérial. Il devient l’héritier principal de l’empire, avec une autorité sur l’ensemble du territoire.


Pépin Iᵉʳ reçoit le royaume d’Aquitaine, en tant que roi sous l’autorité de Lothaire.


Louis le Germanique se voit attribuer la Bavière, avec un statut de roi subordonné.

L’"Ordinatio Imperii" consacre ainsi un modèle de succession où Lothaire, en tant qu’empereur, supervise ses frères qui ne sont que des rois subordonnés. Ce modèle garantit l’unité impériale, mais laisse peu de place à l’autonomie des frères, et elle ne tient pas compte de l’arrivée éventuelle d’autres héritiers.



Le partage de l'Ordinatio Imperii

La Première Crise de Succession

En 823, l’équilibre de l’"Ordinatio Imperii" est perturbé par la naissance d’un quatrième filsCharles, issu du second mariage de Louis le Pieux avec Judith de Bavière. Judith, souhaitant garantir un domaine pour son fils Charles, incite Louis à revoir la succession

En 829, sous la pression de Judith, Louis le Pieux modifie l’"Ordinatio Imperii" pour accorder des terres à Charles, ce qui mécontente profondément Lothaire, Pépin et Louis le Germanique, qui voient leur part diminuée.



Le partage de 829, qui laisse un royaume à Charles le Chauve

Face à cette situation, les trois fils aînés se révoltent contre leur père en 830, exigeant le respect des partages de 817 et l’exclusion de Charles de la succession.

Cette première rébellion marque le début des tensions familiales qui vont déstabiliser l’empire carolingien. Louis parvient à apaiser ses fils en revenant partiellement sur ses décisions, mais l’influence de Judith et les ambitions de Charles continuent de susciter des rivalités.

La Révolte des Fils et l’Emprisonnement de Louis le Pieux

La situation se détériore de nouveau en 833, lorsqu’une rébellion plus sérieuse éclate. Lothaire, en désaccord avec les décisions de son père, forme une alliance avec Pépin et Louis le Germanique pour renverser Louis le Pieux. Ce dernier est capturé et contraint d’abdiquer lors de l’événement connu sous le nom de "Champ du Mensonge", un épisode où l'armée de Louis déserte juste avant la bataille.

Louis le Pieux est enfermé dans un monastère, mais cette solution ne satisfait aucun des frères, qui ne parviennent pas à s’entendre sur la division de l’empire. En 834, Louis est finalement rétabli sur le trône, mais son autorité est désormais grandement affaiblie. Les révoltes et les humiliations subies par Louis affectent profondément la stabilité impériale, laissant présager la fragmentation à venir.



Illustration : Louis le Pieu est forcé de faire pénitence publique, en 833.

Le Partage de Verdun (843)

Louis le Pieux meurt en 840, laissant un empire fragilisé et profondément divisé. Après sa mort, la lutte pour le pouvoir s’intensifie entre ses fils survivants : LothaireLouis le Germanique et Charles le Chauve

Lothaire, en tant qu’empereur, revendique la totalité de l’empire, mais ses frères, déterminés à conserver leurs territoires, forment une alliance contre lui.

En 841, la bataille de Fontenoy oppose les troupes de Lothaire à celles de Louis et de Charles. Cette bataille sanglante se solde par une défaite de Lothaire, mais n'empêche pas l’empire de s’enfoncer dans une guerre civile. Celle-ci épuise rapidement les ressources et divise la noblesse. Conscients de la nécessité d’un compromis, les trois frères décident finalement de négocier un accord pour mettre fin aux hostilités.

En 843, le traité de Verdun est signé, établissant une division formelle de l’empire carolingien en trois royaumes distincts :

  • Lothaire Iᵉʳ conserve le titre impérial et reçoit la Francie médiane, un territoire allant de la mer du Nord jusqu’en Italie, incluant des régions stratégiques comme la Lotharingie, la Bourgogne, et le royaume d’Italie.
  • Louis le Germanique obtient la Francie orientale, correspondant à l’Allemagne actuelle.

  • Charles le Chauve reçoit la Francie occidentale, correspondant à la France actuelle.


Division final de l'Empire carolingien

Cette division de l’empire carolingien marque la naissance des futurs royaumes de France et d’Allemagne, ainsi que de la région de la Lotharingie, qui restera un espace disputé entre les deux.

Conséquences du Traité de Verdun

Le traité de Verdun constitue un tournant dans l’histoire européenne. En divisant l’empire de Charlemagne, il inaugure la fragmentation de l’Europe occidentale en plusieurs entités politiques distinctes. Cette division affaiblit l’autorité impériale et encourage les particularismes régionaux, posant les bases des royaumes modernes de France et d’Allemagne.

Sur le plan politique, le traité de Verdun affaiblit le concept d’empire unifié. L’empereur conserve un prestige symbolique, mais le pouvoir réel se morcelle entre les différents royaumes. Les rivalités entre les descendants de Louis le Pieux vont se poursuivre, exacerbées par les incursions vikings et sarrasines qui menacent les frontières.

Sur le plan culturel, cette division contribue à l’émergence de langues et d’identités distinctes. La Francie orientale, qui évoluera vers l’Allemagne, conserve une tradition germanique, tandis que la Francie occidentale conserve une culture et une langue romane, qui donneront naissance au français.

La division de l’empire carolingien illustre les tensions inhérentes liées à la succession et les limites de l’unité impériale sous les Carolingiens. Bien que le rêve d’un empire chrétien unifié ne survit pas aux rivalités familiales, l’héritage de Charlemagne perdure. Le traité de Verdun constitue un acte fondateur pour l’Europe médiévale, posant les bases des frontières et des identités nationales qui continueront d’évoluer au fil des siècles.



Enluminure : l'empire partagé en trois (trois chateaux ; trois fils)



Quiz de révision

Faux, il est divisé entre les petit-fils de Charlemagne
Non, au contraire ! Ses propres fils entrent en rébellion contre lui
En trois royaumes
Non, l'Allemagne.