Louis VII, surnommé « le Jeune », règne sur la France de 1137 à 1180, une période charnière où la monarchie capétienne lutte encore pour affirmer son autorité face à une noblesse puissante et aux Plantagenêts, nouveaux maîtres de l'Angleterre.
Si son règne est souvent éclipsé par les figures flamboyantes de son époque, tel qu'Henri II Plantagenêt ou son propre fils Philippe Auguste, Louis VII joue un rôle clé en naviguant à travers les turbulences politiques et militaires de son époque.
L’Héritier Inattendu
Louis VII n’était pas destiné à régner. Son frère aîné, Philippe, était l’héritier présumé, mais sa mort en 1131 fait basculer Louis dans ce rôle pour lequel il n’était pas préparé.
Monté sur le trône en 1137 à seulement 17 ans, il hérite d’un royaume relativement restreint, concentré autour du domaine royal (Paris, Orléans, Melun). Cependant, son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, héritière du vaste duché d’Aquitaine, semble promettre un avenir grandiose à la dynastie capétienne.
Ce mariage fait de Louis VII l’un des souverains les plus puissants d’Europe. Avec l’Aquitaine, il contrôle des territoires s’étendant des Pyrénées à la Loire. Malheureusement, les ambitions et la personnalité flamboyante d’Aliénor vont rapidement se heurter à la vision austère et pieuse du jeune roi, mettant en lumière des divergences profondes qui mèneront à une séparation retentissante.
Le duché d'Aquitaine (en rose) est convoité par les capétiens mais également par les plantagenêts.
La deuxième croisade
La participation de Louis VII à la Deuxième Croisade (1147-1149) marque un tournant décisif dans son règne et dans son mariage avec Aliénor d’Aquitaine.
En réponse à l’appel du pape Eugène III, il prend la croix et part en Terre Sainte avec une armée imposante. Aliénor, qui cherche à jouer un rôle politique aux côtés de son mari, l’accompagne. Mais, mal préparée et marquée par de graves erreurs stratégiques, la croisade s’enlise.
L’armée française subit de lourdes pertes face aux musulmans, tandis qu’Aliénor se rapproche de son oncle Raymond de Poitiers, prince d'Antioche, qui s'oppose ouvertement aux choix de Louis. Les tensions dans le couple atteignent leur paroxysme.
L’échec du siège de Damas scelle définitivement le fiasco de l’expédition. À son retour, Louis VII voit son prestige s’effondrer, tandis que son mariage avec Aliénor implose.
Le siège de Damas
Le Divorce : Une Catastrophe Géopolitique
En 1152, après quinze ans de mariage, Louis VII et Aliénor se séparent, officiellement pour cause de consanguinité. En réalité, ce divorce résulte plutôt de leur incompatibilité personnelle et de leur différentes visions du pouvoir.
Peu après, Aliénor épouse Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre. Ce remariage fait passer l’Aquitaine sous le contrôle de la famille Plantagenêt, qui hérite bientôt de l'Angleterre, créant un véritable Empire s’étendant des îles Britanniques aux Pyrénées.
L'Empire Plantagenêt
Pour Louis, cette perte territoriale est une catastrophe. Son domaine royal, déjà limité, se trouve encerclé par les possessions anglaises. Ce contexte oblige le roi à adopter une stratégie défensive et à renforcer ses alliances, en jouant la carte de la diplomatie pour maintenir l’équilibre des forces.
Une Politique de Résilience
Malgré la puissance des Plantagenêts, Louis VII ne cède pas au découragement. Il met en place une politique habile visant à contenir ses rivaux. Il soutient les opposants d’Henri II, notamment ses fils rebelles lors de la révolte de 1173-1174, fournissant une aide militaire et financière.
Sur le plan matrimonial, Louis cherche à consolider des alliances stratégiques. Son deuxième mariage avec Constance de Castille (qui mourra en couche) renforce les liens avec la péninsule ibérique, tandis que son troisième mariage avec Adèle de Champagne donne naissance à Philippe Auguste, son successeur. En outre, il marie ses filles à des princes influents, tissant un réseau d’alliances en Champagne, en Flandre, et dans le Saint-Empire romain germanique.
Tout au long de son règne, Louis VII est en conflit avec Henri II. L’un des points de friction majeurs est le contrôle des territoires frontaliers, notamment en Normandie et dans le Berry. Ces affrontements, bien que souvent limités à des escarmouches locales, témoignent de la lutte acharnée entre les deux dynasties pour le contrôle de la France.
Malgré ces difficultés, Louis parvient à renforcer l’autorité royale dans le domaine capétien. Il soutient la construction de nouvelles forteresses pour protéger les frontières et accorde une attention particulière aux villes, encourageant leur développement économique.
L’Association au Trône de Philippe Auguste
Vers la fin de son règne, Louis VII est affaibli par des problèmes de santé. En 1179, il associe son fils Philippe Auguste au trône, garantissant une transition pacifique. Cette décision s’avère cruciale pour la stabilité du royaume, car elle évite les luttes de succession qui avaient souvent affaibli la monarchie française dans le passé.



