Le 27 juillet de l'année 1214, le roi Philippe II Auguste remporte à Bouvines, près de Lille, une victoire écrasante sur les armées de l'empereur allemand Otton IV de Brunswick, de Jean sans Terre roi d'Angleterre, et de leurs alliés, le comte Ferrand de Flandre, le duc Henri de Brabant, le comte Renaud de Boulogne.
Les historiens du XIXe siècle y ont vu l'émergence de la Nation française et du sentiment national. Sans doute cela est-il excessif, mais Bouvines est pour le moins une victoire qui hisse la monarchie capétienne au premier plan de la scène européenne.
Rivalité franco-anglaise
La bataille de Bouvines est l'un des derniers grands épisodes du premier conflit franco-anglais inauguré 60 ans plus tôt par l'accession au trône d'Angleterre d'Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt.
En 1199, Richard Cœur de Lion, fils d'Henri II étant mort, son frère cadet Jean sans Terre lui a succédé sur le trône d'Angleterre. Il a aussitôt repris la lutte contre le roi de France mais sans avoir le courage et l'intelligence qui fit la légende de son frère.
En avril 1202, Philippe Auguste prend prétexte de ce que Jean a enlevé la fiancée d'un seigneur poitevin pour confisquer toutes les terres qu'il possédait en France. et il met aussitôt la sentence à exécution.
Il s'empare de l'Anjou et de la Touraine, puis met le siège devant Château-Gaillard, une puissante forteresse construite par Richard Cœur de Lion en surplomb de la Seine pour garder la Normandie. Château-Gaillard tombe en 1204. La Normandie puis la Bretagne se rendent au roi de France.
Les ruines de Château-Gaillard.
En vue de récupérer les territoires perdus, Jean sans Terre noue une coalition avec les ennemis du roi de France, les comtes de Flandre et de Boulogne, le duc de Brabant ainsi que l'Empereur du Saint Empire romain, unis dans une commune détestation de la monarchie capétienne.
- Ferrand s'est vu déposséder de certains de ses fiefs par Philippe Auguste, ce qui explique qu'il se rebelle contre son suzerain.
- Otton de Brunswick, à la tête du Saint-Empire, se voit contester le trône par Frédéric II de Hohenstaufen, lui-même soutenu par le roi de France. Pour le défendre, il s'allie à son oncle Jean sans Terre contre Philippe Auguste.
Le roi d'Angleterre, premier prêt, débarque à la Rochelle en février 1214 et marche sur Paris. Il assiège le château de La Roche-aux-Moines, près d'Angers. Philippe Auguste envoie contre lui son fils Louis (le futur Louis VIII le Lion). À son approche, le 2 juillet, l'armée anglaise se débande sans combattre.
Pour le pitoyable Jean sans Terre, le pire reste à venir : son discrédit provoque une révolte des barons anglais, qui lui imposent la Magna Charta. Il devra ensuite affronter une invasion de l'Angleterre par le prince Louis lui-même.
Première victoire de la nation française
Jean sans Terre est éliminé mais il reste les coalisés. Face à eux, le roi de France aligne le ban et l'arrière-ban de ses vassaux, qui ont répondu à son appel conformément au contrat féodal. À ces chevaliers s'ajoutent en renfort des milices communales du nord du royaume. Pour la première fois, celles-ci, habituellement vouées à la défense de leur territoire, ont répondu à l'appel du roi quand celui-ci est allé quérir à l'abbaye de Saint-Denis l'oriflamme rouge, cette bannière qu'il est d'usage de brandir dans les cas de grand péril pour le royaume !
Le maréchal de Metz reçoit l'oriflamme en 1239.
De Tournai où il s'est établi, Philippe Auguste décide donc de faire retraite vers Lille. Il entame son mouvement le 27 juillet au matin.
Informé, l'empereur décide de l'attaquer sans attendre, ne se souciant guère que ce jour soit un dimanche, normalement consacré à la prière et au recueillement. Il se porte sur l'arrière-garde de l'armée française. Le soleil est à son zénith quand celle-ci commence à traverser la rivière de la Marque, sur le pont de Bouvines...
Quand Philippe Auguste est informé de l'approche de l'ennemi. Il rappelle sans délai les troupes qui ont déjà franchi le pont.
L'armée française se déploie face aux coalisés, suivant trois corps principaux : le centre est sous le commandement du roi ; l'aile droite est commandée par son fidèle conseiller, Guérin, évêque de Senlis et ancien moine-chevalier de l'Hôpital, assisté du duc de Bourgogne ; l'aile gauche est commandée par le comte de Dreux. Pour la première fois, chevaliers et milices communales combattent ensemble sous l'emblème royal de la fleur de lys, ce qui donne à la guerre un caractère national inédit.
Les forces en présence.
La bataille s'engage à la manière féodale, dans un corps à corps indescriptible où chacun cherche son ennemi pour le tuer ou le capturer (s'il est digne d'une rançon). Après trois heures de combat, le comte de Flandre est désarçonné et capturé.
Le roi de France est aussi désarçonné et manque d'être capturé par les Flamands. Il ne doit son salut qu'à l'intervention de quelques chevaliers. L'empereur, à son tour, est assailli et s'enfuit en abandonnant son étendard. Il perdra sans surprise son titre impérial au profit de son rival Frédéric II de Hohenstaufen.
Le roi de France à la bataille.
Tandis que tombe le soir, Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, se fait capturer comme au total 130 barons et chevaliers. Au demeurant, les chevaliers tués dans la bataille ne sont que quelques-uns. Sans doute y a-t-il eu davantage de morts parmi les humbles fantassins. Il faut dire que le total des troupes engagées ne doit pas dépasser quelques milliers comme dans toutes les batailles du Moyen Âge.
Renaud de Dammartin et Ferrand de Portugal, prisonniers après la bataille.
Pour Philippe Auguste, sorti vainqueur de la journée, la bataille, en dépit de sa médiocre dimension militaire, s'avère un immense succès politique et dynastique. Elle consacre l'attachement des Français à la dynastie capétienne que symbolise désormais la fleur de lys. Les chroniques rapportent qu'une onde de joie parcourut tout le royaume, du moins au nord de la Loire. À Paris, le peuple fit la fête pendant une semaine...
Triomphe capétien
La victoire de Bouvines en 1214 eut des conséquences immédiates décisives :
- En France, le roi renforça son autorité en écrasant la rébellion féodale, capturant Ferrand de Flandre et Renaud de Dammartin.
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En Angleterre, l’échec de Jean sans Terre ruina son prestige et provoqua dès l’année suivante la révolte des barons, qui l’obligèrent à signer la Magna Carta.
- Dans l’Empire, la défaite discrédita Otton IV, rapidement déposé au profit de Frédéric II.
Ainsi, Bouvines assit aussitôt la puissance capétienne tout en affaiblissant les principaux adversaires du royaume. Après deux cents ans de maturation lente, la dynastie capétienne, par cette victoire, fait la preuve de sa cohésion et de sa force. La France s'affirme dans le siècle qui s'ouvre comme le principal État européen, à la pointe du développement intellectuel et artistique.
L'ost se rallie au roi avant la bataille de Bouvines.
Quiz de révision
- Otton de Brunswick, Empereur germanique
- Ferran de Portugal et la noblesse flamande






