La guerre de Cent Ans, conflit long et dévastateur opposant la France et l'Angleterre, trouve sa conclusion par le traité de Picquigny en 1475.
Après la mort de Jeanne d’Arc en 1431, la lutte pour la souveraineté du royaume de France se poursuit avec une intensité renouvelée, menant à la libération progressive du territoire occupé par les Anglais.
Après Jeanne : une série de victoires décisives
Toutefois, après l'exécution de Jeanne d’Arc en 1431, la résistance française ne s’effondre pas. Au contraire, elle se restructure sous l’impulsion de Charles VII, qui entreprend d’importantes réformes militaires et politiques.
La création d’une armée permanente et l’amélioration de l’artillerie permettent aux Français de reprendre progressivement les territoires occupés par les Anglais.
La victoire de Patay (1429) et ses conséquences
Antérieure à la mort de Jeanne, la bataille de Patay en 1429 représente un tournant stratégique. Jeanne d’Arc, après avoir libéré Orléans, mène les troupes françaises dans la reconquète de la vallée de la Loire. Cette campagne se conclut le 18 juin 1429, à Patay, où les archers anglais, décisifs à Azincourt, sont cette fois-ci écrasés par la chevalerie française.
Ce succès permet aux Français de prendre l’ascendant militaire et politique, ouvrant la route de Reims où sera sacré Charles VII un mois plus tard.
Charge de cavalerie à Patay
La bataille de Formigny (1450) : la Normandie libérée
Après le traité d'Arras (1435) et la reprise de Paris (1436), Charles VII amorce la reconquète de la Normandie, une région stratégique occupée par les anglaise depuis le début du conflit.
À la bataille de Formigny en 1450, les troupes de Charles VII, soutenues par l'artillerie, détruisent les forces anglaises et libèrent la Normandie. Cette avancée marque une étape décisive dans la reconquête du territoire français et affaiblit considérablement la position anglaise.
La bataille de Formigny.
La bataille de Castillon (1453) : la fin de l’Aquitaine anglaise
Après cette victoire décisive, l’armée royale continue son avancée vers le sud. La dernière région sous contrôle anglais est l’Aquitaine, dont Bordeaux reste un bastion essentiel.
La bataille de Castillon, en 1453, est souvent considérée comme la dernière grande bataille de la guerre de Cent Ans. Les Français, dirigés par Jean Bureau et équipés d’une artillerie puissante, écrasent les troupes anglaises et scellent la reconquête de l’Aquitaine. Cette victoire met fin à l'influence anglaise dans le sud-ouest de la France et marque la fin des hostilités militaires à grande échelle.
Avec la chute de Bordeaux, la domination anglaise sur la France continentale prend fin. Même si aucune paix officielle n’est signée immédiatement, la guerre de Cent Ans s’achève ainsi par la victoire définitive des Capétiens sur les Plantagenêt. Le royaume de France, bien que meurtri par plus d’un siècle de conflits, entre alors dans une période de stabilisation et de reconstruction sous l’autorité de Charles VII.
La bataille de Castillon. À droite, des canons.
Carte : la reconquète du royaume
Le traité de Picquigny (1475)
Si les batailles ont permis de libérer le territoire français, c’est par la diplomatie que s’achève officiellement le conflit. En 1475, le traité de Picquigny met un terme définitif à la guerre de Cent Ans. Négocié entre Louis XI de France et Édouard IV d’Angleterre, il s’inscrit dans un contexte de lassitude militaire et de nouvelles priorités pour les deux royaumes.
Contexte de la signature
En 1475, Édouard IV, encouragé par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, débarque à Calais avec l’intention de raviver les hostilités avec la France. Cependant, Édouard manque de soutien militaire et financier, et ses alliés bourguignons sont affaiblis par leurs propres conflits.
Louis XI, fin stratège, préfère éviter une guerre ouverte et propose à Édouard une négociation avantageuse. Les deux souverains se rencontrent à Picquigny, près d'Amiens, où ils signent un accord mettant fin aux revendications anglaises sur le trône de France.
La signature du traité de Picquigny
Les clauses du traité
- Fin des prétentions anglaises : Édouard IV renonce à ses revendications sur le trône de France et accepte de retirer ses troupes en échange d'une somme de 75 000 écus d’or et d'une pension annuelle de 50 000 écus versée par la couronne française.
- Une trêve de 7ans : Le traité instaure innitialement une trêve de sept ans entre les deux royaumes, qui devient de facto permanente grâce à la lassitude des deux camps.
De nouvelles priorités pour les deux royaumes
Avec la fin de la guerre de Cent Ans, la France et l'Angleterre redéfinissent leurs priorités politiques et stratégiques, marquant le début d’une nouvelle ère dans l’histoire européenne.
La France : consolidation et centralisation
La victoire sur les Anglais permet à la France de se concentrer sur sa reconstruction et sa centralisation. Les priorités de la couronne française incluent :
- L’unification territoriale : Louis XI continue de rattacher des provinces importantes au domaine royal, comme la Bourgogne et la Provence.
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Le renforcement de l’autorité royale : La monarchie française sort renforcée du conflit, et les grands féodaux, notamment bourguignons, sont progressivement neutralisés. Ces efforts de centralisation poseront les bases de la monarchie absolue qui s’épanouira sous Louis XIV.
- La modernisation de l’économie : Après des décennies de guerre, la priorité est de relancer l’agriculture, le commerce et d'assainir les finances du royaume.
L’Angleterre : instabilité et expansion maritime
Pour l’Angleterre, la défaite marque la fin des ambitions continentales et pousse le royaume à se tourner vers d’autres horizons :
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Les guerres des Roses : L’Angleterre, affaiblie économiquement et politiquement par la guerre de Cent Ans, plonge dans une guerre civile sanglante entre les maisons de Lancaster et d’York, qui durera jusqu’en 1485.
- Une puissance maritime en devenir : La perte des possessions françaises incite l’Angleterre à se tourner vers les mers. Ce changement de stratégie amorce l’essor de la puissance navale anglaise, qui culminera aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles avec la domination des océans et la fondation d’un empire colonial.
Ouverture : un nouveau chapitre pour l’Europe
Avec le traité de Picquigny, la rivalité franco-anglaise change de nature. La France se concentre sur son unification et sa centralisation, devenant l’une des premières puissances européennes. L’Angleterre, en revanche, amorce un repli insulaire temporaire, mais prépare les fondements de son futur empire maritime.
Dans les siècles à venir, la rivalité entre les deux royaumes renaîtra sous de nouvelles formes, notamment à travers les guerres de religion et la lutte pour la domination des mers et des colonies. La fin de la guerre marque un tournant décisif : la France est désormais maîtresse de son territoire, et l'Angleterre renonce définitivement à s’établir sur le continent européen.





