La Période Angevine en Sicile



 

La Sicile, située au carrefour de la Méditerranée, a toujours été une région convoitée par les grandes puissances européennes. Au XIIIᵉ siècle, l'arrivée des Angevins marque une période tumultueuse de l'histoire sicilienne, caractérisée par des révoltes populaires et des bouleversements géopolitiques majeurs.

Contexte Historique de l'arrivée Angevine

Au début du XIIIᵉ siècle, la Sicile est sous la domination de la dynastie des Hohenstaufen, avec Frédéric II comme figure emblématique. Empereur du Saint-Empire romain germanique et roi de Sicile, Frédéric II est reconnu pour son mécénat culturel et ses réformes administratives innovantes. Cependant, ses relations tendues avec la papauté, notamment en raison de ses ambitions impériales, créent un climat de méfiance.

Après la mort de Frédéric II en 1250, son fils Manfred prend le pouvoir en Sicile. La papauté, cherchant à affaiblir l'influence des Hohenstaufen qu'elle considère comme une menace, déclare Manfred usurpateur et offre le trône de Sicile à Charles d'Anjou, frère cadet du roi de France Louis IX (Saint Louis). Charles voit dans cette offre une opportunité d'étendre l'influence française en Méditerranée.

L'Arrivée de Charles d'Anjou

En 1266, soutenu par le pape Clément IV, Charles d'Anjou mène une expédition militaire contre Manfred. La bataille décisive a lieu à Bénévent, où Manfred est tué. Charles est couronné roi de Sicile, incluant le sud de l'Italie continentale et l'île de Sicile elle-même.



Bataille de Benevent

Charles d'Anjou instaure une administration centralisée et impose de lourdes taxes pour financer ses ambitions politiques, notamment ses projets en Méditerranée orientale. Il déplace également la capitale de Palerme à Naples, ce qui marginalise l'île de Sicile au profit du continent. Ces mesures suscitent un profond mécontentement parmi les Siciliens, qui voient en lui un souverain étranger et oppressif.

Influence Géopolitique

L'accession de Charles d'Anjou au trône de Sicile modifie significativement l'équilibre des pouvoirs en Méditerranée. Son contrôle sur la Sicile et le sud de l'Italie lui confère une position stratégique pour étendre son influence vers l'est. Charles aspire à reconstituer l'empire latin de Constantinople, perdu par les Croisés en 1261, et envisage des campagnes contre l'Empire byzantin.

Cette expansionnisme inquiète les autres puissances méditerranéennes. L'Empire byzantin, sous Michel VIII, cherche à contrer les ambitions angevines en forgeant des alliances. De plus, les cités-États italiennes comme Gênes et Venise, ainsi que le royaume d'Aragon, observent avec préoccupation la montée en puissance de Charles d'Anjou.



Les frontières du Royaume de Sicile sont restées les mêmes qu'au temps des normands. Seule la capitale a été déplacée, de Palerme à Naples.

La Révolte des Vêpres Siciliennes

Le 30 mars 1282, pendant les vêpres du lundi de Pâques, une révolte éclate à Palerme suite à une altercation entre un soldat français et une femme sicilienne. Cet incident déclenche un soulèvement généralisé connu sous le nom de "Vêpres siciliennes". Les Siciliens, exaspérés par les exactions et la lourdeur de l'administration angevine, se soulèvent contre les occupants français.

La rébellion se propage rapidement à travers l'île. Les insurgés massacrent les soldats angevins et expulsent les fonctionnaires français. Cherchant un soutien extérieur, les Siciliens se tournent vers Pierre III d'Aragon, époux de Constance de Hohenstaufen, fille de Manfred. Pierre III accepte leur appel, débarque en Sicile et est proclamé roi, défiant ainsi l'autorité de Charles d'Anjou.

 



Les Vèpres Sicilien (Michele Rapisardi, 1865)

Conséquences Géopolitiques

La révolte des Vêpres siciliennes entraîne une guerre prolongée entre l'Anjou et l'Aragon. Charles d'Anjou, soutenu par la papauté et la France, tente de reconquérir la Sicile, tandis que Pierre III d'Aragon bénéficie du soutien de l'Empire byzantin et de certaines cités italiennes hostiles à l'expansion angevine.

Ce conflit transforme la géopolitique méditerranéenne. La Sicile devient le théâtre d'affrontements entre les grandes puissances européennes, chacune cherchant à asseoir sa domination. La papauté excommunie Pierre III et proclame une croisade contre l'Aragon, intensifiant les hostilités.

En 1302, la "paix de Caltabellotta" met fin au conflit. Elle reconnaît Frédéric II d'Aragon, fils de Pierre III, comme roi de Sicile (désormais appelée Trinacrie), tandis que le royaume de Naples reste sous contrôle angevin. Cette division du royaume de Sicile en deux entités distinctes a des implications durables sur la politique italienne.

Au niveau méditerranéen, l'épisode angevin en Sicile a eu des repercussion majeures :

Affaiblissement de l'Influence Française : La défaite des Angevins en Sicile limite l'expansion française en Méditerranée. Le royaume de Naples demeure sous contrôle angevin, mais l'échec en Sicile réduit leur prestige et leur pouvoir.

Renforcement de l'Aragon : Le royaume d'Aragon consolide sa position en Méditerranée occidentale, ouvrant la voie à une future domination sur des territoires comme la Sardaigne et la Corse.

Tensions entre Papauté et Monarchies Européennes : Le conflit exacerbe les rivalités entre la papauté, la France, l'Aragon et d'autres puissances, influençant les alliances et les guerres ultérieures.

Division de l'Italie du Sud : La scission entre la Sicile et le royaume de Naples entraîne des développements politiques distincts, avec des conséquences sur l'unité italienne à long terme.

Héritage Culturel et Politique

La période angevine laisse un héritage complexe en Sicile :

Architecture et Arts : Les Angevins introduisent des éléments de l'art gothique français, visibles dans certains bâtiments à Naples et en Sicile.

- Système Administratif : Bien que leur administration soit impopulaire, elle influence les structures bureaucratiques locales.

Identité Sicilienne : La révolte des Vêpres siciliennes devient un symbole de résistance et forge une conscience nationale sicilienne, marquée par la défiance envers les dominations étrangères.

Une Période Déterminante pour la Sicile et la Méditerranée

La période angevine en Sicile est une époque de transformations profondes. L'arrivée de Charles d'Anjou, soutenue par la papauté, modifie l'équilibre des pouvoirs en Méditerranée, mais provoque une résistance farouche des Siciliens. La révolte des Vêpres siciliennes et le conflit subséquent redéfinissent les alliances et les rivalités entre les puissances européennes.



Statue de Charles d'Anjou

L'influence angevine, bien que brève, laisse des traces indélébiles dans l'histoire sicilienne. Elle met en lumière les dynamiques complexes entre ambition politique, identité culturelle et enjeux géopolitiques.

Conséquences Géopolitiques

La révolte des Vêpres siciliennes entraîne une guerre prolongée entre l'Anjou et l'Aragon. Charles d'Anjou, soutenu par la papauté et la France, tente de reconquérir la Sicile, tandis que Pierre III d'Aragon bénéficie du soutien de l'Empire byzantin et de certaines cités italiennes hostiles à l'expansion angevine.

Ce conflit transforme la géopolitique méditerranéenne. La Sicile devient le théâtre d'affrontements entre les grandes puissances européennes, chacune cherchant à asseoir sa domination. La papauté excommunie Pierre III et proclame une croisade contre l'Aragon, intensifiant les hostilités.

En 1302, la "paix de Caltabellotta" met fin au conflit. Elle reconnaît Frédéric II d'Aragon, fils de Pierre III, comme roi de Sicile (désormais appelée Trinacrie), tandis que le royaume de Naples reste sous contrôle angevin. Cette division du royaume de Sicile en deux entités distinctes a des implications durables sur la politique italienne.



Village de Caltabellotta, Sicile

Au niveau méditerranéen, l'épisode angevin en Sicile a eu des repercussion majeures :

Affaiblissement de l'Influence Française : La défaite des Angevins en Sicile limite l'expansion française en Méditerranée. Le royaume de Naples demeure sous contrôle angevin, mais l'échec en Sicile réduit leur prestige et leur pouvoir.

Renforcement de l'Aragon : Le royaume d'Aragon consolide sa position en Méditerranée occidentale, ouvrant la voie à une future domination sur des territoires comme la Sardaigne et la Corse.

Tensions entre Papauté et Monarchies Européennes : Le conflit exacerbe les rivalités entre la papauté, la France, l'Aragon et d'autres puissances, influençant les alliances et les guerres ultérieures.

Division de l'Italie du Sud : La scission entre la Sicile et le royaume de Naples entraîne des développements politiques distincts, avec des conséquences sur l'unité italienne à long terme.

Héritage Culturel et Politique

La période angevine laisse un héritage complexe en Sicile :

Architecture et Arts : Les Angevins introduisent des éléments de l'art gothique français, visibles dans certains bâtiments à Naples et en Sicile.



Basilique Santa-Chiara, à Naples, construite par Charles d'Anjou

- Système Administratif : Bien que leur administration soit impopulaire, elle influence les structures bureaucratiques locales.

Identité Sicilienne : La révolte des Vêpres siciliennes devient un symbole de résistance et forge une conscience nationale sicilienne, marquée par la défiance envers les dominations étrangères.

Une Période Déterminante pour la Sicile et la Méditerranée

La période angevine en Sicile est une époque de transformations profondes. L'arrivée de Charles d'Anjou, soutenue par la papauté, modifie l'équilibre des pouvoirs en Méditerranée, mais provoque une résistance farouche des Siciliens. La révolte des Vêpres siciliennes et le conflit subséquent redéfinissent les alliances et les rivalités entre les puissances européennes.

L'influence angevine, bien que brève, laisse des traces indélébiles dans l'histoire sicilienne. Elle met en lumière les dynamiques complexes entre ambition politique, identité culturelle et enjeux géopolitiques.