Entre 711 et 900, la péninsule Ibérique entre dans une nouvelle ère. Après l'effondrement du royaume wisigoth, la majorité du territoire passe sous domination musulmane et devient Al-Andalus, d’abord province du califat omeyyade, puis émirat indépendant.
Mais la conquête n’éteint pas toute résistance : dans les régions reculées du nord, des noyaux chrétiens s’organisent peu à peu.
L’installation d’Al-Andalus
Après la conquête rapide de la péninsule Ibérique au début du VIIIe siècle, les musulmans mettent en place une nouvelle organisation sur les territoires conquis. La péninsule ibérique devient une province du califat omeyyade de Damas, et prend le nom d'Al-Andalus.
La capitale est fixée à Cordoue, qui commence à se développer comme un centre politique et administratif, et est dirigée par des walis (gouverneurs) nommés par Damas. Les terres sont distribuées aux conquérants arabes et berbères, qui s’établissent dans les villes et zones rurales.
Palais musulman dans la région de Cordoue
Une part importante de la population locale – en particulier les élites wisigothiques – choisit de se convertir à l’islam, souvent pour des raisons fiscales ou sociales. Les non-musulmans (chrétiens et juifs) conservent leur religion et leurs lieux de culte, en échange du paiement d’un impôt spécifique : la jizya.
Cette tolérance relative favorise une cohabitation culturelle, où les savoirs, les langues et les coutumes s’entrecroisent. Une nouvelle société commence à émerger, mêlant traditions orientales et héritages hispano-romains.
La rupture avec Damas et la naissance d’un pouvoir local
Le tournant majeur a lieu en 750, quand les Abbassides prennent le pouvoir à Bagdad, éliminant la plupart des membres de la dynastie omeyyade. Abd al-Rahman Ier, dernier survivant de la famille omeyyades, parvient à fuir et se réfugie en Al-Andalus.
En 756, il s’impose comme émir à Cordoue, fondant une nouvelle dynastie omeyyade en exil.
Statue d'Abd al-Rahman, en Espagne
L’arrivée d’Abd al-Rahman Ier marque le début d’un véritable pouvoir autonome dans la péninsule. L’émirat de Cordoue, s’il reconnaît symboliquement le califat de Bagdad, fonctionne de fait comme un État indépendant.
Sous les premiers émirs omeyyades, l’administration s’améliore, les finances sont stabilisées, et une politique d’arabisation et d’islamisation plus affirmée est lancée. Cordoue devient un centre politique et culturel influent, préfigurant son âge d’or à venir.
Interieur de la mosquée de Cordoue, construite au VIIIème siècle.
Le Nord résiste : naissance des noyaux chrétiens
Pendant que le pouvoir musulman se consolide au sud, le nord montagneux de la péninsule devient un refuge pour les populations chrétiennes qui refusent la domination islamique. Ce sont des régions peu urbanisées, difficiles d’accès, mais stratégiques pour organiser la résistance.
La figure emblématique de cette résistance est Pélage (Pelayo), un noble wisigothique qui, selon la tradition, remporte la bataille de Covadonga en 722, dans les montagnes des Asturies, qui est généralement considéré comme le point de départ symbolique de la Reconquista.
Si cette victoire est probablement exagérée par les chroniques, elle marque néanmoins le début d’un pouvoir chrétien autonome sur la péninsule : le royaume des Asturies.
Les chrétiens, réfugiés dans une grotte, bombardent les musulmans de pierres durant la bataille de Covadonga.
Ce royaume reste modeste dans ses premières décennies, mais il se consolide progressivement sous des souverains comme Alphonse Ier ou Alphonse II, qui étendent leur territoire et organisent une administration rudimentaire.
Au-delà des Asturies, d’autres régions du nord conservent une forme d’autonomie : la Galice, les vallées pyrénéennes, la Navarre, et les territoires basques échappent aussi à l’autorité musulmane..
Le royaume des Asturies en 757. Contrairement à la carte, les pyrénées échappent largement à la domination musulmane.
Deux mondes qui s’observent
Entre 800 et 900, Al-Andalus domine largement la péninsule. Sur le plan économique, les villes andalouses sont prospères, l’agriculture est florissante grâce à de nouvelles techniques d’irrigation, et le commerce se développe à l’échelle de la Méditerranée. En comparaison, les royaumes chrétiens du nord sont pauvres, peu peuplés, et souvent divisés.
Sur le plan militaire, les rapports de force sont variables. Les Omeyyades mènent régulièrement des razzias dans les territoires du nord, tandis que les rois asturiens profitent des troubles internes à Cordoue pour descendre vers le sud et piller des zones mal défendues.
Mais à cette époque, il ne s’agit pas encore d’une reconquête structurée : chaque camp agit surtout pour sa propre survie et ses intérêts immédiats.
Guerriers musulmans
Vers la fin du IXe siècle, la résistance chrétienne se renforce et de nouvelles dynasties émergent dans le nord. Le royaume des Asturies évolue pour donner naissance aux royaumes de León et de Castille, qui seront des acteurs majeurs de la Reconquista dans les siècles à venir.
Le Début d’un Long Conflit
La période allant de 711 à 900 marque les débuts de la Reconquista. Dans ce contexte de contrastes, entre la prospérité d’Al-Andalus au sud et la résistance obstinée des royaumes chrétiens au nord, les bases sont posées pour un conflit qui durera près de huit siècles.
- Au sud, Al-Andalus s’est imposé comme une entité islamique puissante, avec une culture urbaine, une administration centralisée, et un rayonnement économique déjà perceptible.
- Au nord, les royaumes chrétiens restent fragiles, isolés et peu développés, mais leur simple survie, même dans un contexte aussi défavorable, suffit à poser les bases d’une résistance durable.






