Au XIᵉ siècle, la Reconquista entre dans une phase décisive. Les royaumes chrétiens du nord de la péninsule ibérique se sont consolidés et ont accru leurs ressources.
La Castille, León, Navarre et Aragon commencent à mener des offensives plus ambitieuses contre Al-Andalus. Durant cette période, la conquête de Tolède par Alphonse VI et l’intervention des Almoravides depuis le maroc transforment radicalement le paysage politique de l’Espagne médiévale.
La Montée en Puissance des Royaumes Chrétiens
Depuis le VIIIème siècle et la résistance de Pélage, la présence chrétienne s'est beaucoup renforcée dans le nord de l'Espagne.
Le royaume des Asturies, notamment, a augmenté son territoire et s'est divisé en deux entités : Le Comté de Castille et le Royaume de Léon. Sur les Pyrénées en en Catalogne, d'autres royaumes ont émergés et menacent les émirats d'Al-Andalus.
Pendant ce temps, le califat de Cordoue connaît une periode d'affaiblissement. Après plusieurs années de guerres civiles entre différentes factions, le pouvoir central s'effondre. Al-Andalus est morcellé en petits royaumes : les taïfas.
Carte : les taïfas musulmans (en différentes nuances de vert) et les royaumes chériens (la Castille-Leon est en jaune) en 1065.
Après plusieurs décennies de consolidation, la Castille-Léon, sous le règne de Ferdinand Ier, commence à prendre une position dominante parmi les royaumes chrétiens.
Ferdinand, roi de León et Castille, impose son autorité sur les royaumes voisins et mène plusieurs expéditions contre les territoires musulmans, soumettant plusieurs taïfas musulmans.
Ferdinand Ier
À sa mort, son fils Alphonse VI hérite du royaume le plus puissant de la péninsule. Conscient de sa propre force et profitant des divisions internes des musulmans, il prend une décision ambitieuse : conquérir Tolède, une des plus grandes villes d’Al-Andalus. En 1085, il lance une campagne décisive pour s'emparer de cette cité emblématique.
La Conquête de Tolède (1085)
En 1085, après un court siège, Alphonse VI entre triomphalement dans la ville, faisant de Tolède la nouvelle capitale de son royaume. La prise de Tolède par Alphonse VI représente une victoire majeure pour les chrétiens et une étape symbolique dans la Reconquista.
Cette conquête a une signification particulière : Tolède est non seulement l'ancienne capitale wisigoth (tout un symbole), mais elle est aussi un centre culturel et économique majeur.
L'avancée d'Alphonse VI vers Tolède
Alphonse VI promet une relative tolérance religieuse aux habitants musulmans et juifs de la ville, leur permettant de conserver leurs pratiques et leurs institutions. Cette approche contribue à faire de Tolède un centre intellectuel où des traducteurs œuvrent à la transmission des savoirs musulman, grec et latin.
Tolède devient ainsi un symbole de la reconquête chrétienne, mais aussi de la richesse culturelle de l'Espagne de l’époque.
La mosquée Bab-al-Mardum, à Tolède, témoignant du passé musulman de la ville
L’Intervention des Almoravides
La conquête de Tolède alarme les dirigeants des émirats musulmans, qui redoutent une avancée continue des chrétiens. Incapables de résister seuls, les émirs ibériques demandent l’aide des Almoravides, un puissant groupe berbère originaire du Maroc, dirigé par le chef Youssef Ibn Tachfine.
En 1086, les Almoravides traversent le détroit de Gibraltar et remportent une victoire décisive contre les troupes d'Alphonse VI lors de la bataille de Sagrajas.
L'arrivée des Almoravides apporte une nouvelle dynamique à la lutte. Ces berbères, fervents musulmans, vont défendre Al-Andalus contre l'avancée chrétienne, mais ils vont aussi imposer une orthodoxie stricte aux musulmans de la péninsule.
Carte du royaume des Almoravides, d'Al-Andalus au fleuve Sénégal
Ils prennent le contrôle de plusieurs royaumes musulmans locaux et instaurent une politique religieuse austère, qui boulverse la culture raffinée d’Al-Andalus.
Rodrigo Díaz de Vivar, dit “le Cid”
Parallèlement aux campagnes d'Alphonse VI et des Almoravides, une autre figure devient centrale dans la Reconquista : Rodrigo Díaz de Vivar, plus connu sous le nom du “Cid”.
Initialement vassal d'Alphonse VI, le Cid mène ses propres campagnes dans les territoires musulmans, alternant alliances et conflits avec les taïfas (seigneurs musulmans). Ses exploits militaires et sa loyauté fluctuante lui permettent de se tailler un domaine dans la région de Valence.
En 1094, le Cid conquiert Valence et y établit son propre gouvernement, se déclarant seigneur de la ville. Bien qu'il agisse en dehors de la politique officielle de Castille, il renforce l’influence chrétienne dans le sud-est de la péninsule.
Carte : l'Espagne à la fin du siècle et les conquêtes du Cid (rouge).
Ses alliances opportunistes avec les chefs musulmans et son habileté militaire font de lui un personnage légendaire de la Reconquista. Pourtant, la conquête de Valence n'est qu'un succès temporaire, et la ville retombe aux mains des musulmans après sa mort.
Même s'il fut bien plus un chef de guerre pragmatique et opportuniste qu'un fervent défenseur de la foi (il n'hésitait pas à combattre d'autres chrétiens pour le compte de seigneurs musulmans), le Cid reste se forge dans les mémoires une image de chevalier chrétien, et devient un modèle pour les futurs combattants de la Reconquista.
Statue équestre du Cid, à San Diego.
L’Extension de l’Aragon
À l’est de la péninsule, le royaume d’Aragon commence également à s’étendre vers le sud.
En 1096, Sanche Ier Ramírez, roi d'Aragon, conquiert Huesca, une ville stratégique pour le contrôle des vallées pyrénéennes. Cette prise marque un tournant pour l’Aragon, qui devient un acteur majeur de la Reconquista.
Après la mort de Sanche, son fils Alphonse Ier dit “le Batailleur”, roi à partir de 1104, poursuit les efforts de son père et lance une campagne pour prendre Saragosse, alors sous domination musulmane.
Alphonse Ier d'Aragon
En 1118, après un long siège, Alphonse Ier réussit à s’emparer de la ville, qui devient la capitale de son royaume. Cette conquête renforce considérablement la position de l’Aragon dans la péninsule ibérique et affaiblit les forces musulmanes.
En 1134, Alphonse Ier le Batailleur mène une dernière campagne pour étendre son royaume au sud. Il lance une offensive contre Fraga, une forteresse musulmane proche de Saragosse.
La bataille de Fraga se termine par une défaite pour les troupes aragonaises, et Alphonse Ier, gravement blessé, meurt peu après. Sa mort laisse le royaume d’Aragon sans héritier direct, ce qui ouvre une période d’instabilité.
Le décès d'Alphonse Ier marque la fin de cette phase d'expansion rapide pour l’Aragon, mais son règne laisse une empreinte durable, consolidant la position du royaume.
Carte : l'expansion du royaume d'Aragon (en bleu clair) sous Alphonse Ier. En nuances de verts, les royaumes musulmans.
Tolède, Valence et Saragosse : Les Premiers Piliers de la Reconquista
Les conquêtes de Tolède, Valence et Saragosse marquent un tournant dans la Reconquista : les royaumes chrétiens deviennent assez puissant pour défier frontalement les taïfas musulmans d'Al-Andalus
Une fois conquises, ces villes deviennent des centres culturels, économiques et militaires majeurs pour les royaumes chrétiens, sur lesquels ils pourront s'appuyer pour lancer de nouvelles campagnes vers le sud.
Le royaume de Castille-Leon (blanc et mauve) et le royaume d'Aragon (bleu foncé) et ses conquêtes (bleu clair). Les conquêtes du Cid ont déjà été réabsorbées par les musulmans.
Une Reconquista en Marche
Entre 1030 et 1130, la Reconquista connaît un tournant décisif. Les royaumes chrétiens, autrefois repliés dans le nord, étendent leur influence vers le sud et gagnent des territoires stratégiques.
La conquête de Tolède, la victoire du Cid à Valence et la prise de Saragosse montrent une Espagne chrétienne en pleine expansion. Cependant, l’arrivée des Almoravides maintient la pression au sud, empêchant temporairement la progression des chrétiens et annonçant des affrontements encore plus intenses dans les décennies à venir.
Quiz de révision
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