Tomás de Torquemada (1420-1498), figure centrale de l'Inquisition espagnole, demeure l'un des symboles les plus sombres de l'intolérance religieuse. Dominicain austère et zélé, il a façonné une institution redoutée, marquant l'histoire espagnole par sa rigueur impitoyable et ses persécutions.
Une ascension marquée par la foi
Né en 1420 à Torquemada ou Valladolid, Tomás de Torquemada grandit dans une Espagne traversée par les tensions religieuses et politiques. Issu de la famille des Turre-Cremata, il entre très tôt dans l'ordre dominicain et se distingue par son érudition et sa dévotion. Prieur du couvent de Santa Cruz à Ségovie, il se rapproche de la jeune princesse Isabelle, future reine de Castille, dont il devient le confesseur et le conseiller spirituel.
Eglise Santa Maria la Antigua, à Valladolide
Torquemada inculque à Isabelle une vision précise de son rôle : unifier la foi catholique pour renforcer le royaume. Lorsqu'elle accède au trône en 1474, sa politique religieuse s’aligne sur les préceptes du dominicain. En 1483, il est nommé Inquisiteur Général par les Rois Catholiques, Isabelle et Ferdinand, devenant le chef incontesté d'une institution créée pour défendre l’orthodoxie catholique.
Isabelle et Ferdinand, le couple royal
L’Inquisiteur Général : Architecte de l'Inquisition
Sous la direction de Torquemada, l'Inquisition espagnole devient une machine institutionnelle redoutable. Il centralise l'autorité des tribunaux et met en place un réseau d'offices à travers toute l'Espagne, incluant la Castille, l’Aragon, et la Catalogne. Il rédige en 1484 un "Code de l'Inquisiteur", un ensemble de règles détaillant les procédures inquisitoriales, souvent appliquées avec une brutalité inflexible.
L'Espagne dans la deuxième partie du XVème siècle
Le Grand Inquisiteur utilise des méthodes telles que la torture pour extorquer des aveux, des procès sommaires et des exécutions publiques connues sous le nom d’autodafé. Ces cérémonies, où les condamnés étaient brûlés vifs, servaient autant à châtier les «hérétiques» qu'à démontrer la puissance de l’Inquisition et à faire des exemples. Finalement, 2000 à 2500 personnes sont executés par l'Inquisition sous Torquemada.
Condamnés à l'execution publique
Torquemada cible principalement les conversos : juifs et musulmans convertis soupçonnés de pratiquer secrètement leur ancienne foi. Il supervise également la confiscation massive des biens des condamnés, enrichissant l'Inquisition et renforçant son influence.
Le décret de l'Alhambra et l'expulsion des Juifs
L’un des épisodes les plus emblématiques de la politique religieuse de Torquemada est l'expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, décrétée peu après la victoire de Grenade. Torquemada convainc Isabelle et Ferdinand que la présence des Juifs constitue une menace pour l’unité religieuse. Le décret donne quatre mois aux Juifs pour se convertir au catholicisme ou quitter le royaume. Environ 150 000 à 200 000 personnes choisissent l'exil, abandonnant leurs terres et leurs biens. Ceux qui restent sont contraints à des conversions forcées, souvent surveillées de près par l’Inquisition.
Torquemada plaide l'expulsion des juifs, devant le couple royal
La tradition raconte que Torquemada, face à une tentative des Juifs de racheter leur place dans le royaume, aurait jeté un crucifix devant les souverains, les accusant de « vendre le Christ » pour 300 000 ducats. Cet épisode, bien que légendaire, illustre le zèle religieux et l’intransigeance de l’homme.
Un instrument de contrôle et de terreur
Torquemada supervise une institution omniprésente. Chaque Espagnol, dès l'âge de 12 ans pour les filles et 14 ans pour les garçons, est soumis à la vigilance inquisitoriale. La dénonciation anonyme devient une arme redoutée, alimentant un climat de peur. Si la torture reste limitée dans son application (selon certaines sources, elle concernerait 2 % des cas dans la région de Valence), elle contribue à l'image brutale de l’Inquisition.
Les condamnés pour hérésie sont souvent remis au « bras séculier » (à l'autorité royal), l'Église n'ayant pas le droit d'exécuter directement les peines de mort. Ces sentences, notamment le bûcher, renforcent la terreur que suscite l'Inquisition.
Le legs de Torquemada : Intolérance et divisions
Torquemada meurt en 1498 au couvent Saint-Thomas d'Ávila, où il s’était retiré. Son bilan est lourd : en 15 ans, environ 2 000 personnes sont brûlées vives, et des milliers d'autres condamnées à des peines de prison ou à des confiscations de biens.
Il reste une figure profondément controversée. Pour ses partisans, il est le « marteau des hérétiques » et le défenseur d'une foi pure. Pour ses détracteurs, il incarne l’intolérance religieuse, la répression brutale et le fanatisme.
Une figure intemporelle et controversée
Torquemada continue de fasciner et de diviser. Symbole des excès de l’Inquisition, il illustre les tensions religieuses et politiques de l’Espagne médiévale. Ses actions, bien qu'inscrites dans leur contexte historique, ont marqué durablement la mémoire collective, faisant de lui une incarnation de l’autoritarisme religieux. Aujourd’hui encore, son nom reste associé aux horreurs de l’Inquisition et à l’intolérance religieuse qui a façonné une époque cruciale de l’histoire espagnole.





