Un Empire assiégé : Byzance face aux tempêtes du VIIe siècle



Le VIIe siècle fut une période critique pour l’Empire byzantin, marqué par des guerres incessantes, des invasions et l’émergence de nouvelles puissances qui allaient bouleverser l’équilibre du monde méditerranéen. Malgré ces défis, l’Empire réussit à survivre et à se réinventer, posant les bases de sa longévité.

La guerre contre les Perses  

Au début du VIIe siècle, l’Empire byzantin affronta un de ses ennemis traditionnels : les Perses sassanides. En 602, l’empereur Maurice fut assassiné, plongeant l’Empire dans une période de chaos politique. Profitant de cette instabilité, le roi perse Khosro II lança une offensive massive.  

Les armées sassanides conquirent une grande partie des territoires byzantins : la Syrie, la Palestine et l’Égypte tombèrent les unes après les autres, menaçant directement Constantinople. La situation semblait désespérée.  



L'Empire Sassanide vers 620, avec les conquètes de Khosro II (vert clair)

Cependant, l’empereur Héraclius ( 610-641), un chef énergique et habile, réussit à inverser le cours des événements. À partir de 622, il mena une contre-offensive audacieuse. En 627, il remporta une victoire décisive à la bataille de Ninive, détruisant le pouvoir perse. En 628, la paix fut rétablie, et Byzance récupéra ses provinces perdues.  



La vraie croix, capturée par les perses lors de la prise de Jerusalem, retourne en Terre sainte.

Ce conflit, bien qu’une victoire stratégique, laissa l’Empire épuisé. Plus grave encore, il ouvrit la voie à une menace totalement nouvelle : les conquêtes arabo-musulmanes.

L’arrivée de l’Islam et les conquêtes arabes

Dans les années 630, un bouleversement inattendu survint en Arabie : l’émergence de l’Islam sous le prophète Mahomet. Après sa mort en 632, les armées arabes, animées par une foi nouvelle et un fort esprit d’expansion, commencèrent une série de conquêtes fulgurantes.  

En 636, à la bataille du Yarmouk, les forces byzantines subirent une défaite écrasante face aux Arabes, entraînant la perte de la Syrie et de la Palestine. Peu après, l’Égypte, une province cruciale pour l’économie byzantine, fut également conquise. En moins d’une décennie, l’Empire perdit ses territoires les plus riches et les plus peuplés.  



Carte : l'expansion arabo-musulmane

Les Arabes, poussés par leur dynamique de conquête, menacèrent même Constantinople. Entre 674 et 678, un premier siège arabe échoua grâce à la résistance des Byzantins et à l’utilisation d’une arme révolutionnaire : le feu grégeois, une substance incendiaire redoutable qui détruira la flotte arabe.



Utilisation du feu grégeois

Un Empire transformé  

Face à ces bouleversements, Byzance dut s’adapter pour survivre. Le VIIe siècle vit une transformation profonde de l’Empire :  

  • Réorganisation territoriale : Les anciennes provinces furent remplacées par un système militaire appelé "thèmes", où les terres étaient administrées par des gouverneurs militaires. Cela permit une meilleure défense des territoires restants.  


Les thèmes d'Anatolie, vers 750

  • Centralisation du pouvoir : L’empereur devint le pivot central de l’administration, consolidant un pouvoir plus autoritaire pour répondre aux crises.  
  • Identité chrétienne renforcée : L’Empire, de plus en plus réduit à ses régions grecques, accentua son caractère orthodoxe et chrétien, se distinguant des terres passées sous domination musulmane.  

Les leçons d’une survie

À la fin du VIIe siècle, Byzance n’était plus l’Empire universel rêvé par Justinien : il avait perdu la majeure partie de son territoire, sa population et sa richesse. Pourtant, il avait survécu. Cette résilience était due à sa capacité à s’adapter, à ses fortifications solides (notamment les murailles de Constantinople) et à son habile diplomatie.  

Ces transformations allaient poser les bases d’un Empire plus petit mais plus cohérent, qui allait jouer un rôle majeur dans le Moyen Âge méditerranéen.  ​



L'Empire au début du VIIIème siècle