La chute de Constantinople



Le siège

La situation désespérée des défenseurs

En avril 1453, l’armée de Mehmed II arrive aux portes de Constantinople. La ville, déjà affaiblie par des siècles de déclin, se trouve dans une position critique : ses ressources s’amenuisent, sa population est réduite, et ses alliés se font rares.

Derrière ses célèbres murailles, Constantinople peut compter sur 7 000 soldats, grecs et étrangers, pour défendre les remparts terrestres et maritimes. Face à eux, une armée ottomane colossale de 80 000 à 100 000 hommes, renforcée par une puissante flotte de 120 navires, cerne la ville.  



Partie sud du rempart de Théodose, qui protégeait la ville

Une chaîne monumentale bloque l’entrée de la Corne d’Or, protégeant le port et les murailles nord de Constantinople. Cette chaîne, tendue entre les remparts de la ville et ceux de la colonie génoise de Péra, empêche les navires turcs d’attaquer le flanc maritime. Cependant, Mehmed, déterminé à faire tomber la cité, prépare une tactique audacieuse pour contourner cet obstacle.



L'organisation des forces 

Les canons : une innovation qui change la guerre

Le véritable atout des Ottomans réside dans leur artillerie, une innovation militaire qui scelle le destin des murailles de Constantinople. Parmi ces armes figure un canon gigantesque conçu par un ingénieur hongrois du nom d’Urbain.

Initialement, Urbain avait proposé ses services à l’empereur byzantin Constantin XI, mais celui-ci, faute de moyens financiers, avait dû décliner son offre. Déçu, Urbain s’était tourné vers les Ottomans, où il fut généreusement accueilli par Mehmed II.



Canon ottoman, construit au XVème siècle

Le canon qu’il construit pour les Turcs est une véritable prouesse technologique : un immense engin capable de projeter des boulets de pierre pesant jusqu’à 600 kilos à plus d’un kilomètre de distance. Bien que sa cadence de tir soit lente (environ sept boulets par jour), l’effet de ces projectiles sur les célèbres remparts théodosiens est dévastateur.

Dès les premières semaines du siège, les murailles de Constantinople, qui avaient résisté à tant d’assauts au cours des siècles, commencent à céder sous les tirs répétés.

La stratégie de contournement : la Corne d’Or prise à revers

Malgré leur domination terrestre, les Ottomans ne parviennent pas à forcer l’entrée de la Corne d’Or, protégée par la fameuse chaîne. Conscient de cette impasse, Mehmed II conçoit une manœuvre audacieuse : faire passer sa flotte par voie terrestre.

À l’aide de rondins de bois huilés, les Ottomans halent leurs navires sur un terrain escarpé depuis le Bosphore jusqu’à la Corne d’Or, contournant ainsi la chaîne. Ce tour de force, accompli en une nuit, est un choc pour les Byzantins, qui voient désormais leur port menacé.  



La flotte de Mehmed II contourne la chaîne par la terre

Avec la flotte ottomane dans la Corne d’Or, les défenseurs doivent redéployer leurs troupes déjà réduites pour protéger les murailles maritimes. Cette diversion affaiblit encore davantage leur capacité à défendre les murailles terrestres, là où le choc principal se prépare.

L’assaut final : le 29 mai 1453

La préparation de l’attaque décisive

Après presque deux mois de siège, Mehmed II décide de lancer un assaut général. Toute la journée du 28 mai, les canons ottomans pilonnent sans relâche les remparts, ouvrant des brèches béantes, notamment dans la vallée du Lycus, près de la porte Saint-Romain. Pendant ce temps, les soldats turcs comblent les fossés devant les murs avec des débris et de la terre pour faciliter leur progression.  

Dans la ville, les défenseurs se préparent à une lutte désespérée. L’empereur Constantin XI prononce un discours poignant, appelant ses soldats et les habitants à défendre leur cité jusqu’au dernier souffle. Une grande procession religieuse traverse la ville, les reliques sacrées sont exhibées, et les habitants prient dans la basilique Sainte-Sophie.

L’assaut des murailles : vague après vague

L’attaque commence dans la nuit, à l’heure où la fatigue et l’obscurité pèsent sur les défenseurs.

La première vague d’assaut est composée de milliers de bachibouzouks, des soldats irréguliers mal équipés mais nombreux. Leur rôle est de harceler les défenseurs et de les épuiser. Pendant plusieurs heures, ils tentent de franchir les murailles mais sont repoussés par les Byzantins et leurs alliés génois.  

La deuxième vague, composée des troupes régulières anatoliennes, est mieux organisée. Elle concentre ses efforts sur les brèches de la porte Saint-Romain, mais là encore, les défenseurs, dirigés par l’empereur lui-même et par le génois Giovanni Giustiniani, parviennent à les contenir.



L'aussaut des murailles

Enfin, à l’aube, Mehmed II ordonne à ses janissaires, son unité d'élite, de lancer l’assaut décisif. Les janissaires, disciplinés et implacables, s’engouffrent dans les brèches des murs extérieurs. 

La situation devient critique pour les Byzantins, d’autant que Giovanni Giustiniani, blessé par un carreau d’arbalète ou une balle, est évacué vers le port. Son départ provoque la panique parmi les défenseurs génois, qui commencent à battre en retraite.  

Un autre événement scelle le sort de la ville : une petite poterne, la Kerkoporta, laissée ouverte par inadvertance, permet à un groupe de soldats turcs de pénétrer dans la ville. Bien que les Byzantins tentent de refermer la brèche, le drapeau ottoman est hissé sur les murailles, provoquant un effondrement du moral des défenseurs. Les janissaires exploitent cette confusion et s’engouffrent dans la ville.

La charge héroïque de l’empereur

Refusant de fuir, Constantin XI mène une ultime charge désespérée pour tenter de repousser les assaillants. Accompagné de ses compagnons, il combat au cœur des brèches, épée à la main. Selon les récits, il aurait retiré ses insignes impériaux pour mourir en soldat parmi les siens. Son corps ne sera jamais identifié avec certitude, alimentant les légendes sur sa mort.



Charge de Constantin XI

La fuite des survivants

Dans le chaos de la bataille, quelques navires vénitiens ancrés dans la Corne d’Or parviennent à s’échapper avec des réfugiés. Des civils, des soldats blessés, et même des dignitaires religieux montent à bord de ces navires pour fuir l’inévitable massacre.

Ces navires, bien que peu nombreux, permettent à une poignée de survivants de porter la nouvelle de la chute de Constantinople aux cours européennes.

La fin d’un monde

Au matin du 29 mai, Constantinople n’est plus. Les troupes ottomanes envahissent la ville, pillant maisons et églises. La basilique Sainte-Sophie, remplie de réfugiés, est transformée en mosquée. Mehmed II entre dans la ville en vainqueur, contemplant les ruines de l’ancienne capitale byzantine.  



Mehmed II entre dans Constantinople

Pour les Byzantins et le monde chrétien, la chute de Constantinople est une tragédie d’une ampleur incomparable : la fin d’un empire millénaire, héritier de Rome et défenseur de la chrétienté en Orient.

Pour Mehmed II et l’Empire ottoman, c’est le début d’une ère nouvelle, celle d’un empire turc universel, avec Constantinople comme joyau et capitale.