Lorsqu’en 395, à la mort de l’empereur Théodose Ier, l’Empire romain fut officiellement divisé en deux, l’Orient romain semblait promis à un destin plus stable que l’Occident. L’empire d’Orient, avec Constantinople comme capitale, possédait une économie prospère, des villes dynamiques et des frontières mieux défendues. L’Occident, en revanche, sombrait dans les invasions barbares et l’effondrement politique.
La survie de l’Empire d’Orient
Constantinople, fondée par Constantin Ier en 330, était idéalement située : entre l’Europe et l’Asie, entre la mer Égée et la mer Noire. Sa position stratégique offrait des avantages militaires et commerciaux incomparables.
Sa position lui permettait de contrôler les routes commerciales asiatiques, tandis que des provinces comme l’Égypte garantissaient un approvisionnements en grain.
Cette richesse offrit à l’Orient les moyens de financer de grands projets, tout en entretenant une armée puissante face à l'Empire sassanide et aux migrations barbares qui menaçaient les frontières.
Tandis que Rome perdait de son prestige, Constantinople devint rapidement le centre du pouvoir impérial. La ville brillait par ses monuments, comme la célèbre muraille de Théodose, qui allait protéger la cité pendant des siècles.
Le sac de Rome par les barbares, en 410
Une identité nouvelle
Peu à peu, l’Empire byzantin se différencia de son passé romain. La langue grecque remplaça progressivement le latin comme langue de l’administration et de la culture.
Le christianisme, devenu religion officielle sous Théodose Ier, devint un élément central de l’identité byzantine. Constantinople était désormais autant une capitale spirituelle qu’un centre politique.
À la veille du règne de Justinien, l’empire s’était affirmé comme une puissance singulière : romaine dans son héritage, mais grecque dans sa culture, et profondément chrétienne. Une nouvelle ère s’ouvrait, marquée par des ambitions grandioses.
L’empereur : héritier de Rome et chef de l’Église
Le pouvoir impérial à Byzance repose sur une double légitimité. L’empereur est le successeur des Césars, investi d’une autorité absolue sur l’État. Mais il est aussi le protecteur de l’Église, parfois même son maître.
Cette concentration des pouvoirs religieux et temporel est qualifiée de césaropapisme.
L'Empereur Justinien entouré des l'armée, à sa droite, et de l'Église, à sa gauche, symbolisant la dualité de son pouvoir.
Les empereurs n'hésitent pas à intervenir dans les conflits religieux, parfois avec brutalité. Ce rôle n’est pas une nouveauté orientale : il prolonge une tradition romaine. Les empereurs de l’Antiquité étaient pontifices maximi, garants des cultes de l'Empire. À Byzance, cette fonction se transforme : l’empereur se présente comme le protecteur de la foi et l'élu de Dieu.
Héritage grec et romain
L’Empire byzantin se définit par une synthèse culturelle. Du côté romain, il conserve le droit et les institutions : la structure impériale, la hiérarchie des fonctionnaires et la centralisation du pouvoir témoignent d’une continuité romaine.
Mais la langue et la culture grecques imprègnent progressivement tout l’Empire. Dès le VIIᵉ siècle, le grec supplante le latin comme langue de l’administration. La pensée grecque nourrit la théologie chrétienne, tandis que l’héritage philosophique et scientifique est transmis, enrichi et diffusé.
Ainsi, Byzance n’est pas une simple survivance de Rome : elle est un laboratoire de transformation, qui conserve l’essentiel de l’héritage romain tout en le réinterprétant à travers le prisme grec et chrétien.
Byzance en Méditerranée
L’Empire byzantin vit en relation constante avec son environnement, tantôt par la guerre, tantôt par la diplomatie. L’essor de l’islam, au VIIᵉ siècle, bouleverse son territoire : Byzance perd la Syrie, la Palestine et l’Égypte. Assiégée à plusieurs reprises par les arabes, Constantinople résiste derrière ses hautes murailles.
Cette résistance sauve l’Empire, mais préserve aussi l’Europe orientale de la conquête musulmane.
Les byzantins brûlent les navires arabes grâce au feu grégeois
Vers le nord, Byzance joue un rôle décisif dans la construction du monde slave. De nombreux missionnaires chrétiens sont envoyés en Ukraine au IXᵉ siècle, pour propager le message du christ.
La conversion de la Rus’ de Kiev au christianisme orthodoxe (988) élargit l’influence byzantine et fonde des liens durables entre Constantinople et le monde slave.
Le peuple de Kiev est baptisé dans le Dniepr par des prêtres byzantins
Sur le plan méditerranéen, l’Empire reste un acteur économique majeur. Sa capitale est un carrefour commercial où se croisent au fil des siècles marchands vénitiens, arabes et arméniens.
Conclusion
L’Empire byzantin survit à la chute de Rome grâce à sa richesse, sa capitale fortifiée et son administration solide. Il invente une formule originale où l’empereur concentre pouvoir politique et autorité religieuse, héritant de Rome tout en se transformant en un empire chrétien grec. Dans son opposition à l'Islam ou dans sa projection dans le monde Slave, il reste un acteur majeur des grands mouvements de son époque.
Héritier de Rome, imprégné par la chrétienté et l'hellenisme, l’Empire byzantin n’est pas un simple relicat de l'Empire Romain, mais un pôle civilisationnel à part entière qui allait façonner durablement l’histoire du monde.




