Entre le XIIIᵉ et le début du XIVᵉ siècle, une idée audacieuse émergea dans les esprits des souverains européens et mongols : une alliance stratégique pour combattre un ennemi commun, les puissants Mamelouks d’Égypte.
Malgré des échanges diplomatiques réguliers et quelques tentatives d’action conjointe, cette alliance ne vit jamais pleinement le jour. En s’appuyant sur les faits historiques, il apparaît que cette collaboration potentielle, bien qu’attractive sur le papier, se heurta à des différences culturelles, des défis logistiques et des objectifs stratégiques divergents.
Une Opportunité Stratégique
Au milieu du XIIIᵉ siècle, le monde méditerranéen était en pleine mutation. Les Mongols, sous la houlette de Gengis Khan et de ses successeurs, avaient établi un empire colossal s’étendant de la Chine à l’Europe de l’Est.
Leur expansion vers le Moyen-Orient coïncidait avec les croisades européennes, marquant une opportunité stratégique : une coopération militaire pourrait permettre aux Croisés de reprendre la Terre Sainte, tout en offrant aux Mongols un appui dans leur lutte contre les Mamelouks, leur principal obstacle au contrôle de l’Égypte et de la Syrie.
L'expansion immense de l'Empire Mongol. Au moyen orient, il s'oppose aux Mamelouks, que combattent aussi les croisés
Premiers Contacts : Un Dialogue Ambivalent
Les premières initiatives diplomatiques prirent forme sous l’impulsion de la papauté. En 1245, le pape Innocent IV envoya plusieurs émissaires, dont Jean de Plan Carpin, pour établir des relations avec les khans mongols. Les réponses de ces derniers furent cependant ambiguës, proposant bien une coopération contre les musulmans, mais en exigeant la soumission des occidentaux. Ces messages reflétaient la vision mongole du monde, fondée sur l’idée que tous les royaumes, même leurs alliés, devaient reconnaître leur autorité suprême.
En parallèle, le roi de France Louis IX, dit Saint Louis, engagea des contacts avec les Mongols. Lors de la septième croisade (1248-1254), il envoya des ambassadeurs auprès des khans. Ces missions diplomatiques ne donnèrent que peu de résultats. Les Mongols, malgré leur intérêt pour les relations avec l’Europe, continuaient à exiger un hommage, ce qui rebutait les souverains occidentaux. Dans ses rapports, Guillaume de Rubrouck avertit Louis IX des dangers d’une alliance, décrivant les Mongols comme rusés et impitoyables.
Louis IX en croisade
Les Alliés Chrétiens des Mongols
Si les Francs hésitèrent à s’engager pleinement, d’autres royaumes chrétiens prirent une direction différente. La Géorgie et le royaume arménien se soumirent aux Mongols au milieu du XIIIᵉ siècle, devenant leurs vassaux en échange de protection.
En 1260, Bohémond VI d’Antioche devint également vassal des Mongols. Ce rapprochement permit à la principauté d’Antioche de récupérer temporairement des territoires perdus, mais il suscita aussi la colère du pape, qui excommunia Bohémond pour s'être allié à des musulmans.
Bohémon VI
Une Action Conjointe Limitée : La Prise de Damas (1260)
L’un des rares exemples de collaboration militaire entre les Mongols et des alliés chrétiens eut lieu en 1260, lorsque les troupes d'Arménie et d’Antioche participèrent à la prise de Damas aux côtés des forces mongoles. Cet événement marqua un succès pour cette alliance, mais il fut de courte durée.
Les Francs d’Acre, quant à eux, choisirent de rester neutres et aidèrent même les Mamelouks en leur fournissant des vivres, un acte qui contribua à la défaite des Mongols lors de la bataille d’Aïn Djalout. Cette bataille mit fin à l’expansion mongole en direction de l’ouest.
Prise de Tripoli par les mongols
Une Logistique Complexe et des Objectifs Incompatibles
Le principal obstacle à une alliance durable résidait dans les énormes défis logistiques et stratégiques. Les Mongols et les Européens avaient des bases géographiquement éloignées, rendant difficile toute coordination militaire efficace. Par ailleurs, les objectifs des deux camps différaient : les Mongols visaient la domination totale, tandis que les Croisés cherchaient seulement à stabiliser les états chrétiens en Terre Sainte.
Les différences culturelles jouèrent également un rôle. Les Francs craignaient la brutalité et les méthodes des Mongols, tandis que ces derniers méprisaient les faibles capacités militaires européennes. Les récits des ambassadeurs européens reflètent cette méfiance mutuelle, certains décrivant les Mongols comme des conquérants perfides.
Les Tentatives du XIVᵉ Siècle : Une Alliance Déclinante
Après la chute d’Acre en 1291, les espoirs d’une alliance se ravivèrent brièvement. En 1300, l’il-khan mongol Ghazan tenta de relancer une coopération avec les Croisés, notamment les Templiers et les Hospitaliers, pour combattre les Mamelouks. Des raids conjoints furent menés en Égypte et en Syrie, mais ils restèrent ponctuels et n’aboutirent pas à des conquêtes durables.
Prise de St-Jean d'Acre
En 1323, la signature d’un traité de paix entre les Mamelouks et les Mongols scella définitivement l’échec de toute alliance entre ces derniers et les chrétiens.
Une Opportunité Manquée ?
L’idée d’une alliance entre les Francs et les Mongols reste l’un des épisodes les plus fascinants de l’histoire diplomatique médiévale. Si elle semblait prometteuse sur le plan stratégique, elle s’avéra irréalisable en pratique en raison des différences culturelles, des défis logistiques et des objectifs divergents.





