Guy de Lusignan : Le chevalier, le roi déchu et le fondateur



L’histoire de Guy de Lusignan est marquée par des éclats de gloire, de tragédies et d’ambition. Jeune noble sans fortune, Guy quitte le Poitou pour une quête qui le mènera jusque sur le trône de Jérusalem, avant de terminer sa vie en bâtisseur du royaume de Chypre. Derrière cette ascension se cache une figure controversée, souvent décriée pour ses erreurs politiques et militaires, mais aussi reconnue pour sa résilience et sa capacité à rebondir dans l’adversité. Voici son histoire.

Les premiers pas d’un cadet sans avenir

Né avant 1153, Guy de Lusignan appartient à une famille noble du Poitou. Cadet sans terres ni fortune, il grandit dans l’ombre de ses frères, en particulier Aimery, qui deviendra un personnage clé dans son parcours. La jeunesse de Guy est marquée par un événement dramatique : après une révolte féodale contre Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre, il est accusé du meurtre de Patrice de Salisbury, un proche du roi. Contraint à l’exil, Guy quitte l’Aquitaine en disgrâce.

En 1170, il traverse les mers pour rejoindre la Terre Sainte, pleine de promesses pour les chevaliers en quête de gloire. Il s’installe à la cour de Jérusalem, où son frère Aimery est connétable. Guy, lui, reste dans l’ombre, jusqu’à ce qu’une opportunité inattendue change sa destinée.

Le mariage avec Sibylle et l’accession au trône de Jérusalem

En 1180, Guy épouse Sibylle de Jérusalem, la sœur du roi Baudouin IV de Jérusalem. Ce mariage, probablement arrangé par Aimery, propulse Guy sur le devant de la scène. En devenant comte de Jaffa et d’Ascalon, il acquiert une position stratégique dans le royaume. Mais si Guy séduit par son charme, il peine à convaincre par ses compétences politiques et militaires.

Lorsque Baudouin IV, affaibli par la lèpre, le nomme régent en 1183, Guy se heurte rapidement à la méfiance des barons et des factions rivales.



Guy est nommé régent par Baudouin IV.

Ses décisions hésitantes face à Saladin, le puissant sultan ayyoubide, accentuent les critiques. Le roi finit par l’écarter, mais la mort de Baudouin IV en 1185 et de son neveu Baudouin V l’année suivante ouvrent une crise de succession. Avec le soutien de Sibylle, Guy parvient à se faire couronner roi, malgré l’opposition des barons.



Le couronnement de Guy de Lusignan.

La catastrophe de Hattin : un règne brisé

Le court règne de Guy de Lusignan en tant que roi de Jérusalem est marqué par l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire des croisades : la bataille de Hattin, en 1187.

Face à l’avancée de Saladin, Guy rassemble l’armée franque pour tenter de briser le siège de Tibériade. Ignorant les conseils de prudence, il engage son ost dans une marche épuisante à travers les collines de Galilée. Assoiffés et à bout de force, l’armée croisée est prise au piège par Saladin, puis anéantie.



La bataille de Hattin.

Cette défaite retentissante entraîne la perte de Jérusalem et de la majeure partie du royaume. Guy lui-même est capturé par Saladin, qui, dans un geste de clémence inhabituel, lui épargne la vie. Libéré en 1188, il retrouve sa femme Sibylle à Tripoli, mais le royaume est en ruines. Son autorité est contestée, notamment par Conrad de Montferrat, qui se pose en rival légitime.

Le siège d’Acre et l’ombre de la troisième croisade

Tentant de reconquérir son trône, Guy assiège Saint-Jean-d’Acre en 1189. Pendant deux ans, la ville est le théâtre d’un conflit acharné entre les croisés et les forces de Saladin. L’arrivée des armées de la troisième croisade, menées par Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste, renforce les troupes chrétiennes.

Acre finit par tomber en 1191, mais les tensions entre Guy et Conrad s’intensifient. Soutenu par Richard, Guy est confirmé roi, mais Conrad, marié à Isabelle, sœur de Sibylle, revendique également la couronne.

La rivalité culmine en 1192, lorsque Conrad est reconnu roi par une assemblée de barons, peu avant d’être assassiné. À ce moment, Guy, veuf depuis la mort de Sibylle, est contraint d’abandonner ses prétentions sous la pression des barons. En guise de compensation, Richard lui offre Chypre, récemment conquise.



Les restes des Etats Latins après Hattin et la troisième croisade.

Le bâtisseur de Chypre

Exilé de Jérusalem, Guy s’installe à Chypre en 1192. L’île, ancien territoire byzantin, est une terre d’opportunités, mais aussi de défis. Guy y implante une administration et redistribue des terres aux croisés dépossédés de leurs fiefs en Palestine. Bien qu’il ait jeté les bases d’un royaume prospère, sa gestion des ressources est critiquée pour son manque de prévoyance.

Guy meurt en avril 1194, laissant Chypre à son frère Aimery, qui en fera un royaume durable. La dynastie des Lusignan régnera sur l’île pendant trois siècles, assurant la postérité de Guy malgré ses échecs passés.

Un personnage controversé

Guy de Lusignan reste une figure divisée entre l’échec et la résilience. Souvent critiqué pour son incapacité à gouverner et pour ses erreurs stratégiques aux conséquences désastreuses, il est aussi un homme qui a su s’adapter aux circonstances et rebondir après des désastres. Si sa carrière est marquée par la perte de Jérusalem, il a néanmoins transformé son exil en Chypre en un succès durable, ouvrant un nouveau chapitre pour les Lusignan.