Louis IX, connu sous le nom de Saint Louis, fut le seul roi de France à être canonisé par l’Église catholique. Son règne fut marqué par deux grandes expéditions en Terre Sainte, la septième et la huitième croisade. Ces campagnes, bien qu'animées par un profond esprit de piété, furent marquées par des échecs stratégiques et des tragédies humaines.
La Septième Croisade (1248-1254)
Un roi croisé inspiré par la foi
En 1244, Jérusalem tombait de nouveau aux mains des musulmans après la bataille de La Forbie, qui avait décimé l'armée des États latins d'Orient. Cette nouvelle provoqua une onde de choc en Europe. Louis IX, gravement malade en 1244, fit alors le vœu de partir en croisade s’il survivait. Une fois rétabli, il entreprit de tenir sa promesse.
Louis IX embarque pour la croisade
Louis IX voyait en cette croisade une mission sacrée. Il espérait non seulement reconquérir Jérusalem, mais aussi incarner l’idéal du roi chrétien, dévoué à la cause divine. En 1248, après des années de préparation, il partit à la tête d’une armée impressionnante, accompagné de ses frères Robert d’Artois, Alphonse de Poitiers, et Charles d’Anjou.
La conquête de Damiette
Comme lors de la cinquième croisade, l'Égypte fut choisie comme cible principale, car elle représentait le centre du pouvoir ayyoubide. En juin 1249, les croisés débarquèrent à Damiette, un port stratégique situé sur le delta du Nil. La ville fut prise rapidement et presque sans combat, car ses défenseurs avaient fui après les affrontements qui avaient eu lieu sur la plage.
Ce triomphe initial donna à l’armée croisée un élan d’optimisme, renforcé par l’installation de Louis dans la ville, où il fit régner l’ordre. Cependant, la situation se compliqua rapidement. Les inondations saisonnières du Nil ralentirent leur progression, et les croisés furent contraints d’attendre avant de pouvoir avancer vers Le Caire, leur objectif principal.
Le désastre de Mansourah
En 1250, les croisés marchèrent enfin vers Mansourah. Salih Ayyoub, le sultan d’Égypte, mourut peu avant leur arrivée, laissant son armée sous le commandement de la régente Shajar al-Durr et de son lieutenant Baybars. Ce dernier tendit un piège aux croisés près de la ville.
L' assaut précipité de l'avant garde, menée par Robert d’Artois, entraîna la déroute des croisés. Les troupes de Louis, coupées de leur ravitaillement et décimées par la faim et la maladie, furent finalement encerclées et contraintes à la reddition. En avril 1250, Louis IX lui-même fut capturé avec des milliers de soldats. Il ne retrouva la liberté qu’en échange d’une rançon exorbitante et de la restitution de Damiette.
Gaucher de Chatillon, membre de l'avant garde, combat seul dans les rues de Mansourah
Un roi déterminé malgré la défaite
Après sa libération, Louis IX ne retourna pas immédiatement en France. Il passa quatre années à consolider les défenses des derniers bastions croisés en Terre Sainte, notamment Saint-Jean-d’Acre et Jaffa. Bien que cette croisade se soldât par un échec, elle révéla l’incroyable ténacité et le profond sens du devoir religieux de Louis IX.
La Huitième Croisade (1270)
Un nouvel appel à la croisade
Les années passèrent, et les États latins d’Orient continuèrent à se fragiliser face aux assauts musulmans. En 1268, la prise d’Antioche par les Mamelouks fit craindre pour la survie des dernières possessions chrétiennes en Terre Sainte.
Louis IX, toujours animé par une foi inébranlable, décida de lancer une nouvelle croisade. Cette fois-ci, il visait Tunis, espérant y établir une base pour ensuite attaquer l’Égypte ou soutenir les États croisés.
Le siège de Tunis
En juillet 1270, Louis IX débarqua à Carthage avec une armée réduite mais déterminée. Cependant, il sous-estima les difficultés logistiques et les conditions climatiques. Rapidement, les croisés furent confrontés à des pénuries d’eau potable et à des épidémies. La dysenterie et d'autres maladies se propagèrent dans le camp.
Le 25 août 1270, Louis IX lui-même succomba à la maladie. Son fils, Philippe III, surnommé le Hardi, reprit le commandement, mais la croisade fut abandonnée. Un traité fut signé avec le roi de Tunis, garantissant une paix temporaire, et l’armée retourna en France.
Louis IX meurt devant Tunis
Un bilan contrasté
Un roi sanctifié
Les croisades de Louis IX furent des échecs militaires indéniables. Elles ne permirent pas de reconquérir Jérusalem ni de consolider durablement les positions chrétiennes en Orient. Cependant, elles laissèrent une empreinte durable dans l’histoire et la mémoire collective. Louis IX fut canonisé en 1297 par le pape Boniface VIII, devenant Saint Louis, modèle du roi chrétien parfait.
Les leçons des croisades de Louis IX
Les septième et huitième croisades marquèrent la fin des grandes expéditions croisées menées par des monarques européens. Elles révélèrent les limites des ressources logistiques et stratégiques de l’Occident face à des adversaires musulmans désormais unifiés et déterminés. Elles illustrèrent également le déclin progressif de l’idée de croisade comme moteur politique et militaire.
Pourtant, ces croisades témoignèrent de la ferveur religieuse et de l’ambition d’un roi prêt à sacrifier son trône et sa vie pour ce qu’il considérait comme une mission divine. Louis IX, bien que vaincu, laissa derrière lui une image de sainteté et de dévouement qui continue à inspirer aujourd’hui



