Le Siège de Saint-Jean-d'Acre (1291) : La Fin des États Croisés en Terre Sainte



Le siège de Saint-Jean-d’Acre en 1291 est un événement majeur de l’histoire médiévale, marquant la chute de la dernière grande forteresse chrétienne en Orient et la fin du royaume de Jérusalem. Cette bataille décisive, livrée entre les croisés et les forces mameloukes, symbolise l’échec final des croisades militaires en Terre Sainte.

Une Paix Précaire et des Tensions Croissantes

Depuis la prise de Tripoli par le sultan mamelouk Qala’ûn en 1289, les États latins d’Orient se trouvent dans une position de faiblesse extrême. Seules quelques villes subsistent encore sous contrôle croisé, notamment Saint-Jean-d’Acre, Beyrouth, Tyr, Saïda, et la forteresse d’Hatlith.

La trêve de dix ans signée en 1289 entre Qala’ûn et Henri II, roi de Jérusalem et de Chypre, offre un court répit aux chrétiens d’Orient. Cependant, la mort du sultan en décembre 1290 change la donne : son fils, Al-Ashraf Khalil, ambitionne de reprendre les hostilités pour mettre fin à la présence latine en Terre Sainte.



Les Etats latins d'Orient au XIIIème siècle : après la chute de Tripoli il ne reste que le petit royaume de Jerusalem

Les tensions s’aggravent avec l’arrivée de pèlerins italiens à Saint-Jean-d’Acre en 1291. Ces croisés populaires, dépourvus d’expérience militaire, accusent les Latins d’Orient de trahison pour avoir négocier avec les musulmans et rejettent toute idée de trêve avec les musulmans

Le 13 mars, des violences éclatent : les pèlerins massacrent des paysans musulmans venus commercer, puis s’en prennent aux marchands dans le bazar. Ces actes provoquent une réponse immédiate de Khalil, qui exige des sanctions. Les dirigeants de Saint-Jean-d’Acre, divisés, hésitent entre réprimer les coupables et négocier. Leur incapacité à agir efficacement donne au sultan un prétexte pour déclarer la guerre.

Le Siège de Saint-Jean-d’Acre

L’arrivée des forces mameloukes

Le 5 avril 1291, Al-Ashraf Khalil arrive devant Saint-Jean-d’Acre à la tête d’une armée massive, estimée à 220 000 soldats (nombre certainement exagéré), appuyée par des machines de siège redoutables, dont des catapultes et des mangonneaux. La ville, qui compte entre 30 000 et 40 000 habitants, dispose d’une garnison d’environ 16 000 soldats, composée de croisés, de chevaliers des ordres militaires, et de milices locales.



Un mangonneau, impressionnant par sa taille

Les mamelouks positionnent leurs catapultes face aux principales tours de défense de la ville. Dès le 15 avril, les premiers assauts ont lieu. Guillaume de Beaujeu, grand maître de l’ordre du Temple, tente plusieurs sorties pour détruire les machines de siège ennemies, mais ses efforts échouent.

Le renfort de Chypre et l’intensification des combats

Le 4 mai, Henri II débarque avec une armée de secours composée de 200 chevaliers et 500 fantassins, ainsi que des vivres. Son arrivée redonne espoir aux assiégés, mais ses tentatives de négociation avec Khalil se soldent par un échec. Le sultan exige une reddition complète et promet la vie sauve aux habitants, mais les croisés refusent. Peu après, Henri II quitte la ville, laissant ses hommes pour continuer le combat.

Le bombardement mamelouk s’intensifie. Les tours de la ville subissent des dégâts considérables, et des esclaves musulmans creusent des mines sous les murailles pour provoquer leur effondrement. Le 15 mai, une partie de la Tour Neuve, point stratégique de la défense, s’écroule. Les assiégés construisent une tour en bois pour tenter de combler la brèche, mais leurs efforts restent insuffisants.

L’assaut final

Le 18 mai à l’aube, les forces mameloukes lancent un assaut décisif. Ils s’emparent rapidement de la Tour Neuve et progressent vers les zones situées entre les deux enceintes. Ils bombardent les défenseurs avec des feux grégeois et des flèches, semant le chaos dans la ville. Guillaume de Beaujeu et Jean de Villiers, grand maître des Hospitaliers, mènent une défense héroïque à la porte Saint-Antoine. Guillaume, grièvement blessé d’une flèche, est contraint de se retirer, déclarant :

«Seigneurs, je ne peux plus, car je suis mort, voyez le coup.»

Il meurt peu après.



Les mamelouks enfoncent les défenses et s’engouffrent dans la ville. Les combats se transforment en un massacre : des milliers d’habitants sont tués, et d’autres tentent de fuir par la mer. Les navires, surchargés, sombrent pour certains. La population civile subit des violences d’une rare intensité.

La Dernière Résistance : La Citadelle des Templiers

Environ 10 000 survivants se réfugient dans la citadelle des Templiers, située près du port. Thibaud Gaudin, maréchal du Temple, organise la défense de cette forteresse imprenable. Pendant dix jours, les Templiers résistent aux bombardements incessants des mamelouks.

Finalement, le 28 mai, la citadelle cède, marquant la fin du siège. Les derniers défenseurs sont tués ou capturés.



La réddition des derniers chrétiens d'orient

La Fin de la Présence Chrétienne en Terre Sainte

La chute de Saint-Jean-d’Acre marque la disparition définitive du royaume de Jérusalem et la fin de la présence franque en Terre Sainte. Les dernières places fortes chrétiennes, comme Tyr, Saïda, et Beyrouth, sont rapidement évacuées ou cèdent sans combat dans les mois qui suivent.

Seuls quelques bastions isolés, comme l’îlot d’Arouad ou Gibelet, subsistent temporairement avant d’être abandonnés à leur tour.



Vue satellite de l'ilot d'Arouade (200 mètres carrés)

Sur le plan symbolique, la perte de Saint-Jean-d’Acre met un terme aux croisades militaires médiévales. Les puissances chrétiennes d’Europe ne parviennent plus à mobiliser suffisamment de ressources pour une nouvelle expédition en Orient. Le retrait des Templiers et des Hospitaliers vers Chypre et Rhodes amorce un déplacement de la stratégie croisée vers la Méditerranée.

Un Épisode Déterminant dans l’Histoire des Croisades

Le siège de Saint-Jean-d’Acre illustre à la fois la ténacité des défenseurs chrétiens et la supériorité stratégique des forces mameloukes. Il représente la fin d’une époque où l’Occident tentait de maintenir une présence militaire en Terre Sainte.

La chute d’Acre reste un symbole poignant de l’échec des croisades et de l’incapacité des Latins à s’unir face à un adversaire déterminé. Cet événement marque un tournant majeur dans l’histoire des relations entre l’Orient musulman et l’Occident chrétien.