Le royaume de Jérusalem, fondé en 1099 après la première croisade, représente l’un des chapitres les plus emblématiques de l’histoire médiévale.
Érigé sur des terres saintes, cet État chrétien, dernier bastion croisé en Orient, catalysa à la fois l’espoir de la chrétienté de dominer Jérusalem et les tensions géopolitiques entre l’Europe et le monde musulman. Entre conquêtes, alliances, luttes intestines et chutes successives, ce royaume incarne la complexité de son époque.
La formation du royaume : Godefroy de Bouillon et Baudouin Ier
La prise de Jérusalem par les croisés le 15 juillet 1099 marque un tournant décisif dans l’histoire des croisades. Après des mois de siège et un assaut final acharné, les armées croisées parviennent à s’emparer de la ville. Jérusalem, sanctuaire du christianisme, devient alors le cœur d’un nouvel État, encore fragile.
La prise de Jérusalem
Le premier souverain du royaume, Godefroy de Bouillon, refuse de porter la couronne royale, qu’il juge incompatible avec le caractère sacré de la ville. Il se déclare avoué du Saint-Sépulcre, positionnant Jérusalem comme une terre relevant du Christ et non d’un roi terrestre.
Godefroy accepte le titre d'Avoué du Saint Sépulcre.
À la mort de Godefroy en 1100, son frère, Baudouin de Boulogne, quitte le comté d’Édesse pour s’imposer comme roi de Jérusalem. Son couronnement à Bethléem symbolise l’instauration officielle de la monarchie dans le royaume.
Contrairement à Godefroy, Baudouin adopte un rôle actif de roi et engage de vastes campagnes militaires pour étendre le territoire. Sous son règne, le royaume s’élargit considérablement : il conquiert les ports stratégiques de Acre, Sidon, et Beyrouth, assurant un accès direct à la Méditerranée et renforçant les liens commerciaux avec l’Europe. Le royaume de Jérusalem sous Baudouin Ier devient non seulement un centre religieux, mais aussi une force politique et économique au Levant.
Baudouin Ier de Jérusalem
Le système de gouvernance : Monarchie et féodalité
Le royaume de Jérusalem adopte un modèle féodal calqué sur l’Europe médiévale. Le roi est à la tête de l’État, mais son pouvoir est limité par la Haute Cour, une assemblée de barons et de chevaliers influents. Cette cour décide des affaires majeures, comme les campagnes militaires ou les successions royales.
Les terres sont divisées en grands fiefs, comme la principauté de Galilée, le comté de Sidon, ou la seigneurie d’Outre-Jourdain. Chaque fief est dirigé par un seigneur, qui jure allégeance au roi.
Les Assises de Jérusalem, un recueil de lois féodales, régissent les relations entre les nobles et la couronne. Ce système assure une certaine cohésion politique, mais il est également source de rivalités internes.
Godefroy de Bouillon tient les premières assises de Jérusalem.
Économie : Un royaume prospère malgré les tensions
Le royaume de Jérusalem est un carrefour commercial entre l’Europe et l’Orient. Les ports comme Acre, Jaffa, et Tyr deviennent des plaques tournantes pour le commerce des épices, de la soie, et des produits de luxe. Les rois perçoivent des taxes sur le commerce et les droits de transit des caravanes.
Le royaume frappe sa propre monnaie, le besant, pour faciliter les échanges. Contrairement à l’Europe, l’économie du Levant est largement monétaire, ce qui permet de financer des armées et des fortifications. Les ordres militaires jouent également un rôle dans l’économie, grâce à leurs vastes possessions agricoles et leurs réseaux financiers, notamment celui des Templiers.
Les relations interreligieuses : Une coexistence difficile mais réelle
La société du royaume de Jérusalem est profondément multiculturelle et multiconfessionnelle. Les Francs représentent une minorité dirigeante dans un royaume majoritairement peuplé de musulmans, de chrétiens orientaux (syriaques, arméniens, grecs orthodoxes), et de juifs. Ces communautés coexistent dans un équilibre fragile, marqué par des tensions mais aussi par des collaborations.
La domination franque s’appuie sur un système de taxation :
- Les musulmans, bien que soumis à des impôts spécifiques, conservent une autonomie locale pour gérer leurs affaires civiles et religieuses.
- Les chrétiens orientaux, proches des Francs par leur foi, jouent souvent un rôle de médiateurs ou d’administrateurs.
Les conversions forcées restent rares : les Francs se préoccupent davantage de maintenir l’ordre que de convertir la population. Dans les villes, les communautés vivent souvent dans des quartiers séparés, mais les marchés et les échanges commerciaux favorisent les interactions.
Malgré les guerres, des périodes de paix relative permettent des collaborations culturelles, notamment dans l’architecture et l’art. La reconstruction de Jérusalem sous les Francs, avec des églises comme le Saint-Sépulcre, reflète cette rencontre des influences occidentales et orientales.
La voute du Saint Sépulcre
Les phases clés de l’histoire du royaume
L’expansion et la consolidation : De Baudouin II à Amaury Ier
Après la mort de Baudouin Ier, son cousin, Baudouin II du Bourg, prend la tête du royaume. Marié à Morfia de Malatya, une noble arménienne, Baudouin II renforce les liens avec les communautés chrétiennes locales.
Pendant son règne, le royaume est structuré en un système féodal, avec des fiefs majeurs comme la principauté de Galilée, le comté de Jaffa, et la seigneurie d’Outre-Jourdain, gérés par des vassaux loyaux.
Les campagnes militaires sous Baudouin II et son successeur, Foulques d’Anjou, se concentrent sur le maintien d'un équilibre fragile avec les forces musulmanes, encore divisées.
Les ordres militaires, tels que les Templiers et les Hospitaliers, jouent un rôle décisif : ces moines-chevaliers deviennent les garants de la sécurité des pèlerins et des forteresses du royaume.
Reconstitution : des chevaliers Hospitaliers
Sous Amaury Ier (1163-1174), le royaume atteint son apogée territorial. Amaury va jusqu'à tenter de soumettre l’Égypte fatimide, mais ses campagnes échouent, ouvrant la voie à l’ascension de Saladin, qui unifie l’Égypte et la Syrie. Ces ratés affaiblissent la position du royaume face à une menace musulmane grandissante.
La crise : La bataille de Hattin et la chute de Jérusalem
Le règne de Baudouin IV, surnommé « le Lépreux », est marqué par une double tragédie : sa santé déclinante et l’union des forces musulmanes sous Saladin, qui cherche à chasser les chrétiens de terre sainte. Baudouin se révèle être un grand chef militaire et un roi pragmatique. Il signe une trêve avec Saladin qui préserve la paix en orient jusqu'à sa mort, en 1185.
En 1187, après les provocation de Renaud de Chatillon, la trêve est brisée. Saladin passe à l'attaque, et le royaume chrétien subit un coup fatal avec la défaite de Hattin : Saladin écrase l’armée croisée et capture le roi, Guy de Lusignan.
Renaud de Châtillon est exécuté par Saladin.
La perte de Jérusalem, le 2 octobre 1187, est un choc pour la chrétienté. Saladin, magnanime, épargne la population chrétienne locale, mais l’événement marque la fin de l’âge d’or du royaume. Les croisés se replient sur les ports, notamment Tyr et Saint-Jean-d’Acre, qui deviennent les nouveaux centres de pouvoir, mais le "Royaume de Jérusalem", n'occupe plus Jérusalem.
Saint-Jean-d’Acre : Le dernier bastion
Après la chute de Jérusalem, le royaume se restructure autour de Saint-Jean-d’Acre, un port stratégique. Malgré les efforts de la troisième croisade, menée par Richard Cœur de Lion, la Ville Sainte reste sous contrôle musulman. Les croisades suivantes ne parviennent pas à inverser la situation, et le royaume perd peu à peu son territoire.
En 1291, Saint-Jean-d’Acre tombe aux mains des Mamelouks après un siège sanglant, marquant la fin du royaume de Jérusalem. Ce dernier acte scelle le destin des États latins d’Orient.
La chute de Saint-Jean d'Acre
Conclusion
Le royaume de Jérusalem, bien que temporaire, a marqué l’histoire des croisades et des relations entre l’Orient et l’Occident. Il incarne les ambitions, les contradictions, et les défis d’un projet chrétien en terre d’Islam. Si sa chute marque la fin d’une ère, son héritage perdure dans la mémoire historique et les monuments qu’il a laissés derrière lui.









