La Troisième Croisade, déclenchée après la prise de Jérusalem par Saladin en 1187, est une confrontation emblématique entre les forces musulmanes unifiées par le sultan ayyoubide et les puissances chrétiennes menées par les souverains les plus influents d'Europe. Elle marque une étape décisive des croisades, oscillant entre succès militaires et échecs stratégiques, tout en illustrant la complexité des enjeux politiques et religieux de l'époque.
Contexte et causes de la croisade
La montée en puissance de Saladin, qui unifia l'Égypte et la Syrie sous sa bannière sunnite après la mort de Nur ad-Din en 1174, bouleverse l'équilibre du Proche-Orient.
En 1187, sa victoire écrasante à la bataille de Hattin anéantit l'armée croisée du royaume de Jérusalem et aboutit à la reconquête de la ville sainte, tombée sans effusion de sang après des négociations menées par Balian d’Ibelin.
Face à cette catastrophe, la chrétienté européenne réagit. Le pape Grégoire VIII lance un appel solennel à la croisade dans la bulle Audita tremendi (1187), exhortant les princes chrétiens à reprendre Jérusalem. La Troisième Croisade s’organise autour de trois figures majeures : Frédéric Barberousse, empereur du Saint-Empire romain germanique, Philippe Auguste, roi de France, et Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre.
Saint-Jean d'Acre remise à Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion
Les forces en présence
L'armée musulmane de Saladin
Saladin commande un empire s’étendant de l’Égypte à la Syrie, mais son pouvoir repose sur un équilibre fragile entre les Kurdes, les Turcs et les Arabes. Son armée est une coalition multiethnique composée de cavaliers légers pour le harcèlement et d’infanterie disciplinée. Saladin pratique une stratégie d’usure, cherchant à exploiter les faiblesses logistiques des croisés.
L'Empire de Saladin
Les armées croisées
- Frédéric Barberousse mobilise une armée massive de plus de 100 000 hommes, traversant l’Europe centrale et l’Asie Mineure. Sa mort tragique dans un accident en 1190 désorganise ses forces, réduisant leur impact.
- Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, alliés fragiles, commandent des contingents français et anglais bien équipés. Richard, stratège brillant, utilise l’Angleterre et les terres angevines pour lever une flotte impressionnante.
Les grandes étapes de la croisade
La croisade allemande et la mort de Frédéric Barberousse
Frédéric Barberousse quitte Ratisbonne en 1189, traverse l’Europe orientale et franchit les Balkans pour entrer en territoire byzantin. L'empereur byzantin Isaac II Ange complique son passage, mais Frédéric force la traversée.
Après une victoire contre le sultan seldjoukide de Roum à Iconium, il atteint la Cilicie, mais se noie en traversant la rivière Saleph en juin 1190. La mort de Barberousse provoque l’effondrement de l’armée germanique, dont une faible partie rejoint les autres croisés à Saint-Jean-d’Acre.
La croisade franco-anglaise et la conquête de Chypre
Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion partent de Vézelay en 1190 mais se séparent en Méditerranée.
Richard, après une tempête, débarque à Chypre, où il défait Isaac Doukas Comnène, gouverneur rebelle. Richard vend l'île aux Templiers, qui la cèdent ensuite à Guy de Lusignan, offrant une base stratégique durable pour les croisés.
Carte : les routes des croisades
Le siège de Saint-Jean-d'Acre (1189-1191)
L’événement central de la croisade est le siège de Saint-Jean-d’Acre, commencé par Guy de Lusignan et renforcé par les croisés arrivés d'Europe. La ville, défendue par les troupes de Saladin, résiste deux ans avant de capituler en juillet 1191, sous la pression combinée des troupes de Philippe Auguste et Richard.
Cette victoire cruciale redonne espoir aux croisés, même si le massacre des défenseurs ordonné par Richard Coeur de Lion fait tâche sur la victoire.
Siège de St-Jean d'Acre
Cependant, des tensions apparaissent entre les deux rois : Philippe soutient Conrad de Montferrat comme prétendant au trône de Jérusalem, tandis que Richard favorise Guy de Lusignan. Après la prise d’Acre, Philippe quitte la Terre Sainte, laissant Richard seul face à Saladin.
La bataille d’Arsouf (7 septembre 1191)
Richard mène une campagne méthodique pour reprendre la côte palestinienne, progressant vers Ascalon. À Arsouf, il inflige une défaite décisive à Saladin, consolidant les positions croisées le long du littoral. Cette victoire, obtenue grâce à la discipline des croisés et à une charge massive de chevaliers, renforce le prestige de Richard.
Les campagnes autour de Jérusalem
La reconstruction de Jaffa et Ascalon
Plutôt que d’attaquer immédiatement Jérusalem, Richard choisit de sécuriser ses arrières en fortifiant les villes côtières, notamment Jaffa et Ascalon. Cette stratégie défensive reflète sa méfiance envers la capacité des croisés à tenir Jérusalem sans un contrôle total des lignes d’approvisionnement.
Les négociations et les limites de la croisade
Richard marche plusieurs fois vers Jérusalem, atteignant Beit Nuba, à 20 km de la ville. Cependant, il renonce à l’assiéger, estimant que les croisés ne pourront défendre la ville face à une contre-offensive de Saladin. Les discussions entre Richard et Al-Adel, frère de Saladin, aboutissent à un compromis fragile : Jérusalem reste sous contrôle musulman, mais les pèlerins chrétiens obtiennent un accès libre aux lieux saints.
Carte : la troisième croisade
Le traité de paix et les conséquences
Le 2 septembre 1192, Richard et Saladin concluent une trêve mettant fin à la croisade. Les croisés conservent un territoire côtier de Tyr à Jaffa, mais renoncent à Jérusalem. Ce traité garantit également la sécurité des pèlerins chrétiens et établit une coexistence pacifique relative.
Richard quitte la Terre Sainte en octobre 1192 pour faire face à des crises en Europe. Saladin, affaibli par la guerre, meurt l’année suivante, laissant un empire ayyoubide affaibli.
La croisade permet la reconquête de Saint-Jean-d’Acre et du littoral assure la survie des États latins d’Orient pendant près d’un siècle. L’organisation des places fortes comme Jaffa et Ascalon montre une stratégie pragmatique visant à sécuriser les routes maritimes.
Les reconquètes de la troisième croisade
Conclusion
La Troisième Croisade est un tournant dans l’histoire des croisades. Si elle ne parvient pas à inverser complètement les succès de Saladin, elle stabilise temporairement la présence chrétienne en Terre Sainte.
Elle met aussi en lumière les tensions politiques internes des deux camps, tout en illustrant le respect et la rivalité entre deux figures emblématiques : Richard Cœur de Lion et Saladin. Au-delà de la guerre, cette croisade marque un moment de dialogue et de coexistence qui inspirera les relations futures entre croisés et musulmans.







