La Neuvième Croisade : La Dernière Flamme des Expéditions Médiévales



La neuvième croisade, menée entre 1271 et 1272 par le prince Édouard d’Angleterre (futur Édouard Ier), marque l’épilogue des grandes croisades médiévales. Bien que modeste en ambition et en échelle comparée à ses prédécesseurs, cette croisade incarne le dernier souffle des expéditions chrétiennes en Terre Sainte. Ce récit tragique, mêlant bravoure, alliances improbables, et échecs face à un monde musulman consolidé, souligne la fin d’une époque.

Un Royaume de Jérusalem sur le déclin

À la fin du XIIIe siècle, les États croisés, autrefois florissants, ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils furent. En 1268, le sultan mamelouk Baybars, stratège redoutable, inflige des coups fatals au royaume de Jérusalem en s’emparant d’Antioche et de Jaffa. Ces pertes font planer une menace existentielle sur les dernières bastions chrétiens, notamment Saint-Jean-d'Acre.

En Europe, la nouvelle des défaites alarme les nobles. Édouard, prince héritier d’Angleterre, décide de prendre la croix, motivé par un esprit de chevalerie et de foi. Cependant, la huitième croisade de Louis IX de France, détournée vers Tunis en 1270, se solde par un échec retentissant et la mort du roi. La responsabilité de porter l’étendard des croisés retombe sur Édouard.



mort de Louis IX devant Tunis

La Neuvième Croisade : Une tentative isolée

Le départ d’Édouard

En 1271, Édouard, accompagné d’un millier d’hommes seulement, quitte l’Europe pour la Terre Sainte. Contrairement aux croisades précédentes, cette expédition ne bénéficie pas d’un soutien massif des royaumes européens, épuisés par des décennies de conflits internes et de croisades infructueuses.

Son arrivée à Acre, bastion des croisés, coïncide avec une situation critique : Baybars continue ses campagnes, menaçant Tripoli et les dernières forteresses latines.



Les Etats latins dans la deuxième partie du XIIIème siècle

L’arrivée en Terre Sainte

Dès son arrivée, Édouard est frappé par une réalité choquante : des marchands chrétiens, notamment vénitiens, vendent des armes aux Mamelouks. Ces transactions, bien qu’excommuniées par le pape, persistent, révélant les tensions entre intérêts commerciaux et religieux. Malgré ses protestations, Édouard est impuissant à les stopper.

Conscient de la nécessité de renforcer ses rangs, Édouard mise sur une alliance avec les Mongols. Il dépêche des émissaires à Abagha, khan houlagide de Perse, espérant une intervention militaire. Cette stratégie s’appuie sur une vision pragmatique : l’alliance avec un ennemi traditionnel de l’Islam pourrait renverser la situation.

Les incursions militaires

En septembre 1271, les Mongols envoient une armée de 10 000 cavaliers en Syrie. Ils pillent les alentours d’Alep et d’Apamée ( voire carte) mais évitent un affrontement direct avec Baybars. Les forces croisées, renforcées par ce soutien temporaire, lancent plusieurs offensives, notamment à Qaqun. Ces attaques, cependant, échouent à infliger des pertes significatives aux Mamelouks.

Édouard mène également des raids, dont une incursion réussie à Al-Bana, où il revient avec un riche butin. Cependant, ces victoires locales ne suffisent pas à renverser la balance en faveur des croisés.



La tentative d’assassinat

En juin 1272, Édouard est victime d’une tentative d’assassinat. Des Nizârites, peut-être envoyés par Baybars, se présentent sous prétexte de conversion au christianisme, mais l’attaquent avec des poignards. Bien qu’il en réchappe, Édouard est gravement blessé. Cet incident illustre les périls auxquels étaient confrontés les croisés dans un territoire hostile et fragmenté.

Le départ

Face à un manque de soutien logistique et militaire, Édouard conclut une trêve de dix ans avec Baybars en mai 1272. Ce traité, signé à Césarée, marque une reconnaissance tacite de l’impuissance des croisés face à la puissance mamelouke.

Le 22 septembre 1272, Édouard quitte la Terre Sainte pour retourner en Angleterre, où il doit succéder à son père Henri III, décédé en novembre. La croisade s’achève sans grande victoire, mais elle préserve temporairement les derniers bastions latins.

Conséquences et héritage

Une croisade sans lendemain

La neuvième croisade fut la dernière grande expédition militaire chrétienne en Orient. Bien que brève et modeste, elle symbolisa les ultimes efforts européens pour maintenir une présence en Terre Sainte. 

Malgré les accords avec Baybars, les dernières villes croisés, dont Acre, tomberont en 1291, marquant la fin des États latins d’Orient.

Un tournant stratégique

La neuvième croisade révéla les limites des croisades militaires. Les divisions internes, les intérêts commerciaux concurrents et la supériorité stratégique des Mamelouks sapèrent les ambitions des croisés. L’idée même de croisade déclina après cet échec, cédant la place à des politiques plus réalistes, centrées sur l’Europe et la Méditerranée.

Conclusion

La neuvième croisade clôt un chapitre important de l’histoire médiévale. Portée par des figures comme Édouard d’Angleterre, elle incarne une époque où la foi et l’ambition se heurtaient à des réalités géopolitiques de plus en plus complexes. Avec elle s’éteint le rêve de reconquérir durablement la Terre Sainte, laissant place à un monde médiéval en transition vers de nouveaux horizons.