Les Hospitaliers



L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, aussi connu sous le nom d’Hospitaliers, est une institution religieuse et militaire qui a marqué près de huit siècles d’histoire européenne et méditerranéenne. Né dans les croisades, il s’est transformé en une puissance maritime avant de devenir un ordre humanitaire moderne. Son histoire, riche et complexe, reflète les grandes mutations du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Revenons en détail sur cette fascinante épopée.

Les Origines : L’Hôpital de Jérusalem et la Première Croisade

Un hospice pour les pèlerins

L’histoire de l’Ordre commence au XIe siècle à Jérusalem, sous domination musulmane. Un monastère bénédictin fondé par des marchands amalfitains incluait un hospice destiné à accueillir les pèlerins chrétiens. Sous la direction de Frère Gérard, cet hospice se consacrait à soigner les malades et à offrir un refuge aux voyageurs en Terre sainte.

La prise de Jérusalem par les Croisés en 1099 transforma profondément cet établissement. Désormais au cœur du royaume de Jérusalem, l’hospice devint un pilier de la Chrétienté en Orient. En 1113, le pape Pascal II reconnut officiellement l’institution par une bulle pontificale, lui conférant son autonomie et la protection papale. Gérard devint le premier maître d’un ordre qui combinait charité et foi.

De l’hôpital à la guerre

Sous Raymond du Puy, successeur de Gérard, l’Ordre évolua pour répondre aux nouveaux défis. La règle, inspirée de celles de saint Augustin et de saint Benoît, structura l’Ordre autour de trois fonctions :

  • Frères chapelains, dédiés à la prière et aux sacrements.
  • Frères servants, en charge des soins hospitaliers et des tâches administratives.
  • Frères chevaliers, dont la mission était de défendre les pèlerins et les territoires chrétiens.

Dès 1136, l’Ordre reçut des forteresses pour protéger les routes des pèlerins, comme Gibelin et le célèbre Krak des Chevaliers. Ainsi, les Hospitaliers devinrent une puissance militaire essentielle au royaume de Jérusalem.

Les Hospitaliers en Terre Sainte

Le rôle militaire et politique

En plus de leurs missions hospitalières, les Hospitaliers jouèrent un rôle militaire et politique majeur dans les États latins d’Orient. Ils construisirent et administrèrent des forteresses stratégiques comme Margat et Belvoir, et participèrent activement aux batailles pour défendre le royaume.

Cependant, malgré leurs efforts, les Croisés perdirent progressivement leurs territoires. En 1187, Jérusalem fut conquise par Saladin, forçant l’Ordre à se replier sur Saint-Jean-d’Acre. Cette ville devint leur dernier bastion avant sa chute en 1291, marquant la fin des États latins.

Le repli à Chypre

Après la perte de Saint-Jean-d’Acre, les Hospitaliers s’installèrent sur l’île de Chypre. Le roi Henri II de Lusignan, méfiant envers cette organisation puissante, limita leur autonomie.

C’est dans ce contexte difficile que l’Ordre chercha à se réorganiser. Sous Guillaume de Villaret, une nouvelle structure administrative fut mise en place, incluant les fameuses Langues regroupant les frères selon leur origine (Provence, Auvergne, France, etc.).

Rhodes : La Souveraineté Maritime

La conquête de Rhodes (1306-1310)

Le véritable renouveau de l’Ordre commença avec la conquête de l’île de Rhodes en 1310. Après une campagne militaire contre les Byzantins, les Hospitaliers s’établirent comme souverains de cette île stratégique. Rhodes leur offrit une base solide pour organiser leur défense et lancer des offensives maritimes contre les Ottomans et les pirates musulmans.

Une puissance maritime

Rhodes devint un bastion chrétien en Méditerranée orientale. L’Ordre bâtit une flotte redoutable et développa une expertise navale qui lui permit de contrôler les routes commerciales. Les Hospitaliers, tout en continuant à gérer des hôpitaux, menaient des guerres de course contre les navires musulmans, renforçant leur rôle de rempart de la Chrétienté.

La chute de Rhodes

Cependant, face à la montée en puissance des Ottomans, les Hospitaliers ne purent maintenir leur position. En 1522, après un siège de plusieurs mois, Soliman le Magnifique força l’Ordre à quitter Rhodes. Impressionné par leur résistance, il leur permit de partir avec honneur, emportant leurs trésors et leurs archives.

Malte : L’Âge d’Or et la Guerre de Course

Une nouvelle base en Méditerranée

En 1530, l’empereur Charles Quint leur concéda l’archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile. En échange, les Hospitaliers s’engageaient à défendre la Méditerranée contre les Ottomans. L’île devint le nouveau bastion de l’Ordre, marquant une nouvelle ère.

Le Grand Siège de Malte (1565)

L’événement le plus marquant de cette période fut le Grand Siège de 1565. Les Ottomans, déterminés à éliminer cette enclave chrétienne, envoyèrent une armée massive pour assiéger l’île.

Sous la direction du grand maître Jean de Valette, les chevaliers résistèrent héroïquement, repoussant les assauts. Cette victoire renforça le prestige de l’Ordre et permit la construction de la nouvelle capitale, La Valette.

La prospérité par la guerre de course

Après Lépante (1571), l’Ordre s’investit dans la guerre de course, capturant des navires et des esclaves pour financer ses activités.

Malte devint un centre de commerce et de traite méditerranéenne, attirant marchands et corsaires. Cependant, cette activité controversée ternit parfois l’image de l’Ordre, perçu comme une organisation de corsaires.

La Chute et l’Éclatement de l’Ordre

La Révolution française et la prise de Malte

La Révolution française marqua un tournant fatal. Les biens de l’Ordre furent confisqués en France, affaiblissant considérablement ses finances. En 1798, Napoléon Bonaparte s’empara de Malte sur le chemin de son expédition en Égypte, forçant les Hospitaliers à l’exil.

Un éclatement inévitable

Privé de territoire, l’Ordre se dispersa. Certains membres se réfugièrent en Russie, où le tsar Paul Ier tenta de le réorganiser, mais cette tentative échoua. À la fin du XVIIIe siècle, l’Ordre perdit son rôle militaire, devenant une institution moribonde.

Un Héritage Durable

Malgré ces épreuves, l’Ordre survécut sous une forme humanitaire. Aujourd’hui, il existe sous le nom d’Ordre souverain militaire de Malte, reconnu internationalement. Fidèle à ses origines hospitalières, il se consacre à des missions médicales et sociales dans le monde entier.

L’histoire de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem est celle d’une institution capable de se réinventer face à l’adversité. De Jérusalem à Malte, en passant par Rhodes, les Hospitaliers ont marqué l’histoire militaire, religieuse et maritime de la Méditerranée, laissant un héritage profondément enraciné dans les valeurs de foi, de courage et de service.