L’Arabie pré-islamique : un monde fragmenté
Au début du VIIᵉ siècle, la péninsule Arabique est une terre morcelée, partagé entre différentes tribus.
Une grande partie de la péninsule est occupée par des tribus pastorales nomades qui élèvent des troupeaux et se déplacent en fonction des pâturages et des points d'eau. Pour ces hommes, l'honneur est une valeur cardinale, et imprégnera l'Islam à venir. On retrouve également des tribus sédentarisées dans les zones les plus fertiles, et dans les grandes villes marchandes, carrefours du commerce caravanier.
Tribu nomade
L’autorité politique ne dépasse guère les limites de la tribu : il n’existe pas d’État central ni de pouvoir fédérateur. Les conflits, souvent liés à l'accès aux pâturages et aux points d’eau ou à des querelles d’honneur, sont fréquents.
La Mecque occupe une place singulière. Cité caravanière, elle tire sa richesse de sa position stratégique sur les routes commerciales reliant le Yémen à la Syrie et à la Mésopotamie.
Elle est aussi un centre religieux : la Ka‘ba, sanctuaire préislamique, abrite de nombreuses idoles et attire les pèlerins. Le pèlerinage procure des revenus considérables aux Quraysh, la tribu dominante de la ville. Leur prestige repose donc sur la garde de ce sanctuaire et sur la prospérité économique qui en découle
Un riche mecquois
Sur le plan religieux, le polythéisme domine, mais la situation est plus nuancée qu’il n’y paraît. Des communautés juives vivent en Arabie, notamment à Yathrib (future Médine). Le christianisme est également présent, surtout dans les régions frontalières liées à l’Empire byzantin. En dehors de ces deux grandes religions, une multitude de sectes monothéistes voient le jour, qui dénoncent le culte des idoles.
Ce paysage religieux diversifié ouvre un espace de discours spirituel.
La prédication à La Mecque : un message de rupture
C’est dans ce contexte qu’émerge Mohammed, né vers 570 dans la tribu qurayshite de la Mecque. Marchand respecté, il mène une vie relativement ordinaire jusqu’à ses quarante ans, lorsqu’il affirme recevoir des révélations de l’ange Gabriel dans une grotte près de La Mecque.
Mohammed reçoit les révélations de l'Ange Gabriel
Son message est radical : il n’existe qu’un Dieu unique, Allah, créateur et juge suprême. Les idoles de la Ka‘ba sont des illusions. Mais la nouveauté ne réside pas seulement dans le monothéisme : Mohammed insiste sur la responsabilité morale et sociale de chacun.
Il prêche la justice, la solidarité, le partage des richesses. L’aumône envers les pauvres n’est pas une simple recommandation : elle devient un devoir religieux. Le Coran, récité par le Prophète et mémorisé par ses compagnons, associe constamment la foi en Dieu et l’action sociale.
Ce message bouleverse l’ordre établi. Les Quraysh voient dans la prédication de Mohammed une menace directe : d’abord spirituelle, car elle discrédite le culte polythéiste autour de la Ka‘ba ; ensuite économique, car si les pèlerins délaissent leurs idoles, c’est toute l’économie de La Mecque qui risque de s’effondrer. Les notables s’opposent alors avec vigueur à la nouvelle foi.
Les premiers musulmans subissent insultes et persécutions à la Mecque. La communauté reste minoritaire et fragile. Pourtant, Mohammed refuse de renoncer : il continue à prêcher.
Mohammed prêche l'Islam
La Hijra et la naissance d’une communauté politique
L’hostilité croissante des Quraysh pousse Mohammed et ses disciples à chercher refuge ailleurs. En 622, ils émigrent à Yathrib, qu'ils renomment Médine : c’est l'Hégire, événement fondateur qui marque le point de départ du calendrier musulman.
À Médine, Mohammed devient non seulement prophète mais aussi chef politique. Il arbitre les conflits, établit des alliances et unit différentes tribus arabes. Son autorité s’affermit, alors qu'il remplace petit à petit le système tribal par une unité et une égalité des hommes devant Dieu. Il fonde la première communauté musulmane.
Les tribus qui rejoignent l’islam bénéficient de la protection et de la solidarité de la communauté. La foi en Dieu donne un sens aux combats : les luttes tribales traditionnelles s'effacent devant l'idéal du jihad, d’un effort collectif pour défendre la nouvelle société.
La conquête de l’Arabie et l’héritage de Mohammed
En 630, Mohammed marche sur La Mecque à la tête d’une armée imposante. La ville se soumet presque sans combat.
Mohammed et son armée marchent sur la Mecque
Entré victorieux dans son lieu natal, il procède à un geste hautement symbolique : il détruit les idoles de la Ka‘ba et consacre le sanctuaire au culte exclusif d’Allah. Ce geste consacre la victoire du monothéisme sur le polythéisme arabe. La Mecque devient le centre spirituel de l’islam.
Après la conquête de La Mecque, de nombreuses tribus rallient Mohammed. Certaines par conviction religieuse, d’autres par pragmatisme politique. L’islam devient le ciment d’une unité arabe, capable de transcender les divisions tribales.
La ka'ba, aujourd'hui
À sa mort en 632, Mohammed laisse derrière lui un héritage considérable. En l’espace de deux décennies, il a transformé une prédication solitaire en un mouvement religieux et politique ayant unifié l’Arabie.
Par l’islam, il ne développe pas seulement un mouvement spirituel, mais impose des lois, et un véritable mode de société. Les bases de la shari‘a sont déjà posées dans le Coran et dans les décisions du Prophète. La fusion du spirituel et du temporel est un élément central de son œuvre. Ses successeurs, les califes, hériteront non pas de son rôle de prophète — car la révélation s’achève avec lui —, mais d’un pouvoir politique et religieux dont il vont se servir pour porter l’islam au-delà de l’Arabie.
Conclusion
La vie de Mohammed illustre le passage d’un monde éclaté, dominé par les solidarités tribales, à une société unifiée autour d’une foi et d’un projet commun. En vingt ans, il transforme l’Arabie, non seulement par la force de son message spirituel, mais aussi par une action politique pragmatique.
La naissance de l’islam n’est donc pas seulement un événement religieux : c’est aussi une révolution sociale et politique. En unifiant les tribus, en donnant un sens religieux aux solidarités humaines, Mohammed a posé les fondements d’une civilisation appelée à s’étendre bien au-delà de l’Arabie.







