Quand Jacques Ier monte sur le trône d’Angleterre en 1603, il se croit intouchable. Déjà roi d’Écosse sous le nom de Jacques VI, il hérite du royaume Tudor après la mort d’Élisabeth Ire, grâce à ses liens de sang avec le lointain Henri VII.
Souverain intelligent, féru de théologie, mais maladroit en politique, il rêve d’une monarchie absolue où le roi gouverne sans entrave. Face à lui, un Parlement anglais de plus en plus audacieux, qui refuse d’être réduit au rôle de figurant.
Un Roi, Deux Royaumes, Un Problème
Fils de Marie Stuart, Jacques a grandi en Écosse, un pays marqué par les guerres civiles et le poids des nobles, où le roi doit imposer son pouvoir par son autorité. Lorsqu’il arrive en Angleterre, il découvre une autre réalité : un royaume riche, mais dont le Parlement, plus organisé et institutionalisé, a pris l’habitude d’intervenir dans les affaires d’État.
Il espère imposer sa vision de roi de droit divin, selon laquelle il ne doit rendre de comptes qu'à Dieu.
Son accession est pourtant bien accueillie. L’Angleterre voit en lui l’occasion d’une union des couronnes, reliant Angleterre et Écosse sous une même dynastie. Mais très vite, ses ambitions absolutistes viennent heurter la volonté de contrôle du Parlement.
Un Parlement Réfractaire et des Caisses Vides
Là où Élisabeth Ire avait su jouer la prudence, Jacques Ier impose son autorité de manière brutale. Or, il a besoin d’argent, et pour lever de nouveaux impôts, il lui faut l’accord du Parlement. Mais les députés, bien décidés à défendre leurs prérogatives, s’opposent à lui.
Le roi tente alors de contourner l’obstacle : il lève des taxes sans consentement parlementaire et vend des titres de noblesse à prix d’or. Cette politique provoque la colère de la Chambre des Communes, qui s’affirme de plus en plus comme un contre-pouvoir.
En 1610, le conflit éclate ouvertement lorsque le Parlement refuse le plan de financement royal, la Grande Proposition. Jacques dissout alors l’assemblée et gouverne sans elle pendant une décennie.
L’Affaire des Favoris et la Fronde Parlementaire
Jacques Ier se repose sur une cour de favoris, notamment Robert Carr puis George Villiers, duc de Buckingham, ce qui alimente la méfiance du Parlement. On l’accuse de népotisme, de corruption et même de complaisance envers les catholiques, alors que l’Angleterre reste profondément anti-papiste.
George Villiers
Les tensions atteignent leur paroxysme en 1621, lorsque le Parlement critique ouvertement la politique étrangère du roi, qui tente un rapprochement avec l’Espagne.
Jacques, furieux, fait arrêter certains députés et tente d’imposer le silence. Mais la Chambre des Communes riposte en rédigeant une déclaration affirmant son droit à débattre de tous les sujets d’État. En réponse, Jacques déchire le document de ses propres mains et dissout à nouveau le Parlement.
Une Fin de Règne Sous Tension
À la fin de son règne, Jacques Ier est un roi isolé. Son rêve d’union parfaite entre l’Angleterre et l’Écosse s’est heurté aux résistances. Son Parlement lui a tenu tête, annonçant les conflits qui exploseront sous son fils, Charles Ier.
Il meurt en 1625, amer et désabusé, laissant derrière lui un royaume au bord de la guerre civile. Son entêtement à imposer une monarchie absolue aura semé les graines de la révolution anglaise, qui éclatera quelques décennies plus tard.

