La Première Révolution Anglaise : aux Origines



Lorsque Charles Ier monte sur le trône d'Angleterre en 1625, il hérite d'un royaume prospère mais fracturé. Son père, Jacques Ier, a ouvert une brèche profonde entre la monarchie et le Parlement en tentant d'imposer une vision absolutiste de la royauté.

Le jeune roi, qui partage la volonté absolutiste de son père, va exacerber ces tensions déjà existentes, qui vont atteidre leur paroxisme lors de la première révolution anglaise, au cours de laquelle le parlement va se révolter face au pouvoir royal.

Le Parlement Anglais : Un Contre-Pouvoir qui Monte en Force

Depuis la Magna Carta, imposée au roi Jean sans Terres en 1215, le pouvoir royal est encadré en Angleterre. Pour réaliser certaines réformes, particulièrement fiscales, le roi doit obtenir l'accord d'un conseil de baron : le Magnum Concilium. Le conseil connaît certaines évolutions, sous Henri III notamment, mais c'est pendant le règne d'Édouard Ier qu'un parlement prend véritablement forme. En 1295, il convoque le "Parlement Modèle" qui inclut nobles, ecclésiastiques, mais également des représentants du peuple, pour chaque comté et bourg. Petit à petit, l'assemblée se structure en deux chambres : 

  • la Chambre des Lords (rassemblant la noblesse et le haut clergé
  • la Chambre des Communes (regroupant les représentants des bourgeois et des petits propriétaires fonciers)

Cette division en deux chambre à encore cours en Angleterre, même si les modalités d'accession aux chambres ont beaucoup changé.



Le lieu de rassemblement de la chambre des Lords, aujourd'hui situé dans le palais de Westminster

Au XVIème siècle, le parlement reste un organe consultatif. Mais à mesure que la monarchie anglaise se développe, notamment sous les Tudors, le Parlement acquiert un poids politique croissant.

Sous Henri VIII, il devient un instrument du pouvoir royal, adoptant les lois nécessaires à la rupture avec Rome. Mais cette soumission est temporaire : à mesure que la société anglaise se complexifie, l'aristocratie et la bourgeoisie y voient un espace politique essentiel.

La réforme anglicane, en réduisant le pouvoir du clergé et en redistribuant les terres désormais aux mains des laïcs, renforce l'influence de la gentry (propriétaires terriens) et des marchands. Ce sont eux qui, progressivement, imposent une vision selon laquelle le Parlement n'est pas qu'un simple organe de validation des décisions royales, mais un véritable contre-pouvoir.

Jacques Ier, habitué à la royauté absolue en Écosse, se heurte très vite à ce Parlement anglais bien plus récalcitrant que ses homologues continentaux. Il revendique la théorie du "droit divin des rois", affirmant que son pouvoir vient directement de Dieu et ne peut être limité par aucune institution humaine.



Jacques Ier pose avec un sceptre et une orbe royale, deux attributs symboliques du pouvoir de droit divin.

Pourtant, il est contraint de composer avec les Communes, qui refusent de voter les impôts qu'il exige sans obtenir en retour des garanties politiques. C'est ainsi que naissent les premiers conflits, notamment autour des finances royales et de la politique étrangère.

Charles Ier et la Montée des Tensions (1625-1640)

L'arrivée de Charles Ier en 1625 ne fait qu'exacerber ces tensions. Convaincu, encore plus que son père, de son droit divin à gouverner sans entraves, il réprime violemment toute opposition.



Le roi Charles Ier

Le Parlement refuse de financer ses expéditions militaires mal préparées contre l'Espagne et la France, ce qui pousse Charles à contourner l'institution en levant des impôts illégaux, comme le "Ship Money". Cet impôt maritime, traditionnellement prélevé sur les villes côtières en cas de guerre, est étendu à l'ensemble du pays, suscitant une vague d'indignation.

Face à ces abus, le Parlement adopte en 1628 la Petition of Right, qui réaffirme plusieurs principes fondamentaux : interdiction des impôts sans consentement parlementaire, interdiction des emprisonnements arbitraires et du logement forcé des soldats chez les habitants. Charles signe le texte, mais refuse d'en respecter les termes.

En 1629, il dissout le Parlement et commence ce que l'on appelle la "Tyrannie personnelle" : onze ans de gouvernement sans aucune assemblée.



John Finch, président du parlement, sera plaqué sur son siège par les députés, retardant la dissolution le temps d'adopter une dernière résolution. 

Durant cette période, Charles tente de gouverner par décrets, mais sans le soutien du Parlement, ses finances s'amenuisent rapidement. Il suscite aussi la colère religieuse : en imposant l'anglicanisme à l'Écosse presbytérienne, il déclenche une révolte ouverte. Les guerres des Évêques (1639-1640), menées contre les Covenantaires écossais, se soldent par des humiliations militaires et l'obligent à rappeler un Parlement en 1640 pour obtenir des fonds. Mais ce Parlement, appelé "Short Parliament", est dissous en quelques semaines lorsqu'il refuse de lui obéir.

Quelques mois plus tard, Charles doit en convoquer un nouveau : le "Long Parliament" (1640-1660). Cette fois, les parlementaires prennent leur revanche. Ils font exécuter Thomas Wentworth, comte de Strafford et principal conseiller du roi, abolissent les tribunaux d'exception qui servaient d'instruments de répression royale et limitent les pouvoirs fiscaux du souverain.



Le comte de Strafford, mené à l'échaffaud, reçoit les derniers sacrements par l'archevêque Laud, lui aussi emprisonné.

La Grande Remontrance, déclaré par le parlement en 1641, liste toutes les fautes du roi et exige un contrôle parlementaire renforcé sur l'exécutif.

Le Point de Rupture : La Guerre Civile (1642)

Face à cette fronde, Charles Ier réagit avec brutalité. Le 4 janvier 1642, il tente d'arrêter cinq leaders parlementaires à la Chambre des Communes, accompagné de soldats armés. Mais les députés, alertés, ont déjà fui. Cet épisode marque un tournant : plus personne ne fait confiance au roi. Londres se soulève contre lui, et Charles est contraint de quitter la capitale.

En août 1642, il lève son étendard à Nottingham, marquant le début officiel de la guerre civile. L'Angleterre entre alors dans une période de chaos. La guerre civile anglaise vient de commencer, et avec elle, l’une des plus grandes transformations politiques de l’histoire britannique.