La Glorieuse Révolution (1688-1689)



La Glorieuse Révolution marque l’un des tournants les plus décisifs de l’histoire de l’Angleterre. Sans véritable bain de sang, elle entraîne la chute du roi Jacques II, l’ascension au trône de Guillaume III d’Orange et de Marie II

Cet événement met un terme aux aspirations absolutistes des Stuarts et consacre la suprématie du Parlement sur la monarchie, ouvrant la voie à la monarchie constitutionnelle

Le retour des Stuarts et les tensions persistantes

Après la chute de la dictature d’Oliver Cromwell, le Parlement anglais restaure la monarchie en 1660 en rappelant Charles II, fils de Charles Ier, exécuté en 1649. Malgré son règne placé sous le signe de la réconciliation, Charles II entretient des rapports ambigus avec le Parlement.

Si la monarchie est restaurée, elle ne retrouve pas tous ses anciens pouvoirs, et l’Angleterre reste profondément marquée par les conflits religieux et institutionnels qui ont jalonné le siècle. Les tensions entre catholiques et protestants, exacerbées par la guerre civile et la république puritaine, ne sont pas apaisées. Le parlement, traditionnellement protestant, reste très méfiant vis à vis de ce roi écossais, qui se serait pris de certaines sympathies catholiques pendant son exil en France.



Portrait de Charles II

Son alliance secrète avec la France de Louis XIV et sa tentative d’accroître son autorité personnelle n'arrangent pas les choses, et réveillent la méfiance du Parlement. Il tente de contourner l’influence de ce dernier en gouvernant avec des ministres fidèles et en s’appuyant sur des subsides français, ce qui lui permet d’éviter de trop solliciter les finances parlementaires, source historique de tension, qui avait déclenché une guerre civile sous le règne de son père !

En 1673, face à la crainte d'une influence grandissante des catholiques dans l'armée et le gouvernement, et qui pourrait être favorisé par la trop grande indulgence du roi à leur égard, le parlement vote l’adoption du Test Act, une résolution qui interdit aux catholiques d’occuper des fonctions publiques. 

À la mort de Charles en 1685, le Test Act n'empêche pourtant pas son frère Jacques II, ouvertement catholique, de lui succéder. Celui-ci gouverne avec une politique autoritaire et religieuse qui met rapidement le pays en ébullition. Il cherche à restaurer le catholicisme en accordant des droits aux catholiques et en plaçant des fidèles à des postes-clés.



Le roi Jacques II

Son rejet du Parlement et ses décisions arbitraires font craindre une dérive absolutiste comparable à celle de Louis XIV. Lorsqu’en 1688, il a un fils, Jacques François Stuart, la perspective d’une dynastie catholique sur le trône anglais provoque une crise politique majeure.

Le renversement de Jacques II : Une révolution éclaire

Face à la menace d’un retour au catholicisme, une coalition de parlementaires et de nobles protestants envoie une invitation secrète à Guillaume d’Orange, époux de Marie, fille aînée de Jacques II et protestante convaincue.

Guillaume, stathouder (gouverneur) des Provinces-Unies, a tout intérêt à intervenir : une Angleterre alliée à la France de Louis XIV menacerait l’équilibre des forces en Europe. Il débarque en Angleterre en novembre 1688 avec une flotte et une armée impressionnantes.



Guillaume III débarque en Angleterre

La campagne militaire est presque inexistante. Jacques II, lâché par son armée et ses principaux soutiens, prend la fuite vers la France, où Louis XIV lui offre refuge. Cet abandon marque la fin de son règne et permet à Guillaume et Marie de s’installer sans effusion de sang à Londres. L’Angleterre bascule alors dans une nouvelle ère politique.

Les conséquences : Vers une monarchie parlementaire

En 1689, le Parlement proclame Guillaume III et Marie II rois d’Angleterre, non pas par droit divin, mais par la volonté de la nation. Ce basculement institutionnel s’accompagne d’une clarification des pouvoirs. Le Bill of Rights, adopté la même année, pose les bases d’une monarchie constitutionnelle en limitant les prérogatives royales et en affirmant la suprématie du Parlement. Il interdit au roi de suspendre les lois sans l’accord parlementaire, de lever des impôts sans son consentement et garantit des élections libres.

Cette révolution transforme profondément le paysage politique anglais. Désormais, le souverain règne, mais ne gouverne plus sans le Parlement. La monarchie anglaise ne sera plus jamais absolue et cette transition influence durablement le développement des régimes constitutionnels en Europe.

Loin d’être une simple crise dynastique, la Glorieuse Révolution marque une victoire décisive du Parlement sur la couronne et consacre le modèle britannique d’une monarchie parlementaire stable et équilibrée. Elle scelle également la rupture définitive avec les ambitions absolutistes des Stuarts, offrant à l’Angleterre une stabilité qui lui permettra d’asseoir sa puissance au siècle suivant. 

Le parlement, composé de marchands et de bourgeois, va orienter la politique anglaise selon des intérêts économiques, qui, à terme, formeront la ligne directrice très efficace d'un Empire en construction.