L’apogée maritime et les guerres anglo-néerlandaises



La domination maritime : les Provinces-Unies au sommet de leur gloire

À leur apogée, les Provinces-Unies devinrent la puissance maritime incontestée du XVIIe siècle.

Ce petit État, forgé par la révolte contre l'Espagne, parvint à contrôler les routes commerciales mondiales grâce à une marine redoutable et une flotte marchande sans égale.

Avec plus de 15 000 navires en activité au milieu du XVIIe siècle, les Néerlandais transportaient une grande partie des marchandises européennes et exotiques, faisant de leurs ports – notamment Amsterdam et Rotterdam – les centres névralgiques du commerce mondial.

La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), fondée en 1602, joua un rôle central dans cette ascension. Dotée d'un quasi-monopole sur le commerce asiatique, la VOC établit des comptoirs, des colonies et des bases navales dans des endroits stratégiques comme Batavia (Jakarta), Ceylan (Sri Lanka) et le Cap de Bonne-Espérance.

La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC), créée en 1621, s’intéressait quant à elle à l’Atlantique, menant des expéditions en Afrique et dans les Amériques.



Carte : les routes commerciales néerlandaises

Grâce à ces réseaux mondiaux, les Provinces-Unies devinrent le carrefour des épices, du sucre, du tabac, du café, et bien d’autres marchandises exotiques, accumulant des richesses prodigieuses.

Les guerres anglo-néerlandaises : une lutte pour la suprématie

Si cette domination maritime plaçait les Néerlandais au cœur de l’économie mondiale, elle les rendait également vulnérables. Les autres puissances maritimes, notamment l’Angleterre, considéraient la montée en puissance néerlandaise comme une menace à leur propre influence.

La première guerre anglo-néerlandaise (1652-1654)

Sous le régime du Commonwealth dirigé par Oliver Cromwell, l’Angleterre chercha à limiter la puissance commerciale des Provinces-Unies en adoptant l’Acte de navigation en 1651.

Cette législation obligeait les marchandises importées en Angleterre à être transportées soit par des navires anglais, soit par des navires appartenant aux pays producteurs, excluant de fait les hollandais, qui ne pourraient plus vendre de produits exotiques sur le marché anglaisPour les Néerlandais, cela représentait une déclaration de guerre économique.

Le conflit qui s’ensuivit fut dominé par des batailles navales épiques. Bien que la marine néerlandaise, dirigée par des amiraux talentueux comme Maarten Tromp et Michiel de Ruyter, remporta des victoires notables, elle ne put empêcher une défaite stratégique.



La bataille de Schéveningue (1653)

Le traité de Westminster, signé en 1654, imposa aux Provinces-Unies des conditions commerciales restrictives.

La deuxième guerre anglo-néerlandaise (1665-1667)

La rivalité entre l’Angleterre et les Pays-Bas ne tarda pas à reprendre. Sous le règne de Charles II, l’Angleterre chercha une nouvelle fois à affaiblir les Provinces-Unies.

Un conflit éclata, mais cette fois-ci les néerlandais prirent l'avantage après une victoire éclatante à la célèbre bataille des Quatre Jours (1666).



Le "Prince Royal" (pavillon anglais), navire amiral de la flotte anglaise, est capturé à l'issue de la bataille

La guerre se termina par le traité de Bréda (1667), qui consacra temporairement la supériorité néerlandaise. La marine néerlandaise commandé par Michiel de Ruyter, avait même osé attaquer la Tamise, détruisant des navires anglais dans leur propre port.

La troisième guerre anglo-néerlandaise (1672-1674)

Cette fois, l’Angleterre s’allia avec la France de Louis XIV contre les Provinces-Unies. Cette période, connue comme l’année de la catastrophe (1672) pour les Néerlandais, vit leur territoire envahi par les troupes françaises.

Pourtant, grâce à la défense résolue de la flotte et à des inondations stratégiques des terres immergeables, les Provinces-Unies parvinrent à survivre. La guerre se termina par le traité de Westminster (encore) en 1674, marquant le début du déclin maritime néerlandais.



La bataille de Texel (1673)

Le basculement des rapports de force

Si les Provinces-Unies réussirent dans un premier temps à faire face à leurs rivaux, les guerres anglo-néerlandaises révélèrent des limites endémique à cette petite république maritime.

L’Angleterre, plus vaste et plus peuplée, commença à dépasser les Pays-Bas en puissance maritime et commerciale. En outre, le coût des guerres pesa lourdement sur l’économie néerlandaise.

Le siècle d'or néerlandais était à son zénith, mais des fissures apparaissaient. Tandis que l’Angleterre consolidait son empire colonial, les Provinces-Unies se trouvaient de plus en plus en position défensive. L’émergence de la France comme puissance continentale compliquait encore davantage leur position.