L'Expansion Coloniale et Impériale



Le XVIIIe siècle marque l'affirmation d'un impérialisme britannique à l'échelle planétaire. Sur les mers, puis dans les colonies, l'Angleterre impose sa domination, dictée autant par des intérêts économiques que par une volonté politique et militaire. Grâce à ses victoires stratégiques, son maillage commercial et ses alliances fluctuantes, elle va s'affirmer comme la première puissance mondiale.

Une Puissance Navale Hégémonique

L'expansion de l'Empire britannique repose d'abord sur la Royal Navy, indiscutablement la plus puissante flotte du XVIIIe siècle. La victoire décisive sur la France lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763) achève d'asseoir cette domination. Loin d'être un simple affrontement européen, ce conflit prend une dimension mondiale : en Amérique du Nord, dans les Caraïbes, en Afrique et jusqu'en Inde, Britanniques et Français s'affrontent pour le contrôle des routes commerciales et des colonies.

Le traité de Paris de 1763 est un tournant majeur. L'Angleterre en sort grandie, s'appropriant le Canada, la Floride et la vallée de l'Ohio, chassant définitivement la France de l'Inde (à l'exeption de cinq comptoires, dont Pondichéry) et s'emparant de points stratégiques dans les Antilles.



L'annexion des territoires français en Amérique du Nord, après le traité de Paris

L’Inde et la Montée en Puissance de la Compagnie des Indes Orientales

L'Inde devient rapidement le joyau de l'Empire britannique. Si la présence anglaise y remonte au XVIIe siècle, c'est au XVIIIe que la Compagnie britannique des Indes orientales établit sa domination effective. Après la bataille de Plassey en 1757, Robert Clive et la Compagnie prennent le contrôle du Bengale, à la faveur d'un réseau complexe d'alliances et de trahisons.



Robert Clive rencontre Mir Jafar, après la bataille de Plassey

En 1765, l’Empire moghol, affaibli, cède aux Britanniques le droit de percevoir l'impôt en Inde. L'Angleterre ne se contente plus du commerce : elle gouverne directement des territoires, met en place une administration coloniale et exploite les ressources locales pour alimenter son économie.


L’Empire des Amériques : De l’Expansion à la Rébellion

Si le XVIIIe siècle voit la consolidation de l'Empire britannique en Amérique du Nord, il en marque également la perte partielle. Après la victoire sur la France en 1763, les colons britanniques des treize colonies ne voient plus la nécessité de la protection anglaise. Plus encore, la politique fiscale du britannique, visant à récupérer les coûts de la guerre, provoque un profond mécontentement.

Les taxes imposées par le Stamp Act (1765) et le Tea Act (1773) conduisent à des protestations qui culminent avec la révolution américaine en 1775.

La guerre d'indépendance (1775-1783) finit par déposséder l'Angleterre d'une partie de son empire américain, consacrée par le traité de Paris de 1783 (encore un) qui reconnaît l'indépendance des États-Unis.



Georges Washington traverse le Delaware, pendant la Guerre d'Indépendance

Le Commerce Triangulaire et l’Expansion en Afrique

Le XVIIIe siècle est aussi l'âge d'or du commerce triangulaire. L’Angleterre, grâce à ses colonies aux Antilles et en Amérique, devient l'un des principaux acteurs de la traite transatlantique des esclaves. Des millions d'Africains sont déportés vers les plantations de canne à sucre de la Jamaïque, de la Barbade et de Saint-Domingue, générant des profits colossaux pour les marchands anglais.



Schéma d'un navire de traite : les esclaves sont entassés comme de la marchandise, sans espace, livrés à la crasse.

L’implantation en Afrique de l'Ouest, avec des comptoirs comme celui de Cape Coast Castle (Ghana), permet de consolider ce commerce. Toutefois, à la fin du siècle, la montée de mouvements abolitionnistes va progressivement remettre en cause ce système.

Une Hégémonie Remise en Question

Malgré sa puissance, l’Angleterre doit faire face à de nouveaux défis en fin de siècle. La perte des colonies américaines, l'expansion française sous la Révolution, et la montée des idées républicaines remettent en question son modèle impérial.

Cependant, sa suprématie navale et sa capacité d'adaptation lui permettent d’entamer le XIXe siècle avec un empire plus vaste que jamais, prêt à devenir la première puissance du monde. Au long du XVIIIe siècle, elle aura jeté les bases, au prix du sang, de l'Empire britannique moderne.