Frédéric II de Prusse : Souverain éclairé et conquérant (1740-1786)



Frédéric II de Prusse, surnommé « Frédéric le Grand » ou affectueusement « le vieux Fritz », est l’une des figures les plus emblématiques du XVIIIe siècle européen.

Né en 1712 à Berlin et mort en 1786 à Potsdam, il règne sur la Prusse durant 46 ans, de 1740 à 1786. Son règne transforme ce royaume morcelé en une grande puissance européenne, grâce à des conquêtes territoriales, des réformes éclairées et une administration rigoureuse.

Avant d’examiner l’héritage laissé par Frédéric à sa mort, il convient d’explorer brièvement les origines du royaume de Prusse, son état en 1740 à son accession au trône, ses projets ambitieux pour son pays et les résultats obtenus au fil de son règne.

L’émergence du royaume de Prusse : les fondations d’un État puissant

 Le royaume de Prusse prend forme à partir du duché de Prusse (un territoire qui appartenait autrefois à l'ordre des Chevaliers Teutoniques et qui est devenu un État laÏque après leur chute au XVIème siècle)  et de la marche de Brandebourg. Les deux territoires sont unis sous l'égide de la même famille : celle des Hohenzollern.

L’ascension débute véritablement sous Frédéric-Guillaume (1620-1688), qui consolide le pouvoir central et renforce l’armée. En 1701, son successeur Frédéric Ier obtient le titre de roi en Prusse, marquant une étape décisive dans l’émancipation du territoire vis-à-vis du Saint-Empire romain germanique. 



Carte : l'émergence de la Prusse

Cependant, cette entité reste morcelée géographiquement, avec des provinces éparpillées à l’est (Prusse-Orientale) et à l’ouest (Brandebourg, duché de Clèves, Poméranie). Malgré ces obstacles, la Prusse se distingue déjà par une armée efficace et un système administratif rigoureux mis en place sous Frédéric-Guillaume Ier, père de Frédéric II, surnommé le « Roi-Sergent ».  À sa mort en 1740, il laisse à son fils un royaume bien organisé, mais encore limité en influence sur la scène européenne.



Frédéric-Guillaume Ier

Un royaume à transformer : La Prusse en 1740

Lorsque Frédéric II monte sur le trône en juin 1740, il hérite d’un État marqué par la rigueur militaire et administrative. L’armée prussienne est la troisième plus puissante d’Europe en termes d’effectifs, bien que le royaume soit relativement pauvre en ressources naturelles et en industries. Le rapport entre les forces armées et la population est exceptionnellement élevé, témoignant de l’importance accordée à la discipline militaire.

Malgré cette base solide, la Prusse souffre de son enclavement géographique, qui freine son développement économique et politique. Frédéric a conscience de ces limites et ambitionne de transformer son royaume pour en faire une puissance majeure en Europe. Ses priorités incluent l’expansion territoriale, le renforcement de l’administration et la promotion des arts et des sciences, dans un esprit inspiré des Lumières.

Les ambitions de Frédéric : expansion et modernisation

Frédéric commence son règne par un coup d’éclat. En décembre 1740, il envahit la Silésie, une région riche et stratégiquement importante appartenant à l’Autriche



Charge de grenadier prussiens lors des guerres de Silésie

Cette conquête marque le début des guerres de Silésie (1740-1763), au cours desquelles Frédéric s’affirme comme un stratège militaire hors pair. À l’issue de ces conflits, la Prusse annexe définitivement la Silésie, consolidant ainsi son territoire et augmentant considérablement ses ressources.



Carte : l'annexion de la Silésie en jaune

Parallèlement, Frédéric s’illustre comme un monarque éclairé.

Admirateur de Voltaire, avec qui il entretient une longue correspondance, il se positionne comme un roi-philosophe. Il introduit des réformes destinées à moderniser la Prusse : tolérance religieuse, amélioration de l’éducation, développement des infrastructures, et réformes économiques. Il encourage la culture et les sciences, notamment en renforçant l’Académie des sciences de Berlin et en attirant des intellectuels comme Leonhard Euler et Carl Philipp Emanuel Bach.



Leonhard Euler, immense mathématicien, passera 26 ans de sa vie à Berlin.

Cependant, Frédéric n’est pas sans cynisme. Lors du premier partage de la Pologne en 1772, il annexe la Prusse-Occidentale, reliant enfin ses territoires orientaux et occidentaux (voir sur la carte).

Cette expansion territoriale, bien que contestée par ses contemporains, consacre la Prusse comme une grande puissance européenne.

La Prusse en 1786 : L’héritage d’un règne

À la mort de Frédéric en 1786, la Prusse est méconnaissable par rapport à ce qu’elle était en 1740. Le territoire a considérablement grandi, passant de 120 000 à près de 195 000 kilomètres carrés, et la population a doublé, atteignant environ 6 millions d’habitants. L’armée prussienne, renforcée et modernisée, est désormais reconnue comme l’une des plus redoutables d’Europe.  



L'armée Prusse, lors de la Guerre de Sept ans (1756-1763), aura vaillament résisté aux armées de France, d'Autriche et de Russie.

Sur le plan administratif, Frédéric laisse un État centralisé et efficace. L’économie, bien que toujours dépendante de l’agriculture, bénéficie de réformes visant à accroître la productivité et à développer le commerce. Il introduit des cultures nouvelles, comme la pomme de terre, pour lutter contre les famines, et favorise le drainage des marais pour étendre les terres cultivables.

Frédéric a également marqué son règne par une certaine intolérance religieuse et culturelles, qu'elle soit motivée par des préjugés personnels (l'antisémitisme était alors répandu partout en Europe) ou qu'elle s'inscrive dans une stratégie cynique de renforcement de l'État (contre la puissance de l'Église Catholique par exemple). Profondément anticlérical, il discriminera les catholiques, aux côtés des juifs, des polonais et des slaves. A observer l'histoire de la Prusse dans son ensemble, ce qui ressemble à un simple détail de son règne traduit un certain état d'esprit de la société prussienne, et annonce les futures dérives d'un État culturellement militarisé, qui regarde avec d'arrogance et dégout ses voisins de l'Est.

Alors Voilà...

Frédéric II de Prusse a transformé un royaume fragmenté en une grande puissance européenne. Roi conquérant et administrateur éclairé, il laisse derrière lui un État agrandi, organisé et respecté sur la scène internationale.

Cependant, son règne n’est pas exempt de critiques, notamment en ce qui concerne son pragmatisme parfois cynique et ses politiques discriminatoires envers certaines populations.

Son héritage reste celui d’un monarque exceptionnel, qui a fait entrer la Prusse dans l’histoire comme un modèle d’efficacité et de discipline. À travers ses actions, Frédéric le Grand a pavé la voie à l’unification allemande et au rôle central que jouera la Prusse dans l’Europe des siècles suivants.