La colonisation de la Sibérie par la Russie est l’un des épisodes les plus impressionnants de son histoire impériale, transformant le pays en un immense territoire s’étendant de l’Europe à l’océan Pacifique. Ce processus, qui débute au XVIe siècle sous le règne d’Ivan IV (Ivan le Terrible), se déroule sur plusieurs siècles et repose sur une combinaison d’expéditions militaires, d’explorations économiques, et d’efforts de peuplement.
Le point de départ : La conquête du Khanat de Sibir
L’expansion russe vers l’est commence réellement en 1581, lorsque le chef cosaque Ermak Timofeïevitch, financé par la famille Stroganov, lance une expédition contre le Khanat de Sibir, un État tatare situé dans la région de l’Oural.
À l’aide de quelques centaines d’hommes équipés d’armes à feu, les cosaques écrasent les forces locales et capturent la ville d’Isker, marquant le début de la domination russe en Sibérie occidentale.
Cette victoire ouvre la porte à l’exploration et à la colonisation des vastes territoires situés au-delà des montagnes de l’Oural.
Tableau : Ermak conquiert la Sibérie
L’expansion à travers les grandes rivières
Après la conquête initiale, les Russes progressent rapidement le long des principales rivières de Sibérie, comme l’Ob, l’Irtych, et l’Ienisseï.
Ces cours d’eau deviennent des voies essentielles pour le commerce, le transport, et l'on construit des forteresses sur leurs rives. Les cosaques, souvent en avant-garde, établissent des ostrogs (forts) qui servent de centres militaires, commerciaux et administratifs. Ces avant-postes permettent aux Russes de contrôler progressivement le territoire et de repousser les tribus locales.
Motivations économiques et politiques
La colonisation de la Sibérie est avant tout motivée par l’économie.
La région est riche en ressources naturelles, notamment en fourrures, souvent surnommées "l’or doux". Les fourrures de zibelines et d’écureuils sont très prisées en Europe et deviennent une source de revenus importante pour l’État russe.
Pour garantir ces profits, les autorités instaurent le iasak, un impôt en fourrures payé par les peuples autochtones. Cette exploitation économique s’accompagne d’une violence importante à l’encontre des populations locales, souvent contraintes par la force à se soumettre à la domination russe.
Les défis de la colonisation
Les conditions climatiques rudes et l’immensité du territoire rendent la colonisation difficile. Les explorateurs et colons doivent affronter des hivers sibériens extrêmement rigoureux, des terres souvent inhospitaliers, et des attaques de tribus locales comme les Iakoutes ou les Evenks, qui résistent à l’invasion.
Célébration d'une fête Lakoute, aujourd'hui.
Ces peuples sibériens sont les ancêtres des amérindiens qui ont migrés sur le continent américain, et les deux ethnies se ressemble énormément. Comme leurs cousins américains, ils subissent la colonisation européenne dès le XVIème siècle.
L’apogée sous Pierre le Grand et l’exploration vers l’océan Pacifique
Au XVIIIe siècle, sous Pierre le Grand, la colonisation de la Sibérie prend un nouvel essor. Pierre encourage les explorations scientifiques et cartographiques, notamment à travers des expéditions comme celle de Vitus Béring, qui atteint l’océan Pacifique et découvre le détroit de Béring. Ces expéditions permettent de cartographier des régions éloignées et de poser les bases de la domination russe sur l’Extrême-Orient.
Carte : la Russie pousse vers l'Est
Un empire consolidé
À la fin du XVIIIe siècle, la Russie contrôle l’ensemble de la Sibérie, un territoire immense s’étendant de l’Oural au Pacifique. Cette expansion assure à l’Empire russe des ressources naturelles abondantes, une position géostratégique clé, et un rôle de puissance eurasiatique. Cependant, cette domination s’accompagne de l’assujettissement des peuples autochtones, qui subissent marginalisation, exploitation, et pertes démographiques.
La colonisation de la Sibérie illustre l’ambition russe d’étendre son empire à travers des terres inhospitalières et d’en tirer des bénéfices économiques, tout en affirmant son rôle de puissance territoriale majeure.



