Catherine II, surnommée Catherine la Grande, a régné sur la Russie de 1762 à 1796.
Son règne, marqué par des réformes audacieuses, une expansion territoriale spectaculaire, et une passion pour les idées des Lumières, a consolidé la Russie comme une grande puissance européenne. Cette figure complexe, à la fois visionnaire et autoritaire a laissé un héritage profondément ancré dans l’histoire de son pays.
Le contexte : Une Russie en transition
Lorsque Catherine II accède au trône en 1762, la Russie est déjà une puissance montante, grâce à des souverains comme Pierre le Grand. Cependant, elle reste une société profondément inégalitaire, avec une noblesse dominante et une population de serfs asservie.
Le pays, vaste mais mal structuré, nécessite des réformes pour répondre aux défis de modernisation et pour affirmer son rôle sur la scène internationale.
Catherine naît dans une petite principauté allemande. Elle se marie en 1745 au futur tsar Pierre III, puis parvient à s’imposer comme impératrice après un coup d’État qui renverse son époux en 1762.
Pierre III
Pierre III, en seulement six mois de règne, avait aliéné les nobles russes par son favoritisme envers des conseillers allemands, irrité l’Église orthodoxe en confisquant ses terres, et provoqué l’armée en signant une paix humiliante avec la Prusse, privant la Russie des gains de la guerre de Sept Ans.
Face à ces maladresses, Catherine, maintenue isolée à la cour par son mari qui s'affiche ouvertement avec ses maitresses, cultive des alliances stratégiques pour préparer son renversement.
Elle s’appuie sur le soutien des Gardes impériaux, séduits par les promesses et l’influence de son amant Grigori Orlov et de ses frères, ainsi que sur des factions nobles frustrées par Pierre.
L’organisation du coup repose sur une mobilisation rapide des régiments des Gardes, une proclamation publique de Catherine comme impératrice à Saint-Pétersbourg, et l’arrestation de Pierre, surpris et contraint d’abdiquer. La rapidité et la coordination de cette opération, soutenue par des élites civiles et militaires, assurent à Catherine une victoire décisive qui ouvre la voie à son règne historique.
Catherine au balcon du Palais d'Hiver, après le succès du coup d'État
Le despotisme éclairé : Catherine et les Lumières
Catherine II est profondément influencée par les idées des Lumières. Correspondant avec des philosophes comme Voltaire, Diderot et Montesquieu, elle tente d’introduire leurs idées en Russie, tout en les adaptant au contexte autoritaire du pays.
Son règne incarne ce que l’on appelle le despotisme éclairé : une gouvernance autocratique mais guidée par la raison et le progrès.
En 1767, elle convoque une commission législative pour rédiger un nouveau code de lois basé sur des principes de justice, d’égalité et de rationalité. Bien que ce projet reste inachevé, il reflète son désir d’instaurer des réformes profondes.
Catherine soutient également l’éducation, notamment en créant des écoles pour les filles et en encourageant la traduction de livres étrangers pour diffuser la connaissance.
Cependant, ses ambitions éclairées sont limitées par la réalité de l’autocratie russe. Si elle admire les idéaux de liberté et de raison, elle renforce néanmoins le système de servage, indispensable au soutien de la noblesse qui constitue sa base de pouvoir.
Tableau : vente d'une serve (1866)
Une expansion territoriale spectaculaire
L’un des aspects les plus marquants du règne de Catherine II est l’expansion des frontières de la Russie. Sous son règne, le territoire russe s’agrandit de plus de 500 000 kilomètres carrés, faisant de la Russie le plus grand empire d’Europe.
Ses principales réalisations incluent :
- Les Partages de la Pologne (1772, 1793, 1795) : Catherine joue un rôle clé dans le démembrement de la Pologne, annexant des territoires qui intègrent l’Ukraine occidentale, la Biélorussie et la Lituanie.
- Les conquêtes ottomanes : À travers les guerres contre l’Empire ottoman, elle sécurise l’accès de la Russie à la mer Noire et annexe la Crimée en 1783, ouvrant la voie à l’expansion russe vers le Caucase et la Méditerranée.
- L’exploration de la Sibérie et de l’Alaska : Catherine encourage également l’exploration et le développement des territoires sibériens et de l’Amérique russe, étendant l’influence de la Russie à l’extrême-orient.
Cette expansion fait de la Russie une puissance incontournable sur la scène européenne et mondiale.
Les réformes intérieures et les défis sociaux
Catherine II entreprend de nombreuses réformes pour moderniser la Russie. Elle réorganise l’administration provinciale et renforce l’efficacité de l’État. Elle encourage également l’urbanisation et la construction d’infrastructures, permettant un développement économique plus structuré.
Cependant, son règne est marqué par un paradoxe. Bien qu’elle se présente comme une réformatrice éclairée, elle accroît le contrôle des nobles sur les serfs, notamment avec la Charte de la noblesse en 1785, qui accorde des privilèges considérables à l’aristocratie.
En conséquence, la condition des serfs se détériore, provoquant des révoltes, dont la célèbre révolte de Pougatchev (1773-1775). Cet épisode souligne les tensions sociales croissantes dans une Russie divisée entre modernisation et maintien de structures féodales.
Le cosaque Pougatchev, aux côtés des révoltés, juge un noble
Le mécénat culturel et artistique
Catherine II est également une grande mécène des arts et de la culture. Sous son règne, la Russie connaît un véritable âge d’or culturel. Elle fonde de nombreuses institutions, comme l’Académie des Beaux-Arts, et enrichit considérablement l’Ermitage, son palais à Saint-Pétersbourg, qui devient l’un des plus grands musées du monde.
Le palais de l’Ermitage, à St-Petersbourg
Elle fait venir des artistes, des architectes et des intellectuels européens à sa cour, créant un pont entre l’Europe des Lumières et la Russie. En encourageant l’architecture néoclassique et les arts, elle contribue à transformer Saint-Pétersbourg en une ville impériale comparable aux grandes capitales européennes.
L'Héritage de Catherine
Catherine la Grande reste l’une des souveraines les plus influentes de l’histoire russe. Elle a modernisé son pays, renforcé son empire, et jeté les bases de nombreuses institutions qui perdureront jusqu’au XIXe siècle.
Cependant, ses ambitions éclairées ont souvent été limitées par les réalités de l’autocratie et les résistances sociales. Si elle a consolidé le pouvoir impérial, elle a également creusé les inégalités entre nobles et serfs, un héritage qui pèsera lourd sur la Russie dans les siècles suivants.
Malgré ces contradictions, Catherine II a laissé une empreinte indélébile, incarnant à la fois la grandeur et les défis de l’absolutisme éclairé. Son règne est un modèle d’ambition impériale, d’intelligence politique et de passion pour la culture, marquant l’apogée de la Russie impériale.






