1918 : l’Ultime Combat



1918. La guerre dure depuis plus de trois ans. Les nations sont à bout. Et pourtant, tout se joue maintenant. L’Allemagne lance ses dernières forces dans la bataille ; les Alliés contre-attaquent ; les États-Unis rentrent dans le conflit.

Cette dernière année n’est pas une lente agonie : c’est une lutte féroce pour la victoire et un basculement brutal de l’histoire. Voici comment, en quelques mois, la Première Guerre mondiale a trouvé sa fin — et ouvert un siècle nouveau.

Les offensives allemandes du printemps : le dernier pari

Au début de 1918, l’Allemagne pense encore pouvoir gagner la guerre. Le front russe s’est effondré, libérant une quarantaine de divisions. Profitant d'une supériorité numérique face aux franco-britanniques, l’état-major allemand conçoit une série d’offensives destinées à briser le front allié avant que les troupes américaines ne soient pleinement opérationnelles.

C’est un pari risqué, mais c'est la dernière chance de l'Allemagne qui, épuisée et privée de ressources par le blocus allié, ne pourra bientôt plus soutenir l'effort de guerre. Si le Reich veut s'imposer, il doit frapper fort, et frapper vite.



Le Kaiser Guillaume II, entouré de ses généraux : Hindenburg (à gauche) et Ludendorff (à droite).

Le 21 mars 1918, les Allemands lancent l’opération Michael, dans la Somme. Un barrage d’artillerie d’une violence inouïe précède une attaque massive de l’infanterie, appuyée par des troupes d’assaut spécialement entraînées — les Sturmtruppen — pour infiltrer les lignes ennemies et semer la panique à l’arrière.  



Assaut de Sturmtruppen. Ces troupes d'élite avaient fait des miracles sur le front italien, participant à la victoire de Caporetto, en 1917.

Le front britannique cède. Les lignes alliées sont enfoncées de plusieurs dizaines de kilomètres en quelques jours. L’armée allemande n’a pas connu une telle percée depuis les offensives de 1914.



Carte : les avancées allemandes à l'issue des "offensives de printemps" (mars-juillet 1918)

Mais cette avancée fulgurante ne débouche sur aucun objectif décisif. Paris n’est pas atteint, les communications alliées ne sont pas coupées. Chaque kilomètre gagné coûte cher en hommes et en énergie. 

L’armée allemande avance vite, mais sans logistique adaptée. Les hommes marchent, épuisés, dans des paysages dévastés. Les vivres manquent, les munitions s’épuisent, les lignes s’étirent dangereusement. 



Des soldats allemands avancent dans un paysage apocalyptique.

Après Michael, d’autres oppérations suivent : en avril à Armentières, en mai vers le Chemin des Dames, en juin sur la Marne. 

Mais face à elles, les Alliés résistent. En juillet, lors de la seconde bataille de la Marne, les Allemands échouent à percer les lignes françaises. Pire, ils subissent une contre-attaque massive qui les force à reculer.

L’Allemagne a joué sa dernière carte, mais le choc n’aura pas suffi. Les défenses alliées ont ployé, mais n'ont pas rompu.



Troupes françaises en position lors de la seconde bataille de la Marne.

L’entrée en action des États-Unis

En 1917, les États-Unis étaient entrés en guerre, mais ce n'est qu'en 1918 qu'ils deviennent un acteur militaire à part entière. Il faut du temps pour former les recrues, acheminer le matériel, bâtir une armée moderne.

Surtout que les américains manquent de tout : uniformes, fusils, cartouches... La production nationale est largement insuffisante. Pour équiper sa nouvelle armée, Washington commande aux alliés plusieurs milliers de canons et d'avions, des dizaines de milliers de mitrailleuses, des centaines de milliers de fusils, et 500 nouveaux chars renaud.



Le capitaine Patton, futur général pendant la seconde guerre mondiale, pose devant son char renaud FT, dans lequel il a combattu.

Dès le printemps 1918, les premières divisions américaines entrent en ligne. Leur moral contraste avec celui des unités européennes, éprouvées par quatre années d’enfer.

Fin 1918, plus de deux millions d’Américains sont présents en Europe. Cette montée en puissance change la donne. Les Alliés disposent désormais d’un réservoir humain et matériel inépuisable. L’équilibre stratégique bascule.

Sur le plan militaire, la supériorité alliée devient écrasante. L’unification du commandement allié sous l'autorité du général Ferdinand Foch, en mars 1918, renforce la cohésion entre les différentes armées.



De gauche à droite : le français Pétain, le britannique Haig, le général Foch, et l'américain Pershing.

Pour améliorer la coordination des différentes armées, le général Foch est nommé, en avril 1918, commandant suprême des forces alliées. C'est lui qui supervise l'ensemble des opérations sur le front de l'Ouest.

En parallèle, les nouvelles technologies commencent à être mieux utilisées : l’artillerie est mieux coordonée, l’aviation appuie efficacement l’infanterie, les blindés sont intégrés aux manœuvres. 

Le rouleau compresseur allié s'apprête à déferler sur une armée allemand déjà au bord de la rupture.


L’effondrement des empires centraux

Les offensives alliées

À partir d’août 1918, les Alliés passent à l’offensive sur l’ensemble du front. C’est le début de l’«offensive des Cent-Jours», une série d’attaques coordonnées qui brisent la résistance allemande et libèrent les territoires occupés.

Le 8 août, les alliés lancent une attaque surprise contre les lignes allemandes près d’Amiens. L'attaque est préparée en secret, sans bombardement préalable. L’effet de surprise est total. L’infanterie progresse rapidement, appuyée par plus de 500 char, et 2000 avions.



Un char britannique

Les lignes allemandes s’effondrent en plusieurs points. Les allemands perdent 27 000 hommes en une seule journée, dont 15 000 prisonniers. Ludendorff qualifie ce jour de «jour noir de l’armée allemande».

Le moral des soldats est au plus bas, les désertions se multiplient, les généraux comprennent que la victoire n'est plus possible.



Des prisonniers allemands

Les offensives alliées se poursuivent sans relâche, sur tout le front. Devant la vitesse de l'avance alliée, les tranchées sont abandonnées. On repasse dans la logique d'une guerre de mouvement.

Les Alliés avancent de plus de 100 kilomètres, tandis que l’armée allemande, épuisée et mal ravitaillée, recule en désordre.



Carte : l'effondrement du front pendant l'offensive des cent jours. En novembre 1918, ce n'est qu'une question de semaines avant que les alliés ne pénètrent en allemagne.

L’effondrement politique des empires

Loin du front, la situation intérieure des puissances centrales devient explosive. En Autriche-Hongrie, l’armée est en décomposition. Les nationalités dominées (Tchèques, Slovaques, Croates, Roumains…) réclament leur indépendance. L’autorité impériale s’efface. En octobre, l’empire se morcelle. La monarchie austro-hongroise se désagrège.

En Bulgarie, les défaites militaires et la pression populaire conduisent à une capitulation dès le 29 septembre. L’Empire ottoman, lui aussi affaibli, signe l’armistice fin octobre.

En Allemagne, la crise est totale. La population est épuisée par les pénuries, les grèves s’intensifient, la contestation se propage. Le 3 novembre, la flotte allemande de Kiel se mutine. Le mouvement s’étend. Comm en en russie l'année précédente, des soviets de soldats et d’ouvriers sont formés dans les villes. La révolution éclate.



Manifestations à Berlin

Le 9 novembre, Guillaume II abdique. La monarchie prussienne s’effondre. La République de Weimar est proclamée. L’Allemagne n’est pas encore envahie, mais elle s’effondre de l’intérieur. La situation est absolument intenable. La guerre est perdue. Pour éviter une défaite totale, l’état-major demande un armistice.

L’armistice : une victoire amère

Le 11 novembre 1918 : fin des combats

Le matin du 11 novembre 1918, à 5h15, les représentants allemands signent l’armistice dans un wagon de train à Rethondes, en forêt de Compiègne. Les combats cesseront à 11 heures précises. À Paris, à Londres, à New York, les cloches sonnent. On pleure, on chante, on s'embrasse dans les rues. La guerre est finie.



Tableau : la délégation allemande vient signer l'armistice, dans la forêt de Compiègne.

Mais la joie est mêlée de fatigue, de silence, de stupeur. La guerre a fait près de 10 millions de morts, autant de blessés, des millions de veuves, d’orphelins, de mutilés. Elle a détruit des régions entières, ruiné des économies, sapé des régimes. Elle laisse un monde en ruines, et des peuples divisés.

Une victoire incertaine

La victoire alliée est indiscutable sur le plan militaire, mais semble pourtant incomplète. L’Allemagne n’a pas été envahie. Elle demande l’armistice, mais ne se sent pas vaincue. Beaucoup de soldats allemands rentrent chez eux avec l’idée qu’ils n’ont pas perdu sur le champ de bataille, mais qu'ils ont été trahis par la révolution de novembre, une idée qui nourrira les rancœurs futures.



Caricature : un révolutionnaire communiste trahit un soldat allemand en le poignardant par derrière.

La théorie du "coup de poignard", selon laquelle l'armée allemande n'a pas perdu la guerre, mais a été trahie par les révolutionnaires, sera largement reprise et exploitée par les nazis.

L’Europe est bouleversée : quatre empires (allemand, austro-hongrois, russe, ottoman) ont disparu. Des dizaines de nouveaux États émergent. Mais les frontières restent floues, les ambitions contradictoires. La paix devra être construite dans un climat de vengeance, d’instabilité et de méfiance. Cela sera-t-il vraiment possible ?

L’année 1918 met fin à la guerre, mais elle ne met pas fin aux tensions. Au contraire, elle les attise et en fait émerger de nouvelles. Le monde d’après-guerre commence dans le désordre des révolutions, et dans le deuil de millions de morts .



Affiche : les millions de morts de la guerre

Conclusion

1918 marque la fin de la Première Guerre mondiale. Cette dernière année de guerre a été celle de tous les basculements.

  • L’Allemagne, après un ultime sursaut militaire, recule sur tous les fronts.
  • Les Alliés, renforcés par la puissance américaine, reprennent l’initiative et imposent leur rythme.

En quelques mois, les Empires centraux s’effondrent militairement et politiquement.

Mais cette victoire, si durement acquise, laisse un goût d’amertume. Le bilan humain est colossal, les sociétés sont épuisées, les rancœurs profondes. L’Allemagne n’a pas été envahie, et beaucoup refusent de reconnaître sa défaite.

Car 1918 ne marque pas la fin des conflits, mais le début d’un nouvel équilibre mondial instable, bientôt contesté. La «Der des Ders» ne fut pas la dernière. Pire, elle ne fut que le commencement d’un siècle de violence.