Francisco Gómez de Sandoval y Rojas, duc de Lerma, est le premier valido (favori) de l’histoire espagnole, un ministre tout-puissant qui exerce le pouvoir à la place du roi Philippe III (1598-1621).
Ce dernier, indolent et peu intéressé par le gouvernement, lui délègue complètement les affaires d’État, préférant se consacrer aux cérémonies religieuses, aux chasses et aux plaisirs de la cour.
Philippe III
Lerma profite de cette liberté totale pour accumuler richesses et privilèges, utilisant son statut pour placer ses alliés aux postes clés du royaume et s’enrichir personnellement.
Sous son mandat, la corruption atteint des niveaux sans précédent, et l’Espagne, au lieu d’être administrée avec rigueur, devient un immense réseau de clientélisme et d’intrigues de cour.
Un Favori Plus Puissant Que le Roi
Dès le début du règne de Philippe III, Lerma s’impose comme le maître absolu de la politique espagnole.
Le roi, de nature passive, se repose sur lui et suit aveuglément ses décisions, ne faisant que signer les ordonnances qu’on lui présente.
Sous son influence, l’Espagne prend une politique de repli et de paix, contrastant avec l’ère guerrière de Philippe II.
Lerma met fin à la guerre contre l’Angleterre (1604) et signe la Trêve de Douze Ans avec les Provinces-Unies (1609), accordant un répit aux finances du royaume. Mais cette paix ne sert pas à réformer l’Espagne ni à renforcer son économie.
Le traité d'Anvers, permet la paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies
Au lieu de moderniser l’administration, Lerma utilise son pouvoir pour satisfaire son clan. Il vend des charges publiques au plus offrant, ce qui affaiblit l’efficacité du gouvernement, et favorise ses proches dans l’attribution des terres et des postes.
L’Expulsion des Morisques : Un Désastre Économique
L’un des actes les plus marquants du duc de Lerma est l’expulsion des Morisques en 1609.
Les Morisques (musulmans convertis au christianisme après la Reconquista) représentent près de 4 % de la population espagnole, mais sont beaucoups plus nombreux dans certaines régions comme l'Andalousie, Valence et Aragon, et sont essentiels à la production agricole.
Par sa décision, Lerma expulse ainsi entre 300.000 et 350.000 personnes, sur une population de 8 à 9 millions, ce qui reste énorme et ne sera pas sans conséquences pour l'économie.
Carte : l'Expulsion de Morisques
En les expulsant, sous le prétexte falatieux qu’ils restent secrètement attachés à l’islam et représentent un danger pour la couronne, Lerma fragilise l’économie de plusieurs régions. De nombreux champs et villages sont abandonnés, aggravant encore le déclin de la production.
L'expulsion des maurisques au port de Valence (1894)
Un Enrichissement Personnel Scandaleux
Le duc de Lerma n’est pas seulement un politicien habile, c’est aussi un opportuniste et un affairiste sans scrupule. Il profite de son pouvoir pour accumuler une immense fortune, utilisant des manœuvres douteuses pour augmenter ses richesses :
Il spécule sur l’immobilier royal, en transférant la cour de Madrid à Valladolid en 1601. Ce changement enrichit son réseau de proches, qui investissent dans l’immobilier à Valladolid avant l’arrivée de la cour. Il fait alors revenir la cour à Madrid, en 1606, en répétant probablement le même schéma.
L’opération est une immense escroquerie, et le coût du déménagement pèse sur les finances du royaume.
Portrait équestre du Duc de Lerma, puissant, enrichi, il gouverne l'Espagne à la place du roi et s'enrichit sur Elle.
Son train de vie fastueux choque même la noblesse. Il accumule titres, palais et terres, et en 1618, il obtient même le titre de cardinal, non pas qu'il soit dévôt, mais cela lui garantit l’immunité face aux poursuites judiciaires. Cette année là, il sent certainement le vent tourner, et en effet, sa chute et proche.
La Chute du Duc de Lerma
Mais à mesure que la situation économique de l’Espagne se dégrade, les critiques contre le duc de Lerma s’intensifient. Même à la cour, il se fait des ennemis, notamment le prince héritier Philippe IV et son futur favori le comte-duc d’Olivares, qui le jugent responsable de l’appauvrissement du royaume.
En 1618, devant l’accumulation des accusations de corruption, il est écarté du pouvoir et remplacé par son propre fils, le duc d’Uceda, qui le trahit pour se rapprocher du roi. Toutefois, grâce à son titre de cardinal, il échappe à toute sanction et finit ses jours en exil, riche et intouchable.
Le "Cardinal" de Lerma, finira ses jours sur ses terres, enrichi par ses années au pouvoir, et échappant à la justice.
Bilan : L’Espagne affaiblie par un opportuniste
Le passage du duc de Lerma au pouvoir marque l’un des moments les plus désastreux du règne des Habsbourg espagnols.
Au lieu de réformer l’économie et d’administrer efficacement l’Empire, il a gouverné en courtisan, privilégiant ses intérêts personnels et ceux de ses alliés.
Avec la disgrâce du duc de Lerma, l’Espagne ne connaît pas un renouveau, mais tombe encore plus profondément dans la crise sous Philippe IV et le comte-duc d’Olivares.
Le pays glisse inexorablement vers son déclin, conséquence d’une gouvernance marquée par l’incompétence, le clientélisme et la corruption.






