"Delenda Carthago"



"Delenda Carthago", ou en français "Carthage doit être détruite" est une phrase emblématique de l'histoire romaine, attribuée à Caton l'Ancien.

Cette citation reflète l'obsession de Caton pour l'anéantissement de Carthage, perçue comme une menace constante pour Rome. L'histoire de cette phrase est riche en contexte politique, et illustre la détermination de Rome à assurer sa sécurité et sa suprématie sur la Méditerranée face à Carthage.


Après la deuxième guerre punique

Après la défaite de 201, Carthage avait perdu son empire. Elle dut livrer sa flotte, payer un lourd tribut et s’engager à ne jamais faire la guerre sans l’autorisation du Sénat romain. La cité ne serait plus jamais une puissance militaire.

Pourtant, loin de s’effondrer, Carthage connut, au IIᵉ siècle, un spectaculaire redressement. Sa position favorable et son dynamisme commercial lui permirent de redevenir un centre économique prospère.



Vue artistique de Carthage, cité ouverte sur la mer, avec son port circulaire.

À Rome, cette renaissance inquiétait. La République était devenue la maîtresse de la Méditerranée occidentale et certainement la plus grande puissance du monde antique.

Mais le souvenir d’Hannibal restait vivace. Carthage, même désarmée, paraissait toujours une représenter une menace potentielle.


Le débat à Rome : détruire ou tolérer Carthage ?

Alors que Carthage retrouvait une prospérité économique éclatante, le Sénat romain se divisa sur l’attitude à adopter. Deux visions s’affrontèrent.

- Le courant radical, incarné par Caton l’Ancien, ne cessait de marteler que la sécurité de Rome passait par l’anéantissement complet de Carthage. Caton ponctuait inlassablement ses discours, quel qu’en soit le sujet, par la formule restée célèbre :

"Carthago delenda est"

- «Carthage doit être détruite».



Buste attribué à Caton l'Ancien

Pour lui et ses partisans, la prospérité carthaginoise était insupportable : une cité qui renaissait si vite, après avoir été écrasée, finirait tôt ou tard par redevenir une rivale militaire.

- Face à eux, les sénateurs “modérés” ne niaient pas la rivalité historique avec Carthage, mais ils ne pensaient pas nécessaire, ni même enviable, de détruire complêtement la cité. Ce n'était en aucun cas la clémence qui les motivaient à défendre le sort de la cité punique, mais plutôt certaine vision morale...

Ils avançaient que le maintien d’une Carthage affaiblie pouvait avoir une utilité pour Rome : la présence d’un ennemi traditionnel, même contenu, gardait les Romains vigilants, disciplinés et combatifs. Supprimer la menace constante de Carthage risquait de plonger la République dans l’oisiveté, le luxe et la décadence, en privant ses citoyens de ce stimulant moral et politique.

Salluste écrivit, à posteriori :

"Dès que la peur de l’ennemi s’éteignit, la licence et l’orgueil se substituèrent à la discipline et à la modération"



Tableau : les romains et la décadence.

La société romaine, très attachée au "mos majorum" (les "moeurs des anciens" : piété, vertue, frugalité...) a un regard très dure sur les moeurs décadentes, comme l'oisiveté, et cherche à s'en préserver. 

Ce débat illustre un trait profond de la pensée romaine : la conviction que la vertu civique se nourrit de l’épreuve et du danger. Aux yeux des Romains, la grandeur de la République reposait sur la discipline militaire et la cohésion politique, toutes deux constamment mises à l’épreuve par la rivalité avec Carthage.

Le Sénat se divisa entre les deux courants, mais la peur et la rancune héritée des guerres puniques finirent par l’emporter.

La reprise de la guerre et la destruction de Carthage (149–146)

En 149, Rome trouve un prétexte pour déclarer la guerre à Carthage, déclenchant la Troisième Guerre Punique.

La campagne est brutale et impitoyable. En 146, après un siège acharné, Carthage est prise d'assaut par les légions romaines.



Catapulte romaine pendant le siège de Carthage.

La repression fut terrible. Carthage, incendiée, brûle pendant 10 jours, ses habitants sont massacrés ou réduits en esclavage. Les romains détruisent complètement la ville, et interdisent toute reconstruction à cet endroit : Carthage devait disparaître à jamais.

Les terres de l'ancienne cité punique sont annexées par Rome, formant la nouvelle province d'Afrique.



Même lorsque les romains pénètrent à l'intérieur des murailles, les carthaginois continuent d'opposer une résistance acharnée.

La progression doit se faire maison par maison, dans d'intenses combats urbains.

L’écho à Rome et dans le monde méditerranéen

La chute de Carthage fut célébrée comme une délivrance. À Rome, Scipion Émilien reçut le triomphe et fut salué comme l’exécuteur d’un destin attendu depuis des générations : effacer à jamais la rivale punique. La République était enfin libérée du spectre carthaginois, de la peur ancestrale d’Hannibal et de ses campagnes meurtrières en Italie.

Pourtant, cette victoire suscita aussi des interrogations.

  • Certains y virent une nécessité, une guerre préventive imposée par la sécurité de Rome ;

  • D’autres, au contraire, dénoncèrent une brutalité excessive, l’anéantissement pur et simple d’une cité qui ne représentait pourtant plus une menace pour la République.


Débats au sénat romain

L’épisode carthaginois révèle la nature profonde de la République romaine : une puissance ouverte sur le monde, capable d’intégrer d'autres peuples ou d'autres cultures, mais impitoyable face à tout ce qui pouvait apparaître comme une menace. 

Vue sous ce prisme, la République romaine présente de frappantes similitudes avec l'Amérique contemporaine...



Quiz de révision

Carthage est neutralisée militairement, tandis que Rome devient la puissance dominante en Méditerranée.
"Il faut détruire Carthage". C'est une locution attribuée à Caton l'Ancien
Faux ! Carthage perd sa puissance militaire, mais son économie prospère.
Ils craignent la décadence romaine
En 146