La Bataille d'Abrittus : le Début de la Fin



La bataille d'Abrittus, qui s'est déroulée en 251 après J.-C., est l'un des épisodes les plus tragiques et symboliques du IIIe siècle, une perdiode de crises pour l'Empire romain. Cet affrontement entre les forces de l'Empire romain, commandées par l'empereur Dèce et son fils Herennius Etruscus, et les Goths, menés par leur roi Cniva, s'est soldé par une défaite cuisante pour Rome qui a eu de grandes conséquences sur l'Empire.

Contexte historique

L'Empire romain, à cette époque, est plongé dans une période de troubles sans précédent. Depuis la fin du IIe siècle, les frontières de l'empire sont de plus en plus menacées par les invasions barbares, notamment celles des tribus germaniques et sarmates.

À cela s'ajoute une instabilité interne due à la multiplication des usurpations et des coups d'État militaires, qui affaiblissent encore davantage le pouvoir central.

En 249 après J.-C., Dèce est proclamé empereur par ses troupes après avoir vaincu et tué l'empereur Philippe l'Arabe lors de la bataille de Vérone. Cependant, dès le début de son règne, Dèce doit faire face à une invasion massive des Goths, dirigée par le roi Cniva, qui pénètrent en territoire romain depuis les régions au-delà du Danube, fuyant probablement l'avancée d'autres barbares, plus au nord. Les envahisseurs dévastent plusieurs villes des provinces de Mésie et de Thrace, forçant Dèce à intervenir militairement pour repousser cette menace.



L'invasion des Goths de 250

La Bataille d'Abrittus

En 251Dèce, accompagné de son fils Herennius Etruscus, décide de mener une campagne pour chasser les Goths de l'Empire. Les deux armées se rencontrent dans la région d'Abrittus, en Mésie inférieure (aujourd'hui près de Razgrad, en Bulgarie). Il faut comprendre qu'à cette époque, les romains sont convaincus de leur superiorité, tant culturelle que tactique, sur les barbares. Ils n'imaginent pas ces peuples inferieurs capable de mener des bataille rangées necessitant de la discipline, ou encore d'élaborer des stratégies militaires. Cette arrogance les pousse à sous-estimer la véritable puissance des Goths, et à surestimer la leur.

La bataille d'Abrittus s'ouvre dans des conditions désastreuses pour les Romains. Les Goths, ayant habilement attiré les forces romaines dans une région marécageuse, exploitent l'avantage du terrain pour tendre une embuscade

Dans un excès de confiance, Dèce dirige ses troupes en plein dans le piège. Au cours des combats, Herennius Etruscus est tué, et Dèce, malgré sa bravoure, meurt également dans les combats, devenant ainsi le premier empereur romain à périr sur le champs de bataille. Le reste de l'armée, soit trois légions entières, est massacré.

Cette défaite est particulièrement humiliante pour Rome, car elle marque non seulement la perte d'une grande armée, mais surtout la mort de l'empereur en exercice, et celle de son héritier désigné. Cette situation plonge l'empire dans une nouvelle crise de succession.



Ruines romaines de la ville d'Abrittus

Conséquences

La bataille d'Abrittus et la mort de Dèce ont des conséquences profondes pour l'Empire romain. En premier lieu, la défaite expose la vulnérabilité d'un Empire qui se pensait invincible

La perte de deux empereurs et de trois légions face à des forces barbares envoie un signal de faiblesse aux autres ennemis de Rome, qui deviennent de plus en plus audacieux dans leurs incursions.

En outre, la mort de Dèce aggrave l'instabilité politique à Rome. Après sa disparition, Trebonien Galle, l'un des généraux survivants, est proclamé empereur par les troupes. Cependant,lui non plus ne parviens pas à repousser efficacement les Goths, qui continuent de piller les provinces romaines. Pour éviter de nouvelles dévastations, Galle conclut un traité humiliant avec Cniva, lui permettant de se retirer avec un riche butin et même des captifs romains.

Sur le plan symbolique, la bataille d'Abrittus est un coup dur pour l'image de l'empereur romain, traditionnellement perçu comme invincible et protégé par les dieux. La mort de Dèce et de son fils remet en question cette vision, érodant encore davantage la confiance du peuple et de l'armée dans la capacité de l'empereur à défendre l'empire.

Enfin, la défaite d'Abrittus, est un choc pour les romains, qui sont écrasés par un adversaire qu'ils voyait comme très inferieur à eux. De plus, intervenant dans la continuité de nombreuses autres crises, la bataille d'Abrittus renforce l'idée que l'empire est entré dans une période de déclin inexorable (bien qu'il survive encore pendant plus de deux siècles en Occident et mille ans en Orient !)

la bataille d'Abrittus a considérablement fragilisé le pouvoir romain. Elle est non seulement un événement militaire majeur, mais aussi un tournant dans l'histoire de l'Empire, marquant l'une des premières grandes victoires des barbares sur Rome et un signal avant-coureur des futures "grandes invasions".