L'Échec de la Tétrarchie



Un Système Fragile, Qui Repose Sur Un Seul Homme

Lorsque Dioclétien abdique le 1er mai 305, il laisse un Empire romain partiellement stabilisé par le biais d’un système politique inédit appelé la tétrarchie.

Ce dispositif a été pensé pour éviter les conflits internes et améliorer la gestion des provinces frontalières. Il divise l'Empire entre deux Augustes et deux Césars (inferieurs aux Augustes), chacun gouvernant une partie distincte du vaste territoire romain. Il a permis une meilleure défense des frontières, et la mise en place de politiques plus adaptés aux réalités locales, choses qu'un pouvoir centralisé à Rome aurait pû plus difficilement accomplir.

Cependant, cette architecture de pouvoir, qui repose sur un équilibre délicat et la coopération entre les quatre dirigeants, s’effondre rapidement après le départ de son inventeur Dioclétien. En l’absence d’un arbitre fort pour contenir les ambitions individuelles, l’Empire se trouve à nouveau plongé dans une série de guerres civiles dévastatrices. 



L'Empereur Dioclétien

Les Premiers Signes de Discorde

La tétrarchie s’effondre presque immédiatement après l’abdication de Dioclétien et de Maximien en 305. Constance Chlore, Auguste de l’Ouest, meurt en juillet 306 à Eboracum (York) en Bretagne. Son fils Constantin, est immédiatement acclamé empereur par les troupes de son père.



Constantin

Ce geste, bien qu’enthousiaste, n'est pas reconnu par Galèrel’Auguste de l’Est, qui désigne plutôt Sévère IICésar sous Constance Chlore, comme héritier légitime de l’Occident. En agissant ainsi, Galère cherche à maintenir le cadre tétrarchique en vigueur et à éviter une montée incontrôlée des revendications dynastiques, mais il sous-estime les ambitions de Constantin.

En réponse, Constantin choisit de s'affirmer en Gaule, consolidant son pouvoir en formant des alliances stratégiques avec d'autres figures militaires. 

La tension monte d'un cran en octobre 306, quand Maxence, fils de l'ancien empereur Maximien, profite de mécontentements à Rome pour se faire proclamer empereur par les prétoriens. Rapidement, il est soutenu par son père Maximien, qui reprend du service pour consolider le règne de son fils, créant ainsi une double opposition au sein de la tétrarchie contre les empereurs légitimes : Sévère II et Galère.



Maximien

L’Empire en Guerre : Les Confrontations Multiples

En 307, Sévère II tente de reconquérir Rome et de restaurer l’autorité impériale. Cependant, il est trahi par ses propres troupes et capturé par les forces de Maxence, puis exécuté peu après.

En réponse, Galère lui-même monte une expédition punitive contre Maxence, mais elle se solde par un échec humiliant. Ses troupes, principalement composées de soldats d'Orient, n'ont pas la loyauté pour soutenir un effort prolongé en Occident. En effet, on rappel que ces soldats ont été recruté en Orient, pour défendre leurs propres terres contre les Perses, et ne se sentent nullement concernés par ces querelles dynastiques ! Quand elles se rendent compte de la difficulté de l'expédition, elles refusent de continuer, et font demi-tour !  Galère doit se retirer, et la crise de succession s'envenime.



Galère, l'empereur d'orient

Galère, dans une ultime tentative pour préserver la Tétrarchie, désigne Licinius comme nouvel Auguste d’Occident en 308 afin de remplacer Sévère II. Par cette nomination, il espère restaurer l’autorité impériale contre les usurpateurs Maxence et Constantin.

En même temps, il parvient à convaincre Dioclétien de sortir de sa retraite et de participer à une réunion de crise à Carnuntum en Pannonie, en 308, où il est décidé de réaffirmer le principe de la tétrarchie. Cette tentative de rétablir l’ordre par la diplomatie échoue, car ni Constantin ni Maxence ne se soumettent aux décisions de Carnuntum. Entre les prétendants, la tension monte.



Carte : Galère, Auguste d'orient et son César Maximin Daïa. Constantin et Maxence se disputent le contrôle de l'empire d'occident. Licinus, adoubé par Dioclétien Auguste d'orient, contrôle une partie des balkans

Les Alliances Changeantes et les Batailles Décisives

En 310, l’empereur Maximien, après avoir perdu la faveur de son fils Maxence, se réfugie auprès de Constantin. Mais rapidement, il conspire contre lui. Constantin déjoue le complot et force Maximien au suicide. Ce geste marque un tournant dans la guerre civile. Constantin est désormais déterminé à éliminer Maxence, son principal rival en Occident.

Il rassemble ses forces et mène une campagne victorieuse en Italie, culminant avec la bataille décisive du pont Milvius le 28 octobre 312. À l'issus de cette bataille, Maxence est tué, et Constantin devient le maître incontesté de l'Occident.



La bataille du pont Milvius

Son adoption d'un symbole chrétien, le chrisme, avant la bataille est également significative, car elle prépare le terrain pour la christianisation progressive de l'Empire.



Symbole du Chrisme

En Orient, des tensions éclatent après la mort de Galère en 311. Maximin Daïa, César sous Galère, et Licinus, nommé Auguste d'occident, se battent pour le contrôle des provinces orientales. Après la bataille de Tzirallum, Licinius reste le seul Auguste en Orient.

Mais la rivalité avec Constantin, à l'Ouest, ne fait que s’intensifier. Les deux empereurs concluent une alliance temporaire à travers le mariage de Licinius avec Constantia, la sœur de Constantin, mais cette paix ne dure pas longtemps.

En 314, une première guerre éclate entre Constantin et Licinius, mais sans vainqueur décisif. Une paix fragile est rétablie, mais elle ne survit pas aux ambitions grandissantes des deux hommes. En 324, Constantin lance une attaque décisive contre Licinius. Après une série de batailles acharnées, dont celles d’Andrinople et de Chrysopolis, Licinius est capturé et exécuté. Constantin devient l’unique empereur de l’Empire romain, mettant fin au système tétrarchique.



Les campagnes de Constantin

L’Émergence d’une Nouvelle Structure Impériale

L'échec de la tétrarchie, aggravé par la guerre civile, a des conséquences majeures pour l'Empire romain. Il met en lumière les limites d’un système de gouvernement partagé en l’absence d’une structure de succession clairement définie et de mécanismes de coopération solides. La disparition du système tétrarchique souligne également les difficultés à maintenir une stabilité à long terme en divisant le pouvoir, puisque les ambitions personnelles tendent à prendre le dessus. Cependant, ce découpage de l'Empire reviendra rapidement après la mort de Constantin, pour finalement aboutir à la division entre Empire d'Orient et d'Occident en 395.

L'échec de la tétrarchie n’a pas seulement entraîné des guerres civiles ; il a également préparé le terrain pour la montée du christianisme. Après sa victoire contre Maxence, Constantin devient un protecteur du christianisme, et sous son règne, l'Édit de Milan proclame la tolérance religieuse, marquant la fin des persécutions contre les chrétiens.



Constantin auréolé (représentation du IVème siècle)

Conclusion

La tétrarchie, conçue comme une solution innovante pour stabiliser l'Empire romain en crise, s'est effondrée en raison de rivalités internes, de conflits dynastiques et d’une absence de mécanismes de succession clairs. Les guerres civiles qui en ont résulté ont finalement permis l'émergence de Constantin comme seul souverain de l'Empire, réunifiant temporairement l'Empire sous une autorité centrale.