Antinoüs : l'Amour Perdu d'Hadrien



Parmi les grandes histoires d’amour de l’Antiquité, peu sont aussi poignantes que celle qui unissait l’empereur Hadrien et Antinoüs. Leur relation, empreinte de passion et de tragédie, a laissé une marque indélébile sur le règne de cet empereur philosophe et voyageur. Mais au-delà d’une simple idylle impériale, elle s’inscrit dans un contexte où l’amour entre hommes, particulièrement entre un adulte et un plus jeune, était une composante fondamentale de la culture gréco-romaine, notamment dans la tradition hellénique qu’Hadrien chérissait tant.  

Une Passion Grecque  

Hadrien, né en 76 apr. J.-C., était un empereur romain, mais son cœur battait pour la culture grecque. Il admirait la philosophie, l’art et les traditions de la Grèce classique. Dans ce monde, l’éroménie, une relation entre un homme plus âgé (l’éraste) et un jeune homme (l’éromène), était une forme d’éducation et d’admiration mutuelle, un idéal qui liait amour, mentorat et transmission du savoir. Cette pratique, qui apparaît très étrange à l'aune de notre morale actuelle, a. pourtant été pratiquée entre des couples tels qu'Alcibiade et Socrate, ou encore Jules César et Nicomède.



Socrate et Alcibiade

C’est imprégné de cette culture qu’Hadrien rencontra Antinoüs, un jeune homme originaire de Bithynie (dans l’actuelle Turquie). D’une beauté exceptionnelle, Antinoüs attira immédiatement l’attention de l’empereur. Plus qu’un simple favori, il devint son compagnon inséparable, l’accompagnant dans ses voyages à travers l’Empire. Cette relation, bien qu’intime, était aussi une histoire d’idéal esthétique et philosophique : Hadrien voyait en Antinoüs la jeunesse éternelle et l'incarnation de la perfection hellénique.  

Une Tragédie sur le Nil 

En 130 apr. J.-C., lors d’un voyage en Égypte, leur histoire prit une tournure tragique. Antinoüs se noya mystérieusement dans le Nil. Les circonstances de sa mort restent floues : accident, suicide ou sacrifice rituel pour prolonger la vie de l’empereur, comme le suggèrent certaines sources antiques.  

Le chagrin d’Hadrien fut immense. L’homme qui avait gouverné Rome avec sagesse et fermeté s’effondra sous le poids de cette perte. Ce n’était pas seulement un amant qu’il perdait, mais le symbole de la jeunesse et un amour idéalisé, un être qu’il avait érigé en perfection vivante.  

Un Deuil Transformé en Immortalité

Hadrien refusa d’accepter que la mort efface Antinous. Dans un geste exceptionnel, il décida de faire de lui un dieu. À l'endroit où Antinoüs est mort, il fonde Antinoöpolis, une ville en son honneur, et encouragea le culte d’Antinous dans tout l’Empire. Des temples sont érigés, des statues sculptées, et son image est frappée sur des monnaies. Le visage d’Antinous, figé dans sa jeunesse parfaite.  



Antinoüs en Osiris



Antinoüs en Dionysos

Ce culte ne fut pas seulement un hommage impérial, il témoigna d’un chagrin immense, celui d’un homme qui ne put jamais se remettre de la perte de son aimé. Cette divinisation fait d'Antinoüs l'une des figures les plus représentées dans la sculpture antique, bien qu'il n'ai joué aucun rôle politique et militaire majeur. 

Conclusion : L’Empereur Brisé 

Les dernières années d’Hadrien furent marquées par la mélancolie et la maladie. On dit qu’il ne cessa jamais de pleurer Antinoüs, et qu’il resta hanté par son absence jusqu’à sa propre mort en 138 apr. J.-C.. Leur histoire, gravée dans le marbre et le mythe, demeure un des plus grands récits d’amour et de deuil de l’Antiquité.