Commode : l'Empereur Gladiateur



Commode, né le 31 août 161 à Lanuvium, en Germanie. Il est l'un des empereurs romains les plus controversés.

Fils de Marc Aurèle, il règne de 180 à 192, une période marquée par des excès tranchant avec le stoicisme de son père, des conspirations et des bouleversements qui annoncent la fin de la Pax Romana.

Le règne de Commode, souvent considéré comme le début du déclin de l'Empire romain, est caractérisé par une rupture nette avec les idéaux philosophiques et modérés de son père, et la stabilité d'Antonin le Pieux.

Jeunesse et Ascension au Pouvoir

Commode est le fils de Marc Aurèle et de Faustine la Jeune, une figure impériale entourée de rumeurs et de scandales. Contrairement aux empereurs précédents, Commode est "né dans la pourpre", c'est-à-dire qu'il est le fils de l'Empereur, qui l'a désigné héritier naturel du trône.

Associé au pouvoir dès 166 avec son frère cadet, Annius Verus, il devient César à seulement 5 ans. La mort prématurée de son frère en 169 laisse Commode comme l'unique héritier de l'Empire. À partir de 177, il reçoit le titre d’Auguste, ce qui lui permet de co-régner avec son père.

À la mort de Marc Aurèle en 180, Commode devient l’unique empereur de Rome. Il hérite d’un empire encore stable, mais déjà en proie à des tensions aux frontières, notamment en Germanie et en Dacie, où son père avait déjà mené de longues campagnes.

Une Rupture avec l’Héritage de Marc Aurèle

Contrairement à Marc Aurèle, qui avait été perçu comme un philosophe-roi soucieux de l’intérêt général, Commode se distingue par son approche autocratique et son mépris affiché pour le Sénat. Dès son accession au trône, il cherche à marquer sa différence. Il met fin aux campagnes militaires sur le Danube et préfère revenir à Rome pour jouir des plaisirs de la vie impériale.

Son règne commence dans une relative stabilité, mais très vite, des tensions apparaissent. En 182, un complot est ourdi par sa propre sœur, Lucilla, qui tente de l’assassiner. Ce coup manqué entraîne une série de purges brutales au sein de l’aristocratie sénatoriale.

Dès lors, Commode se méfie du Sénat et s’entoure d’une garde rapprochée de conseillers issus de la plèbe et de l’armée. Il commence à développer une politique populiste, favorisant les distributions alimentaires et les jeux pour s’assurer le soutien des masses.



Le Culte de la Personnalité

L’un des aspects les plus marquants du règne de Commode est son identification à Hercule. Se présentant comme une réincarnation du héros mythologique, il se fait représenter en gladiateur vêtu de la peau de lion et armé d'une massue.

Il n’hésite pas à descendre lui-même dans l’arène pour combattre des gladiateurs ou des animaux sauvages, un comportement jugé indigne pour un empereur romain.

Commode renomme même Rome en son honneur "Colonia Lucia Annia Commodiana", rebaptise les mois d’après ses titres honorifiques, et ordonne que toutes les institutions soient réorganisées à sa gloire.

Ces excès ne font qu’aggraver les tensions avec le Sénat, qui voit en lui un tyran mégalomane. Cependant, pour la plèbe romaine, ses démonstrations de force dans l’arène et ses largesses financières renforcent sa popularité.



Commode dans l'arène

Réformes et Politique Économique

Malgré la perception négative de son règne, Commode n'est pas totalement inactif sur le plan économique. Il met en place des réformes pour stabiliser les prix et réguler le marché du blé

En 189, face à une pénurie alimentaire, il réagit avec vigueur en faisant exécuter Papirius Dionysius, le préfet de l’annone, et Cléandre, son influent conseiller. Commode instaure également un édit pour contrôler les prix des denrées alimentaires et éviter une inflation galopante, tout en renforçant l’approvisionnement en blé depuis l’Afrique et l’Égypte.

Sur le plan militaire, il signe un traité de paix avec les Marcomans dès 180, mettant fin aux guerres qui avaient épuisé les ressources de l’Empire. Ce traité impose aux tribus germaniques de fournir régulièrement des céréales, des armes et des recrues pour l’armée romaine, ce qui garantit une certaine stabilité aux frontières septentrionales.

Les Purges et la Détérioration du Régime

Les dernières années du règne de Commode sont marquées par une instabilité croissante. En pleine paranoia, il élimine systématiquement ses proches qu’il soupçonne de conspirer contre lui.  Cette paranoïa s’intensifie, et des figures influentes de son entourage, telles que ses préfets du prétoire ou ses conseillers, tombent tour à tour en disgrâce ou sont exécutées.

En 192, il envisage de commencer l’année 193 sous le titre de "Secundus Hercules" (second Hercule) et de se faire proclamer consul vêtu en gladiateur.

Cette décision précipite un ultime complot mené par sa concubine Marcia, son chambellan Eclectus et son préfet du prétoire Laetus. Après avoir échappé à un empoisonnement, Commode est finalement étranglé par Narcisse, un esclave chargé de son entraînement.



L'assassinat de Commode

La Damnatio Memoriae et la Réhabilitation

Après sa mort, le Sénat se hâte de prononcer une "damnatio memoriae" contre cette empereur populiste qui s'était mis l'aristocratie à dos. Son nom est des monuments et des inscriptions publiques. 

Cependant, son souvenir reste populaire parmi la plèbe et l’armée, qui avaient bénéficié de sa générosité. Son successeur Septime Sévère, pour s’assurer du soutien des deux entités, réhabilite Commode en le faisant diviniser et en se proclamant « frère » de l’empereur déchu pour s’inscrire dans la lignée des Antonins.

Héritage et Image Historique

L’image de Commode est longtemps restée celle d’un tyran cruel, un second Néron, véhiculée par les sources sénatoriales et par des œuvres littéraires et historiques, toutes issues de l'aristocratie. 

Les récits de Dion CassiusHérodien et l’Histoire Auguste décrivent un despote débauché et irresponsable, mais cette vision est aujourd’hui réévaluée. Des recherches récentes montrent qu’il fut un empereur soucieux de plaire au peuple et de maintenir la stabilité intérieure, bien que ses méthodes aient été souvent brutales et spectaculaires, contrastant avec la mesure de Marc Aurel. 

Alors voilà...

le règne de Commode symbolise la transition entre l’âge d’or des Antonins et une période de déclin et d’instabilité pour l’Empire romain. Son assassinat en 192 ouvre une année de troubles, connue comme l’Année des Cinq Empereurs, qui voit l’Empire sombrer dans la guerre civile.

Si aujourd'hui son nom est associé à la tyrannie et la débauche, il faut relativiser cette vision de Commode. Il ne partageait certainement pas le stoicisme et la sagesse de son père, mais il a su preserver la paix dans l'empire, et a lutté contre la précarité de son peuple. 

Sa méfiance envers le sénat, se changeant en paranoia à la fin de son règne, ainsi ses aspirations très populistes et ses mises en scène "obsènes" lui ont mis à dos l'aristocratie, qui s'attachera à détruire son image à sa mort