Septime Sévère, fondateur de la dynastie des Sévères et empereur de Rome de 193 à 211, incarne la transition vers une autocratie militaire qui centralise l'autorité impériale, renforce l'importance de l'armée, et redéfinit les relations entre l'empereur et le Sénat.
Origines et Ascension
Né en 146 à Leptis Magna, en actuelle Libye, Septime Sévère est issu d'une famille de notables libyco-puniques du côté paternel et italique du côté maternel.
Sa famille est déjà bien intégrée à l’élite romaine grâce à ses succès commerciaux et accède à la citoyenneté romaine dès le Ier siècle. Très vite, Sévère quitte l’Afrique du Nord pour Rome, où il entame une carrière politique prometteuse. Il est influencé par son oncle Publius Septimius Aper, un sénateur respecté qui l'introduit dans les cercles du pouvoir romain. Sévère se distingue par ses talents en droit et en administration, gravissant rapidement les échelons du cursus honorum.
Contrairement à une perception courante qui le dépeint principalement comme un militaire, Septime Sévère est d'abord un juriste et un administrateur. Ce n'est que tardivement, après avoir accédé au poste de proconsul de Pannonie supérieure, qu'il devient un commandant militaire. Il est néanmoins particulièrement apprécié pour son efficacité administrative et sa loyauté aux empereurs précédents.
Crise de Succession et Guerre Civile
La mort de Commode en 192 entraîne une période de crise, connue sous le nom d’Année des Cinq Empereurs, marquée par des luttes de pouvoir intenses.
Helvius Pertinax, le premier à succéder à Commode, est rapidement assassiné par la garde prétorienne après seulement trois mois de règne. Didius Julianus achète alors la loyauté des prétoriens, mais son règne est largement considéré comme illégitime par la plèbe, et les légions provinciales.
En 193, les légions stationnées sur le Danube proclament Septime Sévère empereur. Acceptant cet honneur, le général fait marcher ses légions vers Rome. Il prend la capitale, fait exécuter Didius Julianus, et remplace les prétoriens qui le soutenaient par ses propres soldats.
Cependant, si Septime Sévère a bien pris Rome et tué l'ancien Empereur, il doit encore faire face à deux autres prétendants qui lui disputent son titre :
- Pescennius Niger en Orient
- Clodius Albinus en Bretagne.
Tous deux contrôlent une partie de l'Empire, à la tête de puissantes légions.
l'Empire divisé à la mort de Néron
Sévère commence par signer un traité avec Ablinius, faisant de lui son succésseur. Il cherche ainsi à s'assurer que la partie Occidentale de l'Empire lui reste fidèle, tandis qu'il mène la guerre dans sa partie Orientale, contre Niger.
La guerre contre Pescennius Niger culmine en 194 à la bataille d’Issos, où Niger est vaincu et exécuté. Byzance, qui s'était rangée du côté de Niger, est assiégée pendant près de deux ans.
Mais en 195, Clodius Albinus devient une menace directe. Bien qu'initialement allié à Sévère en tant que César (titre d’héritier présomptif), il se rebelle lorsque l'Empereur commence à consolider son pouvoir, car il craint de tomber en disgrâce.
Clodius Albinus
La confrontation décisive se produit en 197 à Lugdunum (Lyon), où Albinus est vaincu et tué. Après la victoire, Sévère ordonne le massacre de milliers de partisans d'Albinus, y compris 29 sénateurs. La ville de Lyon est pillée et subit de lourdes destructions. L'Empire est finalement réunifié.
Réformes et Renforcement du Pouvoir Impérial
Une fois le pouvoir consolidé, Sévère entreprend de nombreuses réformes, marquées par une centralisation accrue (lui qui a vu des gouverneurs provinciaux se rebeller contre Rome) et une militarisation du pouvoir.
Son règne est caractérisé par une méfiance à l’égard du Sénat, qu’il perçoit comme un foyer de complots. Pour l'affaiblir, il promeut l'ordre équestre, confiant à des chevaliers des postes autrefois réservés aux sénateurs, notamment la direction de nouvelles légions et la préfecture du prétoire.
Défilé de l'Ordre Equestre
L’armée devient l’instrument principal de son pouvoir, car elle est aussi la seule à le soutenir, alors que les relations avec le sénat sont très mauvaises. Il double pratiquement la solde des légionnaires, ce qui garantit leur loyauté. Les conditions de vie des soldats sont améliorées : ils sont désormais autorisés à se marier et à fonder des familles, une mesure qui solidifie le lien entre les troupes et l’Empire.
Campagnes Militaires et Expansions
Sur le plan militaire, Septime Sévère remporte plusieurs victoires significatives en dehors de la guerre civile, notamment contre l'Empire parthe. En 197-199, il envahit la Mésopotamie, prend la capitale parthe. Il étend la frontière romaine en annexant une grande partie de la Mésopotamie. Cette campagne est commémorée par l’Arc de Septime Sévère à Rome.
Vers la fin de son règne, Sévère mène une campagne en Bretagne contre les tribus calédoniennes. Bien que les résultats soient mitigés, il renforce le mur d'Hadrien et maintient la présence romaine en Écosse.
Politique et Administration : La Dynastie et le Sacré
Sévère établit une dynastie durable, assurée par une légitimation posthume de son lien avec Marc Aurèle et les Antonins. Il se fait représenter comme un fils spirituel de Marc Aurèle pour asseoir sa légitimité.
Sur le plan administratif, tirant les leçons de la guerre civile, il réorganise certaines provinces, notamment en divisant la Syrie en deux pour affaiblir les gouverneurs et éviter toute menace de rébellion. Il renforce aussi les institutions militaires, avec la création de collèges militaires et l’amélioration des infrastructures logistiques, comme la Poste impériale, pour faciliter la communication et le déplacement des troupes.
Sur le plan religieux, Sévère se montre dévot envers des cultes orientaux, notamment celui de Sérapis, et intègre des éléments mystiques dans la représentation du pouvoir impérial. Cette approche contribue à sacraliser encore davantage la figure de l'empereur.
Temple de Sérapis
Succession et Querelles Dynastiques
Septime Sévère prépare minutieusement sa succession en associant ses fils Caracalla et Geta au pouvoir. Cependant, les relations entre les deux frères sont empreintes de rivalité et de haine. Avant sa mort en 211, Sévère tente de les réconcilier, mais son décès à Eboracum (York) laisse un empire en proie à de futurs conflits dynastiques.
Quelques mois après sa mort, Caracalla fait assassiner Geta, plongeant l’Empire dans une nouvelle période de violence et de purges.
Septime Sévère et Julia Domna avec leur enfants Geta et Caracalla, dont le visage a été effacé.
Fin de Règne et Héritage
Septime Sévère meurt à York en 211, affaibli par la goutte. Dans ses dernières paroles, il donne un ultime conseil à ses fils :
« Maintenez la concorde, enrichissez les soldats, et moquez-vous du reste. »
Cette phrase reflète bien son règne et sa vision du pouvoir : maintenir une armée puissante et loyale comme la base de son pouvoir, tout en marginalisant les élites sénatoriales.
Son règne est souvent perçu comme un tournant vers une centralisation autoritaire et une militarisation exacerbée de l’Empire, des traits qui contribueront à la survie temporaire de l'Empire mais poseront aussi les bases de crises futures, notamment durant la période de l'anarchie militaire au IIIe siècle.
Son héritage se poursuit à travers la dynastie des Sévères, bien que marquée par des troubles internes et des règnes sanguinaires. En cause, la marginalisation du sénat qui permettait autrefois un équilibre politique.





