Caracalla



Caracalla, né le 4 avril 188 à Lugdunum (aujourd'hui Lyon), est l’un des personnages les plus troublants et fascinants de l’histoire impériale romaine. Issu de la dynastie des Sévères, son ascension au pouvoir, sa soif de domination et sa cruauté brutale aparaissent comme les prémices d'une période marquée par des conflits internes et des ambitions démesurées.

Origines familiales et débuts prometteurs

Caracalla, de son vrai nom Lucius Septimius Bassianus, est le fils aîné de Septime Sévère et de Julia Domna, deux figures majeures de l’Empire. Son père, d’origine libyco-punique, était un militaire aguerri devenu empereur après une série de guerres civiles en 193. Sa mère, issue d’une lignée aristocratique syrienne d’Émèse (Homs), exerça une influence considérable sur la vie politique de Rome. Très tôt, Septime Sévère associe ses fils au pouvoir : en 198, Caracalla devient César puis Auguste, et son frère cadet Geta le rejoint en 209.



Buste de Septime Sévère

Une prise de pouvoir sanglante

À la mort de Septime Sévère en 211 à Eboracum (York), l’Empire se retrouve divisé entre les deux frères, Caracalla et Geta. Mais cette cohabitation ne dure pas.

Caracalla, jaloux et méfiant, voit son frère comme une menace directe. En décembre 211, il fait assassiner Geta dans les bras de leur mère, sous prétexte d'un complot. Ce fratricide marque le début d’un règne où la violence devient un outil politique majeur.



La mort de Geta, devant Julia Domna

Caracalla ordonne la damnatio memoriae de son frère, faisant effacer son nom et son image de tous les monuments et documents officiels, un acte qui montre sa détermination à ne laisser aucune trace de son rival.

Un règne marqué par la cruauté et l’ambition

Le règne de Caracalla est souvent décrit comme une succession de massacres et de répressions brutales. Les sources anciennes, notamment Dion Cassius et Hérodien, parlent d’environ 20 000 morts parmi les partisans de Geta, des chiffres qui ont pu être exagérées par les historiens antiques, notamment Dion Cassius, qui haïssait personnellement Caracalla.

Ces purges s’accompagnent d'une politique de terreur à Rome, mais également dans les provinces, notamment en Égypte où il se venge de la population d’Alexandrie en ordonnant une répression sanglante après avoir été la cible de moqueries.

Malgré cette réputation de tyran, Caracalla laisse un héritage architectural notable. Les thermes de Caracalla, construits à Rome entre 211 et 216, témoignent de son désir de renforcer son image publique. Ces thermes, parmi les plus impressionnants de l’Empire, étaient non seulement un lieu de détente, mais aussi un symbole de la grandeur romaine.



Ruines des thermes de Caracalla

La Constitution Antonine : un acte controversé

En 212, Caracalla promulgue la "Constitutio Antoniniana", un édit qui accorde la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire. Derrière cet acte d'apparence généreuse se cache une motivation économique : l’élargissement de la citoyenneté permet d’augmenter les recettes fiscales en soumettant un plus grand nombre de citoyens à l’impôt. Ce geste renforce l’idée d’un empire unifié, mais il s’agit surtout d’une manière de financer ses guerres incessantes et ses largesses envers l’armée.



Sur ce papyrus, une traduction en grec de l'édit de Caracalla, accordant la citoyenneté aux hommes libres de l'Empire.

Un empereur en quête de gloire militaire

Caracalla se considérait comme un nouvel Alexandre le Grand. Il s’identifie ouvertement au conquérant macédonien. Il mène des campagnes militaires contre les Germains sur le Rhin et le Danube, puis contre les Parthes en Orient.

Bien que ces campagnes renforcent son prestige auprès des légions, elles n’apportent que peu de gains stratégiques durables pour l’Empire.

Une fin tragique et une succession incertaine

Le 8 avril 217, alors qu’il prépare une nouvelle campagne contre les ParthesCaracalla est assassiné par le centurion Julius Martialis, probablement sur ordre de Macrin, son préfet du prétoire.

Cette conspiration met fin brutalement à un règne controversé. Macrin s’empare du trône, mais son pouvoir ne dure que quelques mois avant d’être renversé par Héliogabale, un autre membre de la dynastie des Sévères.

Héritage et image posthume

Caracalla reste, dans l’imaginaire collectif, l’archétype du despote romain. Les récits anciens, parfois amplifiés par la rhétorique anti-tyrannique, ont forgé une légende noire autour de lui. Au XVIIIe siècle, les écrivains français des lumières s'emparent de cette figure pour dénoncer la tyrannie, établissant des parallèles avec les excès des monarques contemporains, ce qui a encore d'avantage ancré l'idée d'un Empereur tyrannique.

En définitive, Caracalla est une figure complexe. Son règne, à la fois ambitieux et violent, témoigne des tensions profondes qui minaient l’Empire à l’aube de son déclin.