Sévère Alexandre, né en 208 à Arca, en Phénicie (aujourd'hui au Liban), fut le dernier empereur de la dynastie des Sévères, régnant de 222 à 235. Son accession au trône s’est faite dans des circonstances marquées par les intrigues familiales et une situation instable au sein de l’Empire romain. Sa grand-mère, Julia Maesa, orchestratrice habile, le plaça au pouvoir après avoir organisé l’élimination de son cousin Héliogabale, dont le règne avait été marqué par des scandales religieux et sociaux.
Une Ascension Contrôlée par les Femmes de la Dynastie
La famille de Sévère Alexandre joua un rôle essentiel dans sa montée au pouvoir. Julia Maesa exploita la décadence de son petit-fils Héliogabale pour promouvoir un autre petit-fils, plus docile, Alexandre. Avec l'appui des prétoriens, Alexandre fut proclamé empereur à l’âge de 14 ans. Dès lors, sa mère, Julia Mamaea, et sa grand-mère gouvernèrent en coulisses, usant de leur influence pour imposer des décisions politiques.
Le Règne : Réformes, Piété et Instabilité Militaire
Malgré son jeune âge, Sévère Alexandre montra une volonté de réformer l'administration et de restaurer une certaine stabilité. Il chercha à rétablir la moralité et le respect des institutions, contrastant avec les excès de son prédécesseur.
Il rétablit le Sénat comme un organe consultatif puissant, s'entourant de conseillers éminents comme les juristes Ulpien et Herennius. Le règne de Sévère Alexandre fut marqué par une relative paix intérieure, une tolérance religieuse notable (y compris envers les chrétiens), et des réformes économiques destinées à aider les couches les plus défavorisées de la société romaine.
Sévère Alexandre distribue du blé au peuple de Rome
Cependant, son règne souffrit de l’influence excessive de sa mère, Julia Mamaea, perçue comme autoritaire et manipulatrice. Cette dynamique familiale fragilisa son autorité aux yeux des légions, qui voyaient en lui un empereur faible, incapable de prendre des décisions militaires autonomes. Or, on se rapelle des derniers mots de Septime Sévère "Enrichissez les soldats, et moquez-vous du reste" : en ce troisième siècle, le pouvoir de l'Empereur repose en grande partie sur le soutien de l'armée.
Conflits Extérieurs : La Montée des Sassanides et les Invasions Germaniques
Sur le plan extérieur, l’Empire romain faisait face à de nouveaux défis. La montée de l’Empire sassanide en Perse, sous Ardachîr Ier, constitua une menace majeure. En 231, Sévère Alexandre conduisit une campagne militaire contre les Sassanides. Bien que cette campagne ait permis de contenir temporairement l'avancée perse, elle fut perçue comme un échec relatif, l’empereur préférant éviter les affrontements directs et opter pour des négociations.
Investiture d'Ardachîr Ier
Sur le front occidental, les raids germaniques devinrent également de plus en plus préoccupants. En 234, Sévère Alexandre dut se rendre à Mogontiacum (Mayence) pour organiser la défense contre les Alamans. Cependant, sa politique de négociation avec les envahisseurs, par laquelle il tente d’acheter la paix plutôt que de la gagner par les armes, déclenche l’indignation de ses légions.
Chute et Assassinat
Les tensions au sein de l’armée culminent en mars 235, lorsque Sévère Alexandre est assassiné par ses propres troupes à Mayence, au therme d'un conspiration orchestrée par Maximin le Thrace, un général charismatique qui profita du mécontentement des soldats pour prendre le pouvoir.
L’assassinat de Sévère Alexandre marqua la fin de la dynastie des Sévères et ouvrit une période de grande instabilité connue sous le nom d'Anarchie militaire. L'Empire entra dans une phase de déclin où les empereurs se succédèrent rapidement, généralement par la force des armes.
Maximin de Thrace
Héritage et Impact
Sévère Alexandre, bien que populaire auprès de l'élite sénatoriale et du peuple pour son administration modérée, échoua à s'imposer comme un dirigeant fort face aux exigences militaires. Sa mort marque l'entrée dans une ère de chaos, bien loin de la pax romana du premier siècle. Son assassinat symbolise également l’ascendant définitif de l’armée sur le pouvoir impérial, prélude à des décennies de guerres civiles et de déclin économique.
Le règne de Sévère Alexandre reste ainsi paradoxal : il incarne à la fois une tentative de restauration des valeurs traditionnelles de Rome et une figure tragique, broyée par les circonstances d’une époque devenue trop violente pour la modération et la diplomatie.



