Domitien : Le Dernier Flavien



Domitien, né Titus Flavius Domitianus le 24 octobre 51, est le dernier empereur de la dynastie flavienne, régnant de 81 à 96 après J.-C. Son règne, souvent perçu comme autocratique et tyrannique par ses contemporains, a été réévalué par les historiens modernes, qui voient en lui un administrateur capable et un réformateur zélé.

Toutefois, son style de gouvernement, marqué par une centralisation rigide du pouvoir et une méfiance profonde envers le Sénat, a finalement précipité sa chute.

Une Jeunesse dans l'Ombre

Domitien grandit dans l'ombre de son frère Titus et de son père Vespasien, deux figures militaires de premier plan.

Vespasien, d'origine modeste, s'est élevé dans les rangs de l'armée et atteint les plus hautes sphères du pouvoir à la suite de la guerre civile de 69, connue sous le nom de l'année des quatre empereurs. Après la mort de Néron, Rome plonge dans le chaos, voyant quatre empereurs se succéder en une seule année. Vespasien est finalement proclamé empereur, apportant une relative stabilité après la défaite de Vitellius.



Vespasien

Durant cette période, Domitien, encore jeune, est utilisé comme otage par Vitellius pour influencer Vespasien. Après la victoire des troupes flaviennes, il est accueilli en héros par les légions à Rome.

Pourtant, sous les règnes de son père et de son frère, son rôle reste largement symboliqueTitus est clairement le favori de Vespasien, recevant les titres et responsabilités militaires majeures, tandis que Domitien est relégué à des fonctions honorifiques.



Titus

Pourtant, c'est bien Domitien qui accèdera au pouvoir, quand son frère succombe à une fulgurante maladie après seulement deux ans de règne. Le rôle de Domitien dans la mort de Titus est très disputé. Si les auteurs antiques l'accusent de fratricide, cette thèse n'est appuyé par aucune preuve concrète. Ce qui est sûr, c'est que Domotien n'a pas vraiment porté secours à son frère, le laissant agoniser pour aller se faire proclamer Empereur pas les légions.

Un Empereur Réformateur et Centralisateur

L'accession au trône de Domitien en 81 marque un tournant dans l'histoire de l'Empire. Contrairement à ses prédécesseurs qui maintiennent une façade républicaine, Domitien n'hésite pas à centraliser le pouvoir et à se présenter comme un monarque absolu. Il se considère comme le restaurateur d'une nouvelle ère dorée, comparant son règne à celui d'Auguste.

  • Réformes économiques et sociales : Domitien se distingue par une série de réformes économiques ambitieuses. Peu après son accession, il réévalue la monnaie romaine, augmentant la teneur en argent des deniers, ce qui contribue à stabiliser l'économie. Son administration fiscale est rigoureuse, et il parvient à maintenir un équilibre budgétaire malgré les dépenses considérables allouées aux projets de construction et aux distributions publiques.

  • Travaux publics : Domitien engage un vaste programme de construction pour embellir Rome et restaurer sa grandeur passée. Parmi ses réalisations notables figurent le Stade de Domitien, un stade monumental, et la restauration du temple de Jupiter Capitolin, dont il fait recouvrir le toit de tuiles dorées. Il achève également le Colisée, initié par son père, et édifie un palais sur le Palatin qui devient le centre de la vie politique et administrative de l'Empire.


La place de Navone, à Rome, reprends le tracé du stade de Domitien.

  • Politique religieuse : Domitien renforce le culte impérial, se présentant comme un pontifex maximus (grand pontife) et exigeant une vénération quasi divine. Il se montre particulièrement dévot envers Minerve, qui devient la déesse protectrice de son règne. Sa politique religieuse vise également à restaurer les valeurs morales romaines, avec une application stricte des lois contre l'adultère et un renforcement des rites traditionnels.

Campagnes Militaires et Défense de l'Empire

Domitien consacre une grande partie de son règne à renforcer les frontières de l'Empire, notamment le long du Rhin et du Danube. Ses campagnes militaires, bien que souvent défensives, sont essentielles pour maintenir la stabilité aux frontières. 

  • La guerre contre les Chattes : En 83, Domitien mène une campagne contre les Chattes, une tribu germanique, obtenant des victoires qui lui valent le titre de Germanicus. Cependant, ses contemporains critiquent cette campagne, la jugeant injustifiée et considérant son triomphe comme une simple manœuvre de propagande

.

  • Les guerres daciques : Le défi majeur de son règne provient des Daces, menés par le roi Décébale. Après plusieurs défaites, notamment la perte d'une légion commandée par le préfet Cornelius Fuscus, Domitien parvient à stabiliser la situation en Mésie en divisant la province en deux et en renforçant les garnisons. Toutefois, le traité de paix conclu avec Décébale, perçu comme humiliant, laisse une tache sur son règne.


Carte de l'Empire sous Domitien

La Chute de l'Empereur

Malgré ses succès administratifs et militaires, Domitien se fait de nombreux ennemis, notamment au sein du Sénat. Son règne est marqué par une répression croissante des élites sénatoriales, dont plusieurs membres sont exécutés pour conspiration ou trahison. La révolte de Saturninus en 89, bien que rapidement écrasée, accentue sa méfiance envers l'aristocratie.

Domitien est finalement assassiné en 96, victime d'une conspiration menée par des membres de sa propre cour, peut-être avec la complicité tacite du Sénat. Le jour même de sa mort, Nerva est proclamé empereur par le Sénat, marquant la fin de la dynastie flavienne.



Buste de Nerva

Un Héritage Complexe

Après sa mort, Domitien est frappé de damnatio memoriae, son nom et son image étant effacés des monuments et des documents officiels. Pourtant, l'armée, qui lui est restée fidèle, réclame sa déification.

Les historiens modernes ont réévalué son règne, reconnaissant ses contributions à la stabilité de l'Empire et à son embellissement, même si son style de gouvernement pouvait paraitre despotique.

Domitien laisse derrière lui un empire renforcé, économiquement stable, et militairement sécurisé, prélude à une nouvelle ère impériale marquée par les Antonins.